Manuel de subversion urbaine








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Deuxième partie

Le mouvement berbère dans l’Algérie post-indépendante

     

      En 1962, quelques semaines après  l’indépendance, de l’Algérie Ben Bella donne le ton à partir de  Tunis où il fait un discours : « Nous sommes Arabes, des Arabes,  dix millions d’Arabes ». Pour le premier président de l’Algérie  indépendante, « … Il n’y a   d’avenir  pour ce pays que dans  l’arabisation ». L’indépendance de l’Algérie commence ses premiers pas dans la négation de l’identité berbère, l’identité nationale.»
      En septembre de la même année l’écrivain Mouloud Mammeri  tente d’obtenir de Si Mohammedi, ministre de l’éducation, la réouverture de la  chaire berbère de l’université d’Alger. Le ministre lui répond : «   Mais voyons tout le monde sait que ce sont les pères Blancs qui ont inventé le  berbère ».
      Quelques jours après ce refus méprisant, Ben Bella insiste  dans un discours prononcé du haut du Parlement : « … L’Algérie  s’est définie comme nation arabe, recherchant par tous les moyens le  resserrement des liens avec les pays frères en vue d’aboutir à l’unité  arabe… »
      Le 21 août de l’année suivante, au cinquième congrès de  l’Union générale des étudiants musulmans algériens (UGEMA), organisation née  pendant la guerre et qui se transformera en UNEA dès l’indépendance, les  congressistes soulèvent la question de l’arabisation et le statut de la langue  berbère, et particulièrement « … la nécessité du développement de la  langue berbère et la création d’un institut d’enseignement du berbère. »
      29 septembre 1963 des militants créent le Front de forces  socialistes (FFS). Cette formation est essentiellement à ancrage kabyle. Le FFS  prône une opposition armée contre le régime du Président Ahmed Ben Bella. La  Kabylie devient le théâtre d’affrontements militaires. Onze mois plus tard, Ait  Ahmed sera arrêté, condamné à mort puis gracié par Ben Bella.
      En 1964 le chanteur kabyle Slimane Azem devient interdit  d’antenne. Certains présentateurs radio connaîtront « le placard »  pour un temps indéterminé. L’Etat réduit les horaires de la chaîne kabyle.  Avril 1968 se penche sur la naissance du premier Cercle culturel berbère  (semi-légal) à la cité universitaire de Ben Aknoun (Alger). Ses activités  comprennent des cours de berbères dispensés par Mouloud Mammeri et la  publication de la revue Tafsut.
      Dans son discours inaugural au premier Festival culturel  panafricain tenu à Alger le 22 juillet 1969,
      le Président Houari Boumediene rappelle que « Longtemps  contraints de nous taire ou de parler la langue du colonisateur, c’était un  devoir essentiel et premier que de retrouver nos langues nationales, les mots  hérités de nos pères et appris dès l’enfance. » Il ajoute qu’ « il  n’y a pas de langue qui, au départ, soit plus apte qu’une autre à être le  support de la science et du savoir. » Ces propos n’empêcheront pas son  ministre de la culture d’interdire à Taos Amrouche, célèbre romancière et  chanteuse berbérophone de représenter l’Algérie à ce festival. Cependant elle  sera invitée par les animateurs du Centre culturel berbère de la cité  universitaire de Ben Aknoun où elle se produira devant les étudiants.
      Pendant ce temps on assiste à l’explosion de la chanson  kabyle. Des étudiants comme Ferhat M’Henni créent le groupe au nom évocateur d’  « Imazighen Imoula » pendant qu’Idir va  « internationaliser » la chanson kabyle avec « A vava  inouva ». Le thème de ces chansons n’est plus à la mièvrerie. Un autre  temps est venu, celui de la revendication identitaire, la liberté de la femme,  la contestation…
      Le ministre de l’Intérieur dresse une liste, sous forme de  circulaire adressée à l’état civil des communes, de prénoms arabo-musulmans   à attribuer aux nouveau-nés, à l’exclusion de tout autre prénom. Ainsi le  citoyen berbère sera dépossédé, dès la naissance, d’une part de son identité.
