Littérature québécoise








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Pour notre héritage de vie religieuse



La Croix de Gaspé1


Ecce enim propter lignum, venit gaudium in universo mundo.

Voici que par ce bois, une grande joie s’est répandue dans le monde.

Ce texte est emprunté à la liturgie catholique, à l’office du Vendredi Saint. L’Église le répète chaque année à l’heure anniversaire où dans nos souvenirs et dans notre piété s’érige la Croix du Golgotha. Ce matin sur la falaise où reparaît dans le granit indestructible la Croix de Gaspé, à l’heure anniversaire où, réunis dans une pensée commune, nous commémorons le geste historique par lequel Jacques Cartier dressa sur ce pays, comme un signe de domination et de salut la Croix de bois du Christ, je me sens pressé de vous redire à vous-mêmes le texte liturgique : Voici que par ce bois, une grande joie a été répandue dans le monde.

Ce fut en effet un grand jour dans l’histoire du Canada, que celui du 24 juillet 1534, alors que Jacques Cartier, par l’érection d’une croix, prit possession officielle, au nom du roi de France, des terres neuves qu’il venait de découvrir. La croix, haute de trente pieds, portait sous le croisillon, un écusson à trois fleurs de lys, avec l’inscription : Vive le Roi de France. L’acte, le geste de Cartier avait donc tout à la fois un sens politique et un sens religieux. Il avait un sens humanitaire qui place Cartier au rang des grands missionnaires de la civilisation.

Quatre siècles se sont écoulés depuis que ce geste fut accompli. Et voici qu’aujourd’hui, la Croix de Gaspé suscite encore dans la conscience des hommes, une joie universelle immense : Ecce enim propter lignum venit gaudium in universo mundo. Ce n’est pas seulement le Canada où fut érigée la croix mais c’est la France, c’est l’Angleterre, c’est l’Europe, et l’Amérique, qui sont représentées à ces célébrations jubilaires et qui honorent d’un officiel hommage, les origines françaises et religieuses de ce pays. Notre joie à tous rejoint à travers les siècles celle du découvreur et de ses compagnons. Et c’est parce qu’aujourd’hui nous revivons l’heure historique de 1534, c’est parce que dans nos yeux comme dans nos esprits se recompose la scène où Jacques Cartier dressait une croix de bois sous les regards étonnés des Sauvages, et essayait par des gestes d’adoration d’en expliquer le symbolisme à ces pauvres enfants de la forêt, que vous me permettrez d’évoquer à mon tour ce symbolisme mystérieux. C’est encore être fidèle à Cartier que de rappeler aujourd’hui que si la croix de bois du Calvaire annonçait aux hommes la joie de la rédemption et de la royauté du Christ sur le monde, la croix de bois de Gaspé annonçait aux indigènes de ce pays non seulement une prise de possession politique, mais aussi leur rédemption spirituelle et la royauté du Christ sur les peuples et les destinées du Canada.

C’est sous votre présidence, Éminentissime Seigneur, que se déroulent ce matin les fêtes liturgiques du quatrième centenaire de Gaspé. Vous déployez sur elles l’éclat de votre pourpre, mais vous consacrez aussi, par cette présence du Primat de l’Église du Canada, le sens profondément religieux de nos origines canadiennes.

Et vous, Excellence Mgr le Délégué Apostolique, qui nous apportez en votre personne le prestige et la bénédiction du Souverain Pontife, et qui vous inclinez si souvent avec affection sur notre Jeune histoire, vous constaterez une fois de plus ce matin que c’est dès la première heure de cette histoire, et sur la croix même de Gaspé, que l’on vit associés pour l’œuvre divine avec le sang du Christ, l’apostolat et le verbe de la France.

I


Messieurs et chers frères, je n’insisterai pas sur la grande joie que procura au monde, la croix qui fut un jour dressée sur le Calvaire. Elle montrait aux hommes, comme un ostensoir sanglant, le Christ qui venait de les racheter. Et c’est tout le destin des hommes qui se trouvait effectivement changé. Aux tristesses de la déchéance succédait la joie de la rédemption ; à l’orgueil de la révolte originelle succédait l’humilité de l’ordre ; à l’esclavage du démon la liberté sainte des enfants de Dieu.

Mais tout cela avait été précédé de si longues angoisses. Depuis tant de siècles, l’humanité avait attendu la réalisation des promesses divines. À l’homme coupable, et qui par sa grande faute avait été dépouillé des prérogatives de l’état naturel où Dieu l’avait élevé, Dieu même avait promis la réhabilitation. Et c’est Dieu même, en son infinie miséricorde, qui devait réhabiliter l’homme. En la Trinité mystérieuse de ses personnes s’échangea l’offrande de la victime et l’acceptation du sacrifice. Le Verbe incarné et immolé rétablirait par le prix infini de sa souffrance l’équilibre rompu de la justice et de la bonté divine.

