Les promesses déçues de l’ascenseur social








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Marie Duru-Bellat, L’inflation scolaire
Introduction :

Volonté de discuter la conviction que « toujours plus d’école constitue un gage de progrès et de justice sociale ».

Les sociétés modernes sont confrontées à deux tâches :

-introduire dans la vie les jeunes générations

-les répartir dans les différentes professions

L’affirmation de l’idéal égalitaire et la complexification de la division du travail ont rendu impossible une gestion purement privée de ces deux processus. Pour résoudre la tension entre des individus devenus égaux en droits et des positions sociales de plus en plus inégales, la méritocratie s’est imposée. La place que l’on occupe dans la division sociale du travail doit dépendre des ressources, propres, acquises, différentes de héritées.

Cela va donner son importance aux diplômes comme vecteur de la méritocratie.

Cet accroissement des diplômes/diplômés permet :

  • pour l’Etat, d’armer au mieux les jeunes pour affronter un marché du travail difficile

  • pour les entreprises, d’avoir une « armée de réserve » qualifiée.

  • Pour les jeunes et leurs familles, apparaissent comme une protection à moyen terme et pour se placer au mieux dans la file d’attente à court terme, d’autant que le chômage est tel que le coût d’opportunité des études apparaît peu important.

Ainsi tous les acteurs ont intérêts de défendre l’expansion continue des scolarités, mais cette expansion est un objectif intermédiaire car objectif final : assurer un surcroît d’efficacité et de justice sociale. 

Il s’agit alors de s’interroger sur le bien fondé du développement continu de la formation (sujet « tabou » en France).


  1. les promesses déçues de l’ascenseur social.

Dans une société méritocratique, seuls les titres scolaires reflétant les compétences individuelles devraient régir l’accès à une position sociale. Ces titres sont de plus en plus nombreux :

- 40% de jeunes sortent du système scolaire avec un Bac+2 (contre 15% il y a 20 ans)

- 1980-1990 : accélération du niveau de formation des jeunes

- 2002 : après une période de stagnation, les effectifs repartent à la hausse avec la réforme du « LMD » qui vise à inciter les étudiants à continuer jusqu’en licence (L) quand Bac+2 et a faire un master quand sortent de Bac+4 (M).


  1. tel père, tel fils ?

Analyse en terme de mobilité sociale :

-2/3 des hommes et ¾ des femmes appartiennent à une catégorie sociale différente de leurs pères.

-1/2 des fils de cadres sont eux-mêmes cadres et un peu moins de la moitié des fils ouvriers le restent.

Si les mouvements sont assez fréquents c’est liée à la mobilité structurelle ascendante du fait de la transformation de la structure sociale entre génération des pères et des fils. (Baisse des agriculteurs, commerçants artisans et expansion cadres et professions intermédiaires). Les catégories en croissance ont crées un appel d’air. Donc, la mobilité ne dépend pas seulement des héritages familiaux mais aussi des paramètres « macro sociaux » : distribution des places disponibles.

Mais voir comment à évolué la mobilité nette (fluidité sociale) : assouplissement régulier mais ténu après les années 1950. Le caractère timide de cette évolution surprend :

  • ouverture scolaire à cette période qui n’a pas permis une évolution plus nette.

Depuis les années 1980, on assiste à une ouverture du lycée et en même temps à une fluidité sociale qui n’est pas symétrique. (Les enfants des catégories moins bien placés au départ auraient profités de l’appel d’air crées par l’expansion des emplois de cadres depuis1970) Même s’il est tentant d’interpréter ces constats, notamment la baisse de probabilités des enfants de cadres de devenir cadres eux-mêmes, comme résultant d’une concurrence méritocratique, ce serait prématuré : Ouverture du système scolaire ne débouche pas mécaniquement sur davantage de mobilité sociale et les évolutions des structures des emplois importent beaucoup plus.
Les trois prochaines parties permettent de voir quels sont les facteurs à l’origine du décalage entre mobilité sociale et ouverture du système éducatif :


  1. le diplôme un bien inégalement distribué

Le diplôme reste très inégalement réparti :

Aujourd’hui : - 72% des enfants de cadres quittent le système scolaire avec un diplôme de l’enseignement supérieur et seulement 6% avec le brevet et sans diplômes.

- 22% et 31% correspondent au pourcentage pour la classe ouvrière.

Les inégalités entre catégories sociales dans l’accès aux diplômes se sont-elles réduites ?

- des carrières scolaires plus longues pour tous. Des années 1970 à 1990, « démocratisation uniforme » (Pierre Merle) qui fait que quand tous les favorisés voient leur taux atteindre 100%, effet plafond, rattrapé par les moins favorisés donc on assiste à une « démocratisation égalisatrice » avec un resserrement des écarts entre groupe. « Massification » qui a un aspect bénéfique même si des écarts persistent.

- Mais allongement des études cache des évolutions divergentes (l’âge de sortie des élèves les moins scolarisés passe de 15,2 ans à 17,2 ans entre 1985 et 2001 et ceux les plus scolarisés de 22,2 à 25,4). Les plus favorisés profitent donc de l’allongement des études pour accroître légèrement leur avance. Plus d’études pour tous ne veut pas dire les mêmes études pour tous : recomposition des inégalités qui sont différées et plus qualitatives. « Démocratisation ségrégative » aujourd’hui car on recherche le meilleur établissement ou bonne section. Aujourd’hui, ce qui compte c’est plus la section dans laquelle on obtient le Bac que le fait d’être bachelier. (Or seulement 20% des fils d’ouvriers non qualifiés fréquentent une filière S à l’inverse de filière de bac professionnel qui accueille 70% de fils d’ouvriers, employés ou inactifs.)

La démocratisation n’est pas antinomique avec une hiérarchisation sociale croissante des différents itinéraires. Persistance d’une logique de reproduction ou de distinction sociale au sens de Bourdieu. Donc démocratisation peut être appréhendée selon différentes focalisations et alors met en avant des réalités différentes. Donc diffusion plus large de l’éducation mais maintien de classements scolaires marqués par l’origine sociale du fait des stratégies des acteurs qui utilisent le diplôme comme un bien privé.


  1. des diplômes dont la valeur marchande sont en baisse

Les diplômes sont dotés :

  • Valeur intrinsèque : mettent en avant une certaine quantité et qualité de savoirs et compétences qui viennent enrichir leur détenteur.

  • Valeur instrumentale : par exemple sur le marché de l’emploi, revêt dimension absolue et relative puisque varie en fonction de ce que les autres possèdent

Analyse de la relation entre diplômes et emplois aujourd’hui :

- risque de chômage est d’autant plus faible que scolarité a été longue.

Cependant relation n’est pas linéaire :

  • on chôme moins avec un bac pro que avec deux années de supérieur non validées

  • la nature de l’emploi 5 ans après la sortie du système varie selon niveau de formation.

(Postes de cadre après études sont majoritairement pour les étudiants des grandes écoles)

  • taux de chômage varient en fonction des spécialités des individus.

Contrainte structurelle : rapport entre le nombre de diplômés et le nombre de place à occuper dans la vie professionnelle + distribution en fonction des spécialités or l’école ne définit pas ses places.

Or aujourd’hui, évolution de la structure de l’emploi et le flux des diplômés sont de plus en plus discordants : (proportion de cadres est passé de 5 à 8% et les bacheliers de 10 à 30%). On voit que la structure sociale se déplace moins vite vers le haut que celle des niveaux d’éducation donc l’ajustement sur le marché du travail, va se faire au prix d’une baisse de la valeur économique des diplômes. Les analyses historiques de Louis Chauvel en attestent : alors que jusque dans la génération né en 1967, le bac offrait une chance sur deux de s’insérer comme cadre ou profession intermédiaire, ce n’est plus le cas aujourd’hui. Cette frontière se déplace vers un premier cycle universitaire (Bac+2). On assiste donc à un processus de déclassement qui a atteint l’ensemble des jeunes dotés au moins d’un baccalauréat. Il est difficile de mesurer ce déclassement :

  • faudrait comparer le niveau de formation détenu et celui techniquement pour avoir l’emploi : perspective adéquationniste

  • approche statistique : on estime le niveau le plus répandu dans une profession et on considère une personne déclassée si a un diplôme supérieur à la moyenne. Dimension temporelle influe sur les résultats car situation atypique peut se normaliser.

En 2000, on compte 40% de déclassés qui sont surtout des étudiants d’université (varie en fonction du sexe+ origine sociale : homme et enfant de cadre plus faible).

Donc « inflation des diplômes » qui tend à accroître les inégalités sociales, processus inflationniste qui favorise les mieux informés, les moins pressé par le temps et ceux qui ont les moyens de compenser la perte de valeur des diplômes.


  1. l’importance relative des diplômes

Cette dévaluation ne concerne que les diplômes pris isolément, pour obtenir un emploi, il vaut mieux être licencié que bachelier donc diplôme est de plus en plus nécessaires.

Du point de vue du salaire, depuis 1970, le coût d’opportunité d’investir une année supplémentaire pour ses études est moins important donc « dévalorisation en cascade ». Il est donc rationnel d’accumuler des titres scolaires puisque si tel diplôme est dévalué, il reste rentable dès lors que le diplôme du dessous l’est encore plus et il demeure nécessaire pour se classer au mieux dans un contexte de concurrence. On est donc en présence de ce que R. Boudon appelle un effet pervers, c'est-à-dire, un effet « macro social » non voulu (la dévalorisation des diplômes) engendré par l’accumulation des stratégies individuelles « raisonnables », puisque l’intérêt de chacun est de se classer au mieux dans la « file d’attente ».

Cette baisse du rendement des diplômes aurait, par un « effet de ciseaux », contrecarré l’effet (démocratisant) qu’aurait du avoir la baisse des inégalités de chances scolaires.

On peut relativiser l’influence de l’éducation dans ce décalage en voyant d’autres facteurs :

  • structure des places à prendre : facteur structurel

  • réseaux sociaux familiaux permettent d’assurer une place aux enfants « capital social »

  • sexe et origine sociale (taux de chômage des filles est plus important)

Donc ce n’est pas un diplômé abstrait, un pur  « capital humain » qui s’insère sur le marché du travail.



  1. les avatars de la méritocratie en Europe

Constat : aucune relation nette entre l’ampleur de l’immobilité sociale et les politiques scolaires suivies et les caractéristiques des systèmes éducatifs. (fluidité sociale est moins forte dans des payes comme la France(unifié) et l’Allemagne(à filière) qui ont des systèmes éducatifs diamétralement opposés alors que Suède(unifié) et Pays-bas(à filières) ont des fluidité forte). Partout, le rôle de l’école comme médiateur de la reproduction sociale est en baisse. (Études comparatives de R. Breen, pour au moins cinq pays occidentaux, l’éducation reçue devient moins décisive quant à la position qu’atteindra l’individu). Le rôle médiateur du diplôme est en baisse du fait même de la plus grande diffusion des titres scolaires qui affaiblit leur pouvoir informatif et leur valeur de filtre aux yeux des employeurs.
En conclusion, on est loin d’un schéma conforme d’une société méritocratique car relation éducation emploi continue d’être affectée par l’origine sociale. Dans les années fin 1940, générations « dorées » avec l’offre croissante d’emplois et de formation, l’école a pu être un ascenseur social. Mais aujourd’hui conditions sur le marché font qu’on ne peut dénoncer l’école entièrement. Ce qu’il faut dénoncer, c’est l’influence trop faible de l’école qui ne parvient ni à compenser les inégalités d’origine familiales, ni à faire en sorte que ces verdicts soient reconnus et sanctionnés dans la vie professionnelle.


  1. Mérite et justice sociale




  1. les incertitudes du mérite scolaire

Lorsqu’on évoque les inégalités de réussite, invoquer le mérite met souvent mal à l’aise. (Ce malaise prend source dans la sociologie de l’éducation qui a montré la force des inégalités sociales à l’école qu’il est devenu pédagogiquement incorrect de parler de « dons » ou d’intelligence et on préfère parler de « moyens » ou motivations).

Idée de Fabrication des inégalités sociales de carrières scolaires  jette un doute sur la capacité des titres scolaires à mesurer de manière fiable le mérite.

Fabrication et préservation des inégalités :

= Inégalités de réussites : très précoces se mettent en place dès la maternelle

+ Inégalités de choix par la suite qui se cumulent (établissement, orientation,…) et qui traduisent des stratégies familiales.

+ Rôle de l’école qui renforce ces inégalités par son mode de fonctionnement (contenus qu’elle propose, inégale qualité de ce qu’elle offre aux élèves).

Dans quelle mesure la réussite scolaire et les diplômes qui la sanctionnent reflètent le mérite des élèves ?

  • Origine du développement cognitif (social chez l’être humain) et donc de l’origine des inégalités qui l’affectent. La différence des milieux sociaux qu’elles soient matérielles ou culturelles va influencer ce développement, si bien que les enfants arrivent à l’école en présentant des inégalités premières. Inégalités qui sont par la suite entretenues par les parents qui possèdent plus ou moins capital culturel, ressource matérielle.

  • Origine des « motivations » des élèves et des stratégies des parents. Les familles étant inégales, elles ne valorisent pas la même consommation culturelle. Dès lors que l’éducation est un bien en soi, il n’y a pas de raisons que les demandes soient égales (on peut avoir plus ou moins de goût pour les matières valorisées dans le système scolaire). On peut alors se demander si éducation est un bien désirable pour tous les groupes sociaux. Donc école fait face à des inégalités, de motivations et d’aspirations, qui prennent racine en dehors d’elle. Dès lors que les élèves sont «  des égaux en droit mais inégaux en fait » (Bourdieu), l’école est vouée à retranscrire dans ses verdicts ces inégalités.

A ce moment-là, le mérite scolaire peut-il être considéré comme juste ?

Pas vraiment car l’origine de ce mérite est marquée par les aléas de l’héritage. Il n’est alors pas certain que, pour reprendre la critique de Rawls, il soit juste de lui donner tant d’importance. Cette importance attribuée au mérite ne se justifie que par rapport à la fonction sélective de l’école : donc idéal méritocratique implique compétition et échec. Comme le souligne F.Dubet, la logique méritocratique n’est pas la seule possible (logique qui vise par exemple à égaliser ce qui est donné à chacun d’entre eux). Mais on ne peut se passer de méritocratie quand l’école est censée orienter vers des emplois inégaux des élèves formellement égaux donc la méritocratie devient « une fiction nécessaire » (F.Dubet).

L’école fait son possible pour introduire du jeu dans cette évaluation des mérites et même s’il est limité, il n’est pas nul. Surtout qu’aujourd’hui, on a tendance à surestimer son pouvoir face aux inégalités sociales et donc à penser que puisque les titres scolaires mesure le prestige, plus de diplômes, plus d’emprise de l’école, plus de méritocratie sont les gages d’une plus grande justice sociale. Pourtant,dès lors que le contexte politique et social pousse à l’élévation du niveau d’instruction, les familles les mieux informées vont tout faire pour protéger leur domination sur le marché des emplois les plus qualifiés, en élevant sans cesse la barre.  « On peut alors se demander si la méritocratie n’est pas avant tout l’idéologie par laquelle les groupes les plus diplômés cherchent à justifier leur accès aux positions sociales les plus rémunératrices, sans que la justice ou l’efficacité y gagnent ». On dit alors que le développement de l’éducation est « crédentialisme ».

A ce moment-là, le mérite scolaire a-t-il encore un sens en dehors de l’école, dans le monde professionnel ?

  1. mérite scolaire et mérite professionnel

Existence de relations assez forte entre diplôme et emploi suggère un fonctionnement au moins en partie méritocratique du marché du travail. Mais analyse statistique montre, portant sur les jeunes (moment où l’entrée dans la vie active reflète au mieux relation formation emploi), un actif sur deux exerce un métier en rapport avec sa formation initiale. La compétence se construit souvent sur l’expérience professionnelle plutôt que sur le bagage scolaire.

Il s’agit alors de voir si les diplômes sont reconnus parce qu’ils attestent de compétences spécifiques ou simplement un moyen pour faire un tri ?


  1. les ambiguïtés du déclassement

A la fois politique et scientifique car comment interpréter l’évolution des diplômes ?
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