      16 avril 1976. A l’occasion de la célébration de Youm  El Ilm (journée du savoir) qui est en même temps la journée commémorative  de la mort du cheikh Abdelhamid Benbadis, président de l’Association des ulémas,  Boumediene signe une ordonnance qui stipule que « … l’enseignement est  assuré en langue nationale (comprendre la langue arabe) à tous  les niveaux d’éducation et de formation et dans toutes les disciplines. »  Deux mois plus tard, le Parti de la révolution socialiste (PRS) fondé par  Mohamed Boudiaf en exil critique durement le pouvoir algérien à qui il reproche  de faire l’impasse sur la question berbère. Ainsi, comme le note la revue  Tafsut, le PRS, avec à sa tête Mohamed Boudiaf, est la première formation  politique à se prononcer en faveur de la culture berbère.
      Eté 1976, pour avoir ronéoté des textes littéraires en tifinagh  (alphabet berbère), 200 jeunes, lycéens pour la plupart, sont  arrêtés et emprisonnés. Ils seront, pour quelques uns, condamnés jusqu’à 24  mois de prison.
      En 1977, le gouvernement a fait coïncider la finale de la  coupe d’Algérie de football qui devait opposer la Jeunesse sportive de Kabylie  (JSK) au Nasr Athletic  d’Hussein Dey  (NAHD), équipe algéroise dont les supporters étaient aussi d’origine berbère,  avec le 12ème anniversaire du « redressement  révolutionnaire », euphémisme pour désigner le putsch de Boumediene de  1965. Dans les tribunes, les spectateurs face à la tribune présidentielle  hurlent des slogans tels que « La langue berbère vivra »,  « Liberté d’expression », « Nous sommes des Imazighen… » La  retransmission en direct de la rencontre cause un effet d’amplification. Le  match est remporté par la JSK.
      La rentrée verra l’ouverture du centre universitaire de  Tizi Ouzou (CUTO) qui regroupera les étudiants et les enseignants jusque là  éparpillés dans divers instituts d’Alger.
      En novembre, la direction du PRS de Boudiaf met en place  une cellule de réflexion  pour étudier  le dossier berbère et élaborer des propositions concrètes.
      Quelques jours après, Aït Ahmed, secrétaire général du FFS  demande la « reconnaissance de la langue berbère au même titre que la  langue arabe. »
      Cependant des interdictions sont notifiées à plusieurs  chanteurs kabyles comme I’Idir, Ferhat, et d’autres  « perturbateurs »de se produire devant leur public. Cependant un fait  d’une grave importance vient détourner l’opinion nationale.
      Le 10 décembre 1978, alors que Boumediene agonisait des  suites d’une maladie jusque là inconnue, un lot d’armes est parachuté au Cap  Sigli,  non loin de la ville de Bougie. Il  s’agissait de créer un maquis qui aboutirait plus tard à un soulèvement kabyle  contre le régime. Avec la complicité de quelques conjurés, anciens  résistants tels que Frehat Abbas, ancien Président du Gouvernement provisoire  de la république algérienne (GPRA), Belarbi, Boudjeloud, Ahmed Kadri, Mohamed  Benyahia, les services secrets français   ont fournit, via le Maroc, « la logistique. » Là où le complot  a tourné à un scénario sur la famille Dalton, c’est que la conjuration a été  éventée par la puissante et redoutable Sécurité militaire (services spéciaux)  algérienne. Ce pourrait même être une manipulation de leur part, ayant une  grande connaissance des services français et marocains, pour « resserrer  l’unité nationale » contre l’ennemi héréditaire : la France. Il n’en  demeure pas
 moins que le parachutage fut réceptionné par cette Sécurité  Militaire (S.M) et les conjurés arrêtés. Quelques jours plus tard, le chanteur  contestataire Lounis Aït Menguellet est interdit de chanter. C’est la première  d’une langue série d’interdictions. L’auteur de cet ouvrage va ronéoter et  distribuer un célèbre poème de Nazim Hikmet : « Ils ne  nous laissent pas chanter. » Il connaîtra à cette occasion l’humidité des  geôles du commissariat central du Grand Alger. Une semaine plus tard verra  l’interdiction de jouer d’une pièce de théâtre de Kateb Yacine, traduite en  berbère :