Mais l’homme attendait depuis des siècles le Rédempteur promis : blessé par le péché, privé des dons préternaturels qui accompagnaient sa première destinée, livré à la convoitise de ses passions, rassemblant en lui, comme le plus angoissant problème, toutes les contradictions de la chair et de l’esprit, toutes les lumières et toutes les ténèbres de sa pensée, toutes les aspirations hautes et toutes les bassesses de la vie, l’homme avait appelé par tous les soupirs des patriarches et toutes les lamentations des prophètes, par les douleurs de sa conscience, et par toutes les espérances de sa foi, le Christ, le Prêtre divin qui offrirait enfin le sacrifice de la réparation. Il vint, le Sauveur, le Dieu, mais tout autre que celui-là que s’était figuré le peuple héritier du message révélateur ; tout autre que le roi puissant qui rétablirait le Trône d’Israël. Et l’on entendit tomber de ses lèvres un Évangile qui déconcertait les esprits ; on le vit multiplier en faveur des pauvres et des humbles les miracles de sa pitié, tous les témoignages de sa filiation divine ; et le jour où il voulut officiellement racheter les hommes, et rétablir sur le monde le règne de sa puissance et de son amour c’est sur une croix de bois, préparée par la malice de ses ennemis, qu’il voulut monter ; c’est sur le bois de cette croix, comme sur un autel, qu’il répandit le sang du sacrifice.

Mais la croix qui était l’instrument de l’expiation devenait aussi le Trône de la royauté du Christ rédempteur. C’est par elle qu’il avait reconquis pour le ciel l’humanité ; c’est par elle que, Roi éternel des siècles, il devait désormais régner sur les âmes. L’homme racheté par la croix, ne peut revivre que par elle. C’est des mérites de la croix que découlent, comme d’une source divine, toutes les grâces du salut. Il faut que chaque homme reçoive de la croix, sa réhabilitation surnaturelle, ses titres nouveaux à l’héritage du ciel, son rétablissement au royaume de Dieu. C’est donc par elle, en vérité, que le Christ règne sur le monde : regnavit a ligno Deus.

Déjà, par sa naissance éternelle, par sa divinité consubstantielle à celle du Père et de l’Esprit, le Verbe, le Christ était le Roi. C’est l’affirmation qu’il en fit lui-même à Pilate. Mais voici que cette royauté de naissance s’augmente en quelque sorte d’une royauté de conquête. Et voici que l’humanité reçoit de son Roi, maintenant couronné de gloire et d’épines, une législation nouvelle divine, qui transforme sa foi, ses mœurs, sa vie, son histoire. Avec la charte de l’Évangile, c’est une autre civilisation qui commence ; c’est l’ère des disciplines austères du sacrifice, l’ère aussi des tendresses de la charité. C’est le règne de l’amour du Christ-Roi qui pénètre de son esprit et de sa douceur toutes les institutions humaines, et qui répand sur le monde avec l’assurance bénie de la rédemption universelle, la grande joie fraternelle que le monde n’avait pas encore connue : ecce enim propter lignum venit gaudium in universo mundo.

II


Depuis dix-neuf siècles, la croix du Calvaire est devenue, pour cette grande joie qu’elle apportait aux hommes, l’objet de toutes les vénérations. Depuis le Christ, l’homme vit sous le signe de la Croix. Et les siècles de l’histoire, et tous les chemins de la civilisation sont depuis marqués, jalonnés de la Croix. Par cette croix multipliée à l’image de celle de Notre-Seigneur, le Calvaire lui-même s’érige en quelque sorte partout et sur le monde, partout il imprime son mystère dans la pensée et la conscience des peuples ; ou plutôt le Calvaire apparaît à tous les peuples comme une cime qui domine l’histoire, cime lumineuse dont la clarté splendide rayonne sur tous les horizons de l’humanité.

Aussi, est-ce avec la Croix que tous les porteurs de rédemptions, que tous les annonceurs de la grande joie du christianisme, se sont présentés aux hommes, à tous les peuples qui vivaient encore dans les ténèbres de l’erreur et du mal. Et quand au commencement de notre âge moderne surgirent des océans profonds les continents nouveaux, les Amériques fabuleuses, c’est avec la croix que l’on est descendu sur leurs rivages et que se sont montrés aux indiens barbares et idolâtres les hardis découvreurs, les fondateurs d’empire, les apôtres du Christ et de son Église.

