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Pistes de réflexion dans le cadre du stage itinérant CPLR
Le 11 juin 2007

A l’étape de St Chély d’Aubrac

« En quête de critères pour une spiritualité protestante… »
La spiritualité fait partie de ces choses qui ne se recommandent qu’à condition d’être pratiquées par celui ou celle qui les recommandent…

C’est pourquoi je centrerai mon propos sur la vie spirituelle du pasteur et ses particularités. Mais avant d’aller plus loin, il faut prendre un peu de temps pour discerner de plus près de quoi on parle…

En dehors du cas concret et spécifique de la vie spirituelle du pasteur, on peut constater que le discours général sur la spiritualité (et non sur la religion) a connu une certaine renaissance ces derniers temps. Il suffit de se rendre dans une grande librairie et de consulter les rayons qui regorgent de livres traitant de spiritualité. Ils répondent apparemment à un besoin ou plus exactement à des besoins multiples de la population en matière de spiritualité. Cette quête déborde largement le cadre des Eglises et même des religions. On distingue d’ailleurs entre « attentes religieuses » et « besoins spirituels ». Inge Ganzevoort précise que « par spiritualité, on entend une dimension nécessaire de toute vie humaine, engendrée par le fait que l’homme est un être en rapport avec lui-même, par la médiation du monde, des autres, de Dieu (éventuellement), des événements de sa propre existence. La spiritualité appartient forcément à la condition humaine et ne constitue pas une dimension religieuse surajoutée. »1

Si aujourd’hui, nous nous interrogeons/ vous vous interrogez sur la vie spirituelle du pasteur et des fidèles, cette question se trouve donc forcément liée à ce contexte plus large de demande de spiritualité, de demandes de vie spirituelle. Il y a encore quelque temps, la question n’aurait pas retenu beaucoup d’intérêt, voire n’aurait pas été posée. Ceci pour deux raisons bien distinctes : La question ne se pose pas partout là où elle est résolue, c’est-à-dire où l’on vit déjà quelque chose que l’on peut appeler vie spirituelle. C’est un peu comme l’existence de Dieu dans l’Ancien Testament : on ne se pose pas la question de croire ou de ne pas croire en Dieu tant sa présence relève de l’évidence. Ce qui ne semble plus alors le cas aujourd’hui en matière de spiritualité. On ne pratique plus de la même manière, et - surtout- on ne mène plus avec la même évidence une vie spirituelle. La deuxième raison, c’est que suite à une dissociation voulue et parfois théologiquement argumentée, on se méfie de tout ce qui a trait au spirituel. Spirituel qu’on associe à la pratique de la foi. L’étudiant en théologie, le futur pasteur apprend à vivre une sorte d’ascèse pendant ses études, une sorte d’ascèse avec son objet pourrait-on dire. La théologie cherche à s’intégrer dans les sciences humaines, dans une certaine objectivité. Dans ce cadre la pratique religieuse ressemble à une récupération subjective, émotive, bref : contaminant la démarche scientifique pure.

Cette dissociation entre théologie et spiritualité ne date pas d’hier. En fait, elle pointe à l’horizon dès la fin du 12e siècle. Dès la fin de ce qu’on a appelé la théologie monastique et du début de la naissance de la scholastique. Bonaventure -à l’image des Pères de l’Eglise pour lesquels l’interrogation théologique était forcément une interrogation existentielle, spirituelle et pratique, Bonaventure insiste encore sur le lien inextricable qui unit la théologie à la pratique spirituelle. Il va jusqu’à dire que la théologie est un habitus affectivus ce que l’on pourrait traduire par « attitude affective ». Il s’agit là du but même de la théologie, des « fruits » si on peut dire. Alors que Thomas d’Aquin concentre sa recherche sur l’objet de la théologie. La théologie n’est plus uniquement orientée vers l’application. La spiritualité, comprise comme pratique spirituelle et comme expérience de vie va commencer à vivre une « vie propre », souvent à côté de la recherche théologique « pure ».

Cette réflexion nous amène à nous interroger plus précisément sur la définition même de spiritualité, de vie spirituelle. Je ne vous apprend rien en vous disant que les définitions sont légions et difficilement réductible à l’unité. L’intérêt de cette pluralité est de constater que chacune est à l’origine d’une applicatio bien particulière, certaines définitions s’excluent d’ailleurs mutuellement. Car le vocable spiritualité peut rimer autant avec ésotérique qu’avec besoin de reconnaissance dans un moment particulièrement éprouvant de la vie… Il y a des spiritualités qui vous font vous évader du monde, il y en a d’autres qui cherchent à vous y inscrire davantage ! La méfiance des Eglises établies (notamment des Eglises protestantes) vient en large partie de ce que l’on ne sait pas toujours très bien ce qui avance masqué dans ce concept un peu fourre-tout.

Prenons l’exemple du protestantisme. Luther s’exclame experientia facit theologum : « C’est l’expérience qui fait le théologien ». En même temps, il se montre intraitable face à des revendications enthousiastes (ce qui veut dire « être en Dieu » !) qui sont les spirituels de l’époque ! Une spiritualité de l’expérience, certes, mais pas une spiritualité qui se passe d’intermédiaire. On sent combien on avance sur une lame de rasoir…

Une deuxième difficulté se présente en protestantisme : c’est que la spiritualité, la vie spirituelle apparaît souvent comme conséquence, comme « application » justement de doctrines théologiques, comme « fruits ». Insister trop unilatéralement sur l’importance d’une vie spirituelle qui par des auteurs catholiques (mais pas seulement) a été associée directement à une amélioration de la vie, cela pose problème, non pas tant aux Réformateurs de la première génération, qu’à leurs successeurs. N’est-ce pas faire revenir par la petite porte un salut par les œuvres ? Par la spiritualité justement ? L’histoire de la théologie protestante se bat avec cette fameuse vie spirituelle ! Régulièrement, on dénonce ou bien une interprétation légaliste de la spiritualité (où on mesure la qualité du croyant à sa capacité et sa régularité à « faire ses prières »…) ou bien au contraire on dénonce une dissociation insupportable entre doctrine et vie, discours et application, parole et acte. Comme exemple pour cette dernière approche on peut citer Philipp Jacob Spener qui partage sa consternation devant des pasteurs qui prêchent une chose et vivent autre chose. Pire, qui collent des étiquette de « hérétiques » sur le dos de ceux qui réclament une piété vivante et profonde. Je cite : « Je suis donc persuadé que nous aurions bientôt une toute autre Eglise si nous, qui y enseignons, nous étions pour la plupart de ceux qui pourraient, avec Paul, annoncer sans rougir à nos communautés (1Cor.11, v.1) : Suivez-moi comme moi je suis le Christ. Par contre, ils ne sont pas peu nombreux, ceux qui ne jugent pas nécessaire de se conformer à ce que l’apôtre rappelle à ses Ephésiens (Eph.4,21) comme une chose apprise depuis longtemps : qu’en Jésus est l’être authentique : et donc, la manière ordinaire de chercher le salut, telle que la grande masse se l’imagine, n’est pas conforme à l’ordonnance divine. Et si le prédicateur lui-même n’a pas d’autre conviction, comment veut-il conduire les auditeurs là où il faudrait ? Je suis effrayé et j’ai presque honte chaque fois que j’y pense, de ce que l’affirmation de l’authentique piété intérieure peut être inconnue ou méconnue de certains, au point que celui qui s’y adonne avec zèle peut à peine éviter le soupçon d’être secrètement papiste, weigélien ou quaker. »2

Ce qui est en jeu pour Spener comme pour d’autres, c’est l’authenticité de la démarche du prédicateur/pasteur. Nous y reviendrons.

En effet quand on se pose la question de la vie spirituelle du croyant ou du pasteur, deux aspects apparaissent : pourquoi mener une vie spirituelle et en vue de quoi ? Ces deux pourquoi/pour quoi sont liés. Aujourd’hui, on ne peut plus faire comme si l’un et l’autre relèverait de l’évidence. Ce qui apparaît à travers les siècles avec une certaine force aujourd’hui, c’est que la vie spirituelle participe 1. à une recherche de cohérence entre ce que je crois et ce que je vis ; 2. à une quête d’authenticité du sujet, elle participe au « devenir sujet », ainsi elle permet de découvrir l’individualité du sujet croyant. Et la vie spirituelle permet 3. une ouverture à l’expérience religieuse qui vivifie, critique et interroge le discours religieux.

Ces trois points montrent que la vie spirituelle comprise ainsi est intimement liée à la vie tout court et il serait faux de distinguer entre vie matérielle/physique et vie spirituelle. Plus exactement l’une est traversée par l’autre ; on n’est pas dans deux univers étanches et séparés. En tout cas, en spiritualité chrétienne.

Approchons-nous maintenant du cas « spécifique » du pasteur. Dans un premier temps, j’ai envie de dire qu’il ne se distingue guère du cas plus générale du croyant lambda. Une première précision s’impose toutefois : en effet, beaucoup de choses dépendent du rôle qu’il est censé jouer -ou qu’il s’est imposé de remplir- dans la communauté. Est-il avant tout le théologien qui doit proposer des études bibliques et théologiques ? Est-il l’animateur de groupes divers et variés ? Est-il la référence en matière de doctrine ? Est-il le modèle en piété ? On pourrait encore longtemps prolonger ainsi la liste. Je veux simplement retenir que la fonction qu’il ou elle occupe plus particulièrement influe non pas directement sur sa vie spirituelle mais sur sa vision et sur l’importance qu’il accordera à une telle démarche. Toutefois, les trois points que j’ai retenus pour définir très largement le but d’une vie spirituelle s’appliquent lui indépendamment du rôle spécifique qu’il a choisi ou qu’on lui a imposé dans la communauté dont il a la charge. La seule chose qui le distingue dans sa quête de vie spirituelle, c’est que les 3 points s’appliquent à lui de manière plus aiguë : 1. la recherche de cohérence entre ce qu’il croit et ce qu’il vit, 2. le « devenir sujet » et 3. l’importance de l’expérience religieuse. Pourquoi ?

  1. La cohérence entre le dire et le faire. Le pasteur en tant que prédicateur est plus facilement porté vers le discours religieux, la place centrale de la prédication n’en est qu’un exemple. Comment réarticuler ce que je dis avec ce que je fais tous les jours ?

  2. Le « devenir sujet » pose plus particulièrement problème dans un métier dont les contours sont souvent devenus flous et où chacun y va avec ces attentes particulières. Comment rester sujet, comment résister à la conformisation pure et simple aux attentes, ouvertement formulées ou « entre les lignes » ?

  3. L’expérience fait le théologien disait Luther. On mesure aisément qu’une théologie, qu’un discours voire une prédication qui finit par se nourrir uniquement des commentaires des autres risque de se dessécher, de se complaire dans la lettre « sans le grain de la chose »…. Dans l’expérience religieuse, il ne s’agit pas de devenir un grand mystique, mais il s’agit de pouvoir continuer à dire « je » sans avoir l’impression d’emprunter ce « je » à quelqu’un.


Alors, quels moyens pratiques ? Il faut dire que les moyens ne manquent pas… ce qui ne veut pas dire que la démarche en est pour autant facilitée. Car il faut bien se rendre à l’évidence que les « moyens » en vie spirituelle ne sont aucunement neutres ! Ils obéissent tous à une certaine logique et souvent une théologie les sous-tend. Il y a donc un discernement à avoir. En même temps, une certaine souplesse, voire une temps d’expérimentation peut s’avérer tout à fait bénéfique, car même en matière de vie spirituelle, nous ne sommes pas sauvés par le théologiquement correct !

J’en retiendrai 4 : la prière, la lecture méditative, l’accompagnement et un temps à part que l’on peut aussi appeler un temps de retraite. Tous les quatre s’inscrivent dans une dynamique de rupture pour répondre aux trois points formulés plus haut : distance, solitude, silence, rythme différent, déplacement géographique, nouvelle perspective, repos,… Cette rupture, chacun et chacune l’habite comme il peut. Mais sans la rupture (qui peut être un changement de rythme dans la semaine, attention aux « exploits spirituels » !), le déplacement est difficilement réalisable et du coup l’ouverture qu’il promet difficile à habiter.

Attention toujours que la démarche spirituelle ne vient pas en lieu et place d’un nouveau « salut ». Il ne s’agit aucunement d’une démarche sportive de haut niveau où seulement le plus performant gagne. Il s’agit d’habiter plus pleinement ce qui est déjà donné, de s’en rendre compte et non de l’atteindre !

Bonne route ! Le but est derrière et non devant en matière spirituelle !
Katharina SCHÄCHL, Théovie.

1 Dans le livre Hubert Auque et Claude Levain (éd.), Rencontres à l'Hôpital. L'aumônerie en questions, Genève : Labor et Fides/ Lyon : Réveil Publications, 2001, 256 p.

2 Ph.J.Spener, Pia desideria ou : désir sincère d’une amélioration de la vraie Eglise évangélique (1676), trad. Annemarie Lienhard, Paris: Arfuyen, 1990, p.22-23.




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