« La guerre des 2000 ans ».
    


 Ce flash back était nécessaire pour démontrer que le  mouvement berbère n’est pas issu d’une génération spontanée.
      

Le 27 décembre 1978, Houari Boumediene décède par empoisonnement.
L’armée impose Chadli Benjeddid comme candidat unique  comme à la succession de Boumediene.
Chadli est   « élu » le 9 février 1979. Il sera le 5ème président  de l’Algérie indépendante.
    

    
Troisième partie

Avril 1980 : Le Printemps berbère

ou   
 « Le péril jeunes »

 



La revendication identitaire…

Photo : Archives privées

Là encore, à l’origine était la  poésie.

Le 10 mars 198O, l’écrivain de  notoriété mondiale Mouloud Mammeri, concepteur et animateur de la revue Awal  (parole), devait donner à l’université de Tizi Ouzou une conférence sur les  « Les poèmes kabyles anciens » Quelques mois auparavant  Mouloud Mammeri a publié chez Maspero un ouvrage portant le même intitulé.  Quelques heures avant la tenue de la conférence, le commissaire politique  régional du Parti unique donna l’ordre d’interdire la conférence, cette  conférence hautement subversive. La poésie kabyle prohibée ? Une  délégation d’étudiants sollicite un entretien avec l’auteur de cet ukase.  En vain. On improvise alors une assemblée  générale au campus de l’université. Y participent 1.500 étudiants sur les 1.700  que compte l’université, qui votent la grève et un sitting devant le siège  régional du Parti unique.  Le lendemain  ils sont là à crier des slogans nouveaux : « Tamazight est notre  langue ! », « Halte à la répression culturelle ! »,   « Culture berbère, culture algérienne ! » … Le lendemain 12 mars  les lycéens de la ville se mettent en grève. Le 13 on voit apparaître des tags,  certains du FFS : « Démocratie », « culture berbère  nationale », « langue   populaire, langues nationales …» A Larbâa Nath Irathen, les  enseignes et les plaques d’indication routière sont arrachées par les lycéens,  d’autres sont bariolées. A leurs places on lit « Anerrez Ouala  N’Eknou » (« Plutôt rompre que plier », vers du poète Si  Muhand U’Mhand). La caserne est envahie et les soldats, pour une grande partie  des jeunes appelés du service militaire, fraternisent avec les manifestants. Le  commissaire de la police locale est bloqué dans sa voiture. Il est obligé par  les jeunes surchauffés de répéter leurs slogans. Le Président de la république,  qui devait faire une visite officielle à Tizi Ouzou le 15, c’est à dire deux  jours plus tard, annule son voyage. Le préfet convoque une réunion des chefs  d’établissements scolaires. Lors de cette réunion, le directeur de l’institut  islamique prononça cette phrase qui, sous d’autres cieux, serait passible des  tribunaux pour « incitation au crime» : « Il faut tirer sur  la foule ! » L’agitation continue, chaque fois renforcée avec  « de nouvelles troupes. » Le lendemain, A Alger, quelques 5OO  étudiants marchent dans la rue Larbi Ben M’Hidi, l’une des artères les plus  importantes de la capitale. Ils sont violemment dispersés par la police.  Quelques manifestants sont interpellés. Cinq d’entre eux font connaissance avec  les geôles souterraines du commissariat central. Ce devint, de part et d’autre,  le début du

cycle manifestation-arrestations.
      Le 18 mars, le préfet de Tizi  Ouzou fait une « incursion » à Azazga, un bourg situé à une trentaine de km du chef-lieu de province. La population le reçoit  « chaudement » à coups de jets pierres et en hurlant son mécontentement.  Il doit vite rebrousser chemin. Le siège local du parti unique est saccagé, la  gendarmerie attaquée. Les rues sont inondées par la foule. Dans la localité de  Ain El Hammam, les ouvriers se solidarisent avec les jeunes et se mettent en  grève illimitée tout en assurant le service minimum.  A Drâa El Mizan la ville est en turbulence.  La police y opère 70 arrestations chez les lycéens.
      La population de la province de Bougie, deuxième capitale  de la Kabylie, s’enflamme. Des bourgs à forte concentration de populations,  Amizour, El Kseur, Sidi Aich, Akbou et leurs environs voient leurs habitants, y  compris des dames du troisième âge, occuper les rues. C’est l’alerte  orange : des troupes supplémentaires sont rameutées en renfort. La Kabylie  est quasiment en état de siège.
      

Dix huit jours après, c’est le feu aux  poudres. El Moudjahid, organe officiel de l’Etat et du Parti unique, se  fend d’un article, où la haine se substitue au journalisme, intitulé « Les  donneurs de leçons. » Il est signé Kamel Belkacem. Ce plumitif se  singularisera quelques mois plus tard où, en qualité de directeur d’Algérie  Actualités, hebdomadaire également étatique, publiera une interview de  Bigeard de triste mémoire, où l’occasion sera donnée à ce dernier de justifier  la pratique de la torture qu’il a ordonnée à ses subordonnées durant la guerre  d’Algérie. Des personnes, dont l’auteur, se chargeront de lui rappeler à cet  effet que pour des faits similaires (crimes de guerre), Adolf  Eichmann a été kidnappé par les Israéliens qui lui ont fait traverser  clandestinement plusieurs frontières et l’ont jugé à Tel Aviv. Il  s’avèrera, quelques mois plus tard, que ladite interview a été ordonnée par  Larbi Belkheir, directeur de cabinet à la Présidence de la
 république et qui,  de notoriété publique, a été placé à ce poste par la France pour veiller sur  les intérêts de l’ancienne métropole, fut-ce au prix de quelques coups  tordus.  A la date où nous écrivons… il  est directeur de cabinet de Abdelaziz Bouteflika ! L’Histoire bégaie,  dit-on. Tout au cours de la semaine qui suit la publication de cet  « article »,  des lettres et  des pétitions de protestation émanant de différents les milieux affluent chez  les autorités.  
      26 mars : nouvelle  manifestation à Tizi Ouzou. Etrangement, la police n’intervient pas. Le 8  avril, en Kabylie, on assiste à une déferlante de plusieurs milliers de paysans  qui marchent sut Tizi Ouzou. L’armée bloque les routes. Le mouvement s’étend à toute  la Kabylie. Bouira est contaminée. Le 9 avril un concert que devait donner  Ferhat Imazighen Imoula à Sidi Aïch  est  interdit. Des troubles ont lieu. Quelques jours après, le 11 avril, est envoyée  à El Moudjahid la mise au point de Mouloud Mammeri suite à  l’articulet  « Les donneurs de  leçons. » Au mépris de toute éthique, de toute déontologie et du  Droit, ce quotidien dans lequel, durant les années de feu et de la  résistance, écrivaient des héros tels que Abane Ramdane, Ben M’Hidi, Boudiaf et  tant d’autres noms illustres, ce quotidien devenu aux mains de la  « françafrique », refuse de publier la mise au point. Qu’à cela ne  tienne : des ronéos tournent de plus belle. La mise au point est lue dans  les
 endroits les plus reculés d’Algérie…et en France où le quotidien « Le  matin » la reproduit dans son intégralité. C’en est trop pour Chadli  Bendjeddid et son éminence grise Larbi Belkheir : que l’Algérie soit à feu  et à sang est perçu comme « un chahut de gamins », mais un seul  article publié dans la presse de l’ancienne métropole en défaveur du régime  provoque la panique. Cela restera une règle pour tous les régimes qui se  succèderont, hormis « la parenthèse » Boudiaf.  Une  semaine plus tard se tient une assemblée générale des étudiants de l’université  de Hasnaoua qui votent l’occupation de la salle de reprographie et qui lancent  un appel à une manifestation pour le 20 avril à Alger. Cet appel est, dans  l’esprit de ses initiateurs, lancé pour « décentraliser » le  mouvement. Il  sera, tout au début,  modérément suivi : le 20 avril,  à  10 heures du matin, 500 à 700 étudiants et quelques enseignants, tout au  plus,  se rassemblent à Alger autour de  la Place du1er Mai, portant des banderoles où sont expliquées leurs  revendications et où sont griffonnés des slogans : « Liberté  d’expression », « Démocratie culturelle »… Face à l’intervention de la  police, les manifestants entonnent le chant des résistants : « Min  Djibalina talâa saout el ahrar » (De nos montagnes s’est élevé le  chant des Hommes Libres). La police réplique à ce chant avec une charge inouïe.  Prés de 200 manifestants sont jetés de force dans les fourgons cellulaires,  plusieurs d’entre eux sont blessés dont 5 dans le coma. Un étudiant meurt  sous les coups de matraques. Une grève est votée à l’université d’Alger.  A 1 3 heures se tient un meeting dans  le campus. Des étudiants militants de divers partis, tous clandestins, prennent  la parole. Parmi eux, on note la présence du Pags (*),  Ffs (**), Ost (***)  et Gcr (****). Le deuil se mue en grève.  Le même jour, en Kabylie, l’opération « Mizrana » (de son nom de  code) est déclenchée. L’armée et la gendarmerie sont
mises à contribution. Les  universités, les cités universitaires, les usines… et les hôpitaux sont occupés  par les forces de répression. Des combats ont lieu. Les chiens policiers sont lâchés à la poursuite des étudiants. D’autres  étudiants, à moitié-nus, sautent par les étages des cités U. Des professeurs,  des médecins et des infirmiers coupables d’avoir soigné les victimes sont  arrêtés. Ces derniers seront remplacés par des médecins militaires. Les villes  de Bougie et de Tizi Ouzou se mettent spontanément en grève, sans qu’aucun  appel n’ait été lancé en ce sens. L’activité reprendra progressivement le 24  avril.

   
      Le 12 mai, une grève est votée de  nouveau par les étudiants d’Alger. Elle sera largement suivie à la satisfaction  de ses initiateurs dont l’objectif est d’ « excentrer » le  mouvement sur Alger. Des étudiants diront : « Le pouvoir est loin,  il n’entend pas la Kabylie, il faut donc aller chez lui pour se faire  entendre. »
      
      Le 16 mai le quotidien El  Moudjahid publie une liste de 24 détenus qui devront être jugés par la cour  de sûreté de l’Etat. En même temps l’alerte grimpe au rouge. Le pouvoir  instaure un état de siège qui ne dit pas son nom.
      Le  19 mai est la Journée nationale de l’étudiant. Ce sera l’occasion d’autres  « troubles ».
      Le 24 mai se tient à la fac  centrale d’Alger une assemblée générale. Les forces de l’ordre viennent  « casser de l’intello. » Le 25 du même mois, alors que les  populations de Bougie et Tizi Ouzou expriment massivement leur soutien aux  détenus. L’Algérie presse service (APS), agence de presse  étatique, annonce leur mise en « liberté provisoire. » Le  lendemain, plusieurs colonnes de véhicules affluent de toutes parts chercher  les détenus à la prison de Berrouaghia. A leur retour ils sont accueillis par  une liesse indescriptible. C’est la fin de la saison scolaire et universitaire,  mais pas celle de l’action politique.

(*)Pags : Parti d’avant garde socialiste
(**)  Ffs : Front des forces socialistes
(***)   Ost : Organisation socialiste des travailleurs
(****)  Gcr : Groupes communistes révolutionnaires

   
      

Certains acteurs du mouvement  berbère et de spécialistes, acquis à la cause amazigh, dans les domaines de l’histoire, sociologie, linguistique…, se réunissent à Yakouren, un village  boisé de la province d’Azazga, en Kabylie, du 1er au 31 août. Cette rencontre prendra plus  tard le nom de « Séminaire de Yakouren ». .
      Ces Assises à pour tâche  essentielle de « poser (…) clairement le problème de la culture en  Algérie afin de dépasser les fausses accusations dont la presse nationale  notamment s’est fait l’écho, et dont les propos incendiaires ont failli  conduire à l’irréparable. »
      La question de la culture en  Algérie s’articule, selon les séminaristes, autour de trois axes  principaux :

1-Le problème  de l’identité culturelle du peuple algérien.
2- Le problème  des libertés d’expression culturelle.
3- Le problème  de la culture dans la politique de développement.
      

Les séminaristes sortent de cette  rencontre avec un épais dossier qui constitue plus un programme politique qu’un  manifeste culturel.
      
      A la rentrée de l’année 1981, le  ministre de l’Enseignement supérieur, Abdelhak Brerhi, annonce la création de  départements de « Culture et dialectes populaires » au sein  des universités d’Alger, Annaba, Oran et Constantine. Une montagne qui accouche  d’une souris. En même temps, le docteur Saïd Saâdi (*), médecin à l’hôpital de  Tizi Ouzou et l’un des principaux animateurs du mouvement berbère, recevra un  ordre d’affectation pour Khenchela, petite ville de l’Est située à plusieurs  centaines de km de la province de Tizi Ouzou. Un mouvement de solidarité se  crée autour de lui, mouvement auquel se joint la section  Tizi Ouzienne de l’Union médicale  algérienne (UMA)… organisation du Parti unique ! Cette section rebelle  sera dissoute. Par ailleurs, des dizaines de travailleurs d’entreprises  publiques ayant participé au mouvement de solidarité seront mutés hors de leur  province
      
      Face à l’agitation intense et « expanse »  des milieux estudiantins, le pouvoir répond comme il l’a fait à chaque  contestation populaire : il lâche ses forces de police et de  gendarmerie.  La franchise universitaire  fut violée. , ce qui fait dire à certains étudiants, avec ce cruel sens de  l’humour qu’on connaît aux Algériens : «  Nous avons les  flics les plus instruits du monde : ils fréquentent la fac. » A  l’université d’Alger, les islamo-baathistes munis de barre de fer, de chaînes à  vélo et diverses armes blanches, attaquent ouvertement les animateurs du  mouvement berbère et les militants du Pags… sous l’œil indifférent des brigades  anti-émeute, bien que des armes blanches fussent utilisées. Des étudiants  organisent des « Comités de vigilance. » L’auteur, ainsi que Smail  Mahi, qui sera assassiné par les islamistes en 1992 et Slimane Laouari,  actuellement rédacteur en chef du quotidien « La dépêche de  Kabylie », constituant un des Comités de vigilance,


(*)  Il sera fondateur, en février 1989, du Rassemblement pour la culture et la  démocratie (RCD).

 contactèrent la  section Pags des dockers qui vint à rescousse. La police et  gendarmerie n’intervinrent que lorsqu’ils constatèrent que les  « Berbéro-marxistes » avaient pris le dessus… pour arrêter ces  derniers ! Cependant, il faut noter que cette même journée, alors que les  Berbéro-Pagsistes  se défendaient  contre l’agression  islamo-baathiste, deux directives provenant de la direction du Pags sous forme  de tracts circulent : « Halte à la manipulation » et  « Halte à la provocation. » Ces deux directives expliquaient, en  substance, que les berbéristes étaient « manipulés par des forces  occultes », pour la première directive, et pour la seconde, que ces mêmes  manipulateurs tentaient de diviser la masse estudiantine ! La base militante  du Pags et mit cette attitude, à juste titre, sur le compte du  « soutien  critique » au régime dans lequel s’est enferré le  Pags (*). Mais cette même attitude signera pour le Pags le commencement de la  fin. Ce dernier venait de s’engager sur la pente descendante, une pente
 savonneuse, de sa déchéance.
      
      Après  5 mois de détention préventive, à la fin du mois d’octobre, les  inculpés du 19 mai 1981 de Bougie comparaissent devant le tribunal  correctionnel de cette ville. Ils seront condamnés à des peines allant de 10  mois à 4 ans de prison ferme. Deux enseignants du secondaire seront  condamnés…à  5 ans d’interdiction  d’enseigner.

Le même jour, à 100 km de là au tribunal de Tizi Ouzou, 3  étudiants seront condamnés à 4 ans de prison ferme.
      Le reste de l’année universitaire  est régulièrement ponctuée d’arrêts de cours, rassemblement, distribution de  tracts… jusqu’au 13 avril où les animateurs du Mouvement culturel berbère de  Bougie et Tizi Ouzou appellent à commémorer la journée du 20 avril, deuxième  anniversaire du printemps berbère, « pour rappeler à l’opinion  qu’ensemble nous n’avons pas oublié (…) que le   régime a lâché ses chiens sur les travailleurs et étudiants de la  Kabylie pour toute réponse à leur revendication culturelle pacifique.»  
      Une semaine culturelle sera  programmée
      (*) Quatorze  ans après ces événements, l’auteur de cet ouvrage demanda le pourquoi de ces  directives à Sadek Hadjeres, ex-premier secrétaire du Pags auto-dissous, invité  à Bruxelles par l’association Awal oua thakafa (Parole et culture).  Ce dernier répondra : « Je ne  sais pas... J’étais à Oran ce jour-là ! » ?
      (¨¨)Qui  sera fondateur du Rassemblement pour la culture et la démocratie. Ce parti  prendra une orientation sociale-démocrate.
       Des  vigiles furent employés « à plein temps » dans les universités de ces  quatre villes. Cependant, dans l’université d’Alger, Des arrestations eurent  lieu, notamment à Alger et Tizi Ouzou. La Cour de la sûreté de l’Etat  condamna   24 « agents de l’étranger » à plusieurs mois d’incarcération  dans la prison de Berrouaghia. Des vigiles furent employés « à plein  temps »  dans les universités de Bougie, Tizi Ouzou, Bouira et Alger.
      
      Le 12  mars 1981 s’ouvre une session du Comité  central du Parti Fln consacrée à la politique culturelle. Auparavant, l’appareil du  Parti a déclenché une « campagne d’explication et de sensibilisation »  qui s’est transformée en diatribes contre « les séparatistes » et  « les nostalgiques de l’ordre colonial. » Il est coutumier au Parti  de réactiver l’épouvantail colonial devant les revendications berbéristes ou   « l’urgence de la cause palestinienne » pour faire échec à tout  mouvement de masse qui incluait les arabophones et les berbérophones.
      La session du Comité central du  Parti fut rondement menée et, comme si attendaient les Algériens, fut réaffirmé  avec force « l’unicité de la langue arabe, langue qui, aux côtés de  l’islam religion d’Etat, demeure l’une des constantes qui constituent la  personnalité nationale. »
       Les résolutions finales de cette session provoquent une grève  générale de protestation dans les provinces rebelles de Bougie et de Tizi  Ouzou.
      Les 19 et 20 avril sont  commémorés dans ces deux provinces et à la fac’ centrale d’Alger le premier  anniversaire du printemps berbère à travers de gigantesques manifestations,  répondant ainsi à l’appel lancé par une coordination regroupant des comités  d’étudiants, de lycéens, d’enseignants, des parents d’élèves et d’ouvriers.
      Un mois plus tard, le 29 avril,  un comité d’intellectuels de renommée mondiale dont le poète Kateb Yacine,  l’écrivain et historiographe de la culture berbère Mouloud Mammeri, l’artiste  peintre M’Hammed Issiakem, déposent au ministère de l’Intérieur une demande  d’agrément  d’une association qu’ils ont  dénommée « Amuger » (Rencontre). Aujourd’hui, vingt cinq ans  après, nombre de ces personnalités sont décédées, plusieurs ministres de  l’Intérieur se sont succédés, mais l’agrément de cette association n’a toujours  pas été accordé.
      Le 19 mai est la Journée  nationale de l’étudiant (*)
      Les  autorités instaurent dans l’ensemble de la province un couvre-feu a partir de  18 h 30 jusqu’à 5 h du matin. Des arrestations touchent 31 militants du  mouvement culturel berbère qui seront jugés pour ce qui deviendra une  antienne :

- Rassemblement
- Incitation au rassemblement
- Distribution de tracts
      

Il  faudrait peut-être signaler au passage qu’aux yeux du régime le tract,  nonobstant son contenu, est en lui-même un délit !
      Les  étudiants berbéristes de la faculté d’Alger tiennent un meeting d’information.  Des militants arabo-islamistes ainsi que des repris de justice sont appelés en  renfort pour « casser » le rassemblement. Des heurts violents  surviennent. Une fois de plus la police intervient et, une fois de plus, seuls  les militants berbéristes sont arrêtés. Les nervis arabo-islamistes quittent  l’enceinte universitaire sous la protection vigilante des forces de l’ordre.  Les étudiants berbéristes arrêtés, au nombre de vingt-quatre, seront présentés au  parquet judiciaire pour :

 - Atteinte à la sûreté intérieure de l’Etat
 - Atteinte à l’unité nationale
 - Constitution de collectif à caractère subversif
 - Atteinte à la personnalité nationale
 - Complot

- Rébellion  
- Rédaction, détention et diffusion de tracts  
- Association de malfaiteurs
- Destruction de biens publics et monuments
- Attroupement
      

La répression crée un temps de désarroi au  sein de la mouvance activiste du mouvement culturel berbère. Cependant un  ressaisissement rapide s’opère sous la pression des masses et ils décident  d’organiser une université d’été qui devrait se tenir du 31 août au 15  septembre au Centre universitaire de Tizi Ouzou. Mais le 31 août à l’aube, les  forces de l’ordre sont aussi au rendez-vous. Ils font évacuer manu-militari le  centre universitaire et le transforment en caserne.
      
      
      
      (*) Cette date a été instituée Journée nationale de  l’étudiant en hommage au 19 mai 1956, journée où les étudiants et lycéens  désertèrent les bancs de leurs universités et lycées pour rejoindre les maquis  de la résistance anticoloniale.
      
       (5) Armée de libération nationale
      (5)  Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques, couverture légale du PPA
      
      (7)  Lire « Les porteurs de valises » d’Hervé Hamon et Patrick  Rotman, préface de Pierre Vidal-Naquet. Editions Albin Michel 1879 (réédition)
       (8)  Mouvement  national   «  algérien », dirigé par Messali Hadj. Les guillemets sont de  mise.
      (9)  « Idir » veut dire en kabyle « vivra ».  
           « El Watani » se traduit en arabe par  « le patriote »
      (10) Gouvernement  Provisoire de la République Algérienne


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