Ainsi fit Jacques Cartier. Étant l’envoyé de la France, il venait ici avec un double mandat. Depuis des siècles la France portait avec un pieux orgueil le titre privilégié de fille aînée de l’Église ; et quand elle résolut de réclamer sa part humaine de l’héritage d’Amérique, elle ne voulut pas dissocier dans ses ambitions les soucis de sa fortune et son besoin de porter aux hommes la lumière de l’Évangile. Elle fut donc, à l’époque des grandes découvertes géographiques, plus que l’ouvrière politique d’un grand empire colonial, elle fut la grande missionnaire de Jésus-Christ. Et quand elle aborda avec Jacques Cartier aux rivages de ce continent, le Canada découvert devint aussitôt le vaste domaine où elle continue de faire dans le monde les gestes de Dieu.

Ce fut assurément un geste de Dieu que celui de Jacques Cartier, quand sur cette pointe de Gaspé, en présence des Indiens, il arbora la Croix.

Oh ! Je n’ignore pas tous les desseins multiples qui pouvaient inspirer son périlleux voyage, ni toutes les ambitions qui orientaient sa voile. Goût des aventures, rêves de marin audacieux, désir de révéler à l’Europe ce passage vers les terres orientales, qui par le nord ferait pendant à celui du sud au détroit de Magellan, connu depuis 1520 ; cupidité personnelle ou royale qui l’emportait vers ces « îles et pays où l’on dit qu’il se doit trouver grandes quantités d’or ». Oui, tout cela pouvait être dans la pensée de Jacques Cartier et de ses compagnons. Mais avec tout cela, il y avait aussi dans leur âme de Français, l’ambition profonde et séculaire de la race, celle de toujours porter aux peuples de la lumière, les messages de la vérité, et cette fois, l’Évangile du Christ.

Aussi est-ce la croix du Christ qu’il choisit comme signe de sa conquête. C’est par elle qu’il prit possession des terres, parce que c’est par elle qu’il voulait prendre possession des âmes. S’il présente aux sauvages naïfs, des cadeaux pour enfants, verroteries brillantes qui les attirent, c’est, déclare Cartier, avec l’espoir qu’il les pourra « convertir à notre sainte foi. » Et les croix, qu’au voyage de 1535, Jacques Cartier va élever sur d’autres rivages, qu’il découvre en remontant notre grand fleuve, témoignent encore de son dessein d’unir toujours dans sa pensée, et les ambitions légitimes de son roi, et la conquête spirituelle des âmes. Les croix de Stadaconé, et d’Hochelaga et des Trois-Rivières, comme celle de Gaspé, ne font que multiplier sur ce pays, avec le signe d’une domination française, le signe et les promesses de la rédemption divine.

Et voici donc, Messieurs, que par toutes ces croix de bois plantées sur le sol canadien, une grande joie était annoncée aux peuplades sauvages qui l’habitaient ; la joie de la vérité enfin révélée à leur ignorance, la joie de la charité annoncée à leur barbarie, la joie du salut promis à leur déchéance, la joie d’appartenir désormais au Christ rédempteur et de pouvoir enfin entrer au Royaume de son amour.

Mais cette joie ne fut pas offerte ni répandue sans sacrifices ; Cartier lui-même et ses compagnons connurent au voyage de 1535, avec les rigueurs de l’hivernement, toute la cruauté d’un mal qui décima les équipages. Et il suffira plus tard, pour connaître mieux encore le prix douloureux de la bonne nouvelle française et chrétienne, de suivre, parfois à la trace de leur sang, les missionnaires que l’Église et la France envoyèrent à la conversion des indigènes de ce pays. C’est le propre de la croix de laisser tomber toujours de ses bras étendus et le sang du sacrifice et la joie des bénédictions.

Le sang du sacrifice, il abondera aux missions de la Huronie et aux villages des perfides Iroquois quand Jean de Brébeuf, Isaac Jogues, Gabriel Lalemant et leurs compagnons y subiront les tortures du martyre. Ce sang du sacrifice, c’est lui qui fera battre d’une charité héroïque, le cœur de Champlain, ce fondateur de Québec, qui préférait la conversion d’un infidèle à la conquête d’un royaume ; celui de François de Montmorency Laval, le grand évêque qui mit aux fondements de l’Église de Québec et de l’Amérique, toutes les abnégations de sa pénitence ; celui de Marie de l’Incarnation, la mystique et sainte femme qui inclina vers l’enfance son génie de voyante et d’éducatrice ; celui de Maisonneuve, de Dollard, de Catherine de Saint-Augustin, de Jeanne Mance, de Marguerite Bourgeoys, de tous les ouvriers laborieux, intrépides, qui offrirent leur vie, qui épuisèrent leurs forces pour que sur les peuples de la Nouvelle-France se répandît la grande joie du salut.

C’est l’un des vôtres, Messieurs et chers frères de France, qui a nommé épopée mystique, l’histoire de nos premières actions françaises et religieuses. Dans cette épopée, comme dans toutes les autres, il est entré de la joie et des larmes, du sang et de la gloire. