Les Poésies populaires juives








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Les Poésies populaires juives opus 79 sont un cycle de onze mélodies composées par Chostakovitch au cours du printemps 1948 sur des traductions russes de poèmes populaires yiddish.

La date intrigue… On sait en effet qu’au printemps 1948, après la résolution du 10 février condamnant les compositeurs « formalistes », Chostakovitch perdit, avec son poste au Conservatoire, tout espoir d’être programmé ou édité. Cette époque est aussi le début de la vague d’arrestations qui, partie de l’assassinat du célèbre acteur yiddish Solomon Mikhoels le 12 janvier, allait décapiter toute l’intelligentsia juive dans les cinq années suivantes: 217 écrivains, 108 acteurs, 87 peintres, 19 musiciens, au total plus de 400 déportations ou exécutions  - sans parler de la fermeture de toutes les institutions de langue yiddish : était-ce-ce vraiment le moment de composer des « mélodies populaires juives » ?!

Eh bien oui, justement ! Chostakovitch n’était pas juif, mais il comptait de nombreux amis parmi cette intelligentsia (comme Moisseï Vainberg, le gendre de Mikhoels), et il se sentait solidaire de ces opprimés parmi les opprimés qu’étaient les artistes juifs : pour la survie du corps, il écrivit de la musique alimentaire (musique de film, chœurs révolutionnaires, cantates officielles, ballets divertissants…) ; mais pour celle de l’âme, il composa des œuvres inspirées de la musique ashkénaze – et soigneusement planquées jusqu’à la mort de Staline en 1953: le concerto pour violon opus 77 dédié à David Oïstrakh, le 4ème quatuor opus 83, et ces Mélodies sur des poésies populaires juives opus 79, qui sont les pages les plus explicitement « juives » de toute l’œuvre de Chostakovitch…

Déjà du fait des poèmes: il s’agit en effet de « chansons populaires juives »  publiées en russe huit ans après une première parution en yiddisch. La traduction russe révèle un zèle soviétique subtilement ironique : dans la Berceuse n° 3 par exemple, là où l’original yiddish dit « A sibirnik is dain tate » (ton père est en Sibérie), le russe traduit « Твой отец в цепях в Сибири, держит царь его в тюрьме » (ton père est enchaîné en Sibérie, emprisonné par le tsar) ; et dans le final, au lieu d’un « clair soleil », c’est une « bonne étoile » qui brille sur la tête des cordonniers juifs… Chostakovitch n’avait d’abord retenu que huit poèmes d’un pessimisme extrême (n°1 à 8), mais en octobre il en ajouta trois plus « optimistes » (n°9 à 11), pensant qu’ainsi le tout pourrait passer pour une comparaison entre les Juifs malheureux sous les tsars et les Juifs bienheureux sous Staline

Pour la musique, Chostakovitch choisit de solliciter trois voix dans toutes leurs combinaisons possibles : soprano seul dans 5 et 10, alto seul dans 3, ténor seul dans 7 et 9 ; soprano et alto dans 1 et 2, soprano et ténor dans 4, alto et ténor dans 6 ; le trio complet dans 8 et 11. L’accompagnement fut pensé simultanément pour piano et pour orchestre – même si la version avec orchestre ne fut créée (par Gennady Rojdestvenski) que neuf ans après celle pour piano (par le compositeur en 1955). Pour les mélodies, ces « chansons » ayant été publiées sans musique, Chostakovitch prit conseil auprès de deux amis juifs, le pianiste Vainberg et le musicologue Beregovski. Quant au style, il renoue avec celui du 2ème trio (1944) et du concerto pour violon (1947), mais aucune œuvre de Chostakovitch (même les 4ème et 8ème quatuors, composés respectivement en 1949 et 1960) ne sonne aussi « juive » que cet op79 : nulle part ailleurs des modes aussi « freigisch » (phrygien en yiddish), des danses aussi « freilechs » et des lamentos de clarinette aussi poignants que dans les huit premières Mélodies populaires juives.

Ou plutôt : cette intensité émotionnelle ne disparaîtra pas, mais les caractéristiques « physiques » de la musique juive se fondront dans le langage de Chostakovitch pour contribuer, comme le fit la musique tzigane sous la plume de Liszt, à « la sphère la plus élevée de l’art, celle qui est commune à l’humanité entière, où tous les peuples s’abreuvent aux sources vives de toute poésie sublime… »

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