Résumé Cinquante ans après l’indépendance du Sénégal, du Mali et de la Mauritanie, la question de l’intégration régionale, de la fluidification des échanges et des mouvements de populations entre les trois Etats se pose avec acuité.








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3. Points de contact, de passage et de contrôle : au rythme des agents et des « tracasseries »


Tout au long de la route se succèdent gares routières, carrefours, marchés, check points et postes douaniers. Une urbanisation en pointillé, linéaire, se dessine le long des axes. Ces lieux qui ponctuent l’itinéraire du voyageur symbolisent à la fois l’ouverture et la fermeture. Ils sont également marqués par des temporalités qui leur sont propres, oscillant entre attente interminable et accélération soudaine.

Routes et à-côtés


L’arrivée d’une route génère nombre d’activités dynamiques. Il n’est qu’à en juger par les mutations récentes de Diéma (Fiori, 2009). Rien ne laissait présager que cette petite commune rurale de 9 000 habitants devienne un « hub », à la croisée de trois axes majeurs (vers le Sénégal, via Kayes ; vers la Mauritanie, via Nioro ; vers Bamako). Depuis l’achèvement de l’axe Aïoun Nioro en 2007, le carrefour est une escale obligée. Alors qu’« avant, on ne trouvait même pas une vendeuse d’arachides », dixit le maire, les boutiques s’alignent désormais de part et d’autre du carrefour (planche 2). Plus au nord, la ville de Nioro est désormais desservie par des liaisons quotidiennes avec Bamako et Nouakchott, augurant, comme le confirme l’un des Pères missionnaires, résidant depuis 1960 dans la commune, un renouvellement des pratiques de consommation : « On trouve tout ici maintenant. Même du poisson frais et plein de gadgets chinois ».

Les villes frontalières constituent des espaces sensibles où se concentrent les populations migrantes, attirées par les possibilités de commerce ou de passage dans le pays voisin. Les marchés rendent compte de l’intensité des échanges transfrontaliers, qu’ils soient légaux ou non (Bennafla, 2002 ; Walther, 2008). Certains trafics de produits illicites sont organisés par des acteurs hors-la-loi qui contribuent à affaiblir les États (tout en étant parfois ses représentants), en produisant dans ces périphéries nationales des territoires dans les territoires (Igue, 1995). Les localisations mêmes des marchés sont fonction des opportunités et différentiels de prix qu’offre la frontière. Parfois, ces foires hebdomadaires se déplacent au gré des contrôles douaniers dans la région. C’est ainsi que les marchés de Medbougou ou encore de Guogueul apparaissent épisodiquement sur l’une des pistes qui relient le nord du Mali au sud-est de la Mauritanie. La route principale est ici évitée car elle symbolise les contrôles et les taxes.

Diéma, Nioro, Diboli, Kidira, Kobenni, Gogui, autant de points sur une carte, de villes, bourgs, carrefours ou point de passage. Bien que situés aux marges des États, ils n’en sont pas moins des « espaces discrets de la mondialisation » (Pliez, op. cit.), connectés à moult réseaux (routiers, marchands, migratoires), qui en font des lieux dynamiques et indispensables au niveau local. Ces espaces frontaliers d’échanges, de transit, de commerce, de trafics, adossés à la limite physique et psychologique que représente la frontière, sont placés sous haute surveillance. Les populations migrantes sont sujettes à contrôle.


Planche 2 : Le carrefour Razel à Diéma (Mali)



Le carrefour porte le nom de la société française qui l’a aménagé.

Deux routes se croisent ici : Bamako/Dakar et Bamako/Nouakchott.

Cliché : Choplin, 2009. Schéma : relevé et réalisation : Lombard, 2009.

Check points, douanes, postes frontières : quand les lois deviennent lieux


Les routes d’intégration nationale mènent souvent aux confins des États, aux frontières internationales de chaque pays. Le poste frontalier matérialise le lieu où les forces de l’ordre expriment souveraineté, autorité et puissance. Quand on s’en approche, les visages se crispent, un lourd silence s’impose. Déjà, tout au long du trajet, les individus qui voyagent en bus ou en taxi appréhendent le franchissement des check points (Jeganathan, 2004). Même en règle, le voyageur craint celui qui représente l’autorité. Le passage d’un État à un autre, d’une législation à une autre, est incarné par trois figures : le douanier, le gendarme et le policier qui, tous, se succèdent sur la route franchissant la ligne imaginaire. Malgré l’existence de lois (ou à cause d’elles), ces espaces sont ceux de la négociation permanente, voire du racket (Brachet, op. cit.). Là, s’exprime avec force la « petite corruption au quotidien » (Blundo et Oliver de Sardan, 2001). Mais c’est aussi parce que les représentants de l’État peuvent décider de l’arrêt ou de la continuation du parcours, et du prix à payer pour cela, que l’État reste visible et fort dans ces marges nationales. Il en va ainsi à Diboli, à la frontière malienne avec le Sénégal, lorsque les douaniers ont obligé les voyageurs de « notre » bus à ouvrir tous leurs sacs pour en vérifier le contenu et les pénaliser. Une fois les taxes acquittées par chaque voyageur, négociées en tête à tête avec les douaniers, commencent un peu plus loin les discussions avec les policiers. Ces derniers réclament des bakchichs à certains passagers tandis que les chauffeurs, de leur côté, négocient les « frais de route », prélevés dans une réserve d’argent fournie au préalable par le patron. Le montant du bakchich demandé est souvent fonction de l’origine géographique et de la nationalité du voyageur. C’est ainsi qu’entre Dakar et Kayes, de jeunes Nigérians ont fait l’objet d’un incessant racket à chaque poste de contrôle. Bien qu’appartenant à un pays de la CEDEAO, ces voyageurs anglophones étaient perçus comme étrangers à la région et par conséquent se retrouvaient dans une situation de fragilité facilement exploitable. Près de Kiffa, en Mauritanie, en raison de la non présentation du carnet de vaccination, ce sont quatre autres voyageurs qui ont été arrêtés par un policier et renvoyés à la frontière malienne, à près de 400 km.

Entre la Mauritanie et le Sénégal, le poste de douane matérialise également l’interdiction de sortir la monnaie mauritanienne - Ouguiyas - du territoire. L’échange de devises fait l’objet d’un important trafic au moment du passage entre les deux pays. Les taxes, réduites pour les importateurs mauritaniens au port de Nouakchott, incitent les commerçants des pays voisins à profiter des différentiels de prix (notamment sur le sucre, la farine, les couvertures, produits électroniques et Hi-Fi importés de Dubaï). De vastes réseaux de fraude se déploient, reposant sur la ruse et la complicité (Frésia, 2004). Une Sénégalaise d’une trentaine d’années explique : « Deux fois par mois, je quitte Dakar à minuit et j’arrive à Rosso-Sénégal le poste frontière vers 5h. Je dors un peu dans le taxi puis je prends la première pirogue vers 7h. De l’autre côté Rosso-Mauritanie, les boutiques de téléphones portables ouvrent. Je vais toujours chez le même vendeur. Il m’appelle à Dakar pour me parler des nouveaux modèles qu’il a reçus. J’en achète 6 ou 7. Les acheteurs à Dakar m’ont déjà fait une avance. A 11h, je repasse le bac. A 13h, le taxi repart. A 20h, je suis à Dakar et le soir même j’en ai écoulé quelques-uns ». Sûre de ses achats, cette commerçante confie enregistrer environ 20 000 CFA (30 €) de bénéfices sur chacun des portables. Cette importante plus-value est possible parce qu’elle ne déclare pas ce trafic aux douanes sénégalaises. Sa technique est rôdée : « Je cache les portables et l’argent sur moi. Si la douanière du poste essaie de fouiller mes vêtements, jusque dans ma culotte, je crie, je fais scandale, dis que je suis indisposée et qu’elle n’a pas le droit de me toucher ». Son reçu de déclaration à la douane mentionne dix paquets de biscuits et quatre pots de mayonnaise : « Je connais bien le douanier. On s’arrange », dit-elle en souriant.

Ces points de passages mais aussi de rupture de charge riment avec des temps d’attente interminables. Les voyageurs patientent des heures en attendant que l’État, à travers ses agents, se montre, taxe, réprime, renvoie. Et puis, au moment le plus inattendu, alors que les passagers sombrent dans la léthargie, trois coups de klaxon retentissent. En quelques secondes, le bus se remet en branle, les voyageurs remontent, laissant « à quai » l’un d’entre eux qui n’a pas réussi à négocier son passage et qui reste prisonnier des représentants des forces de l’ordre.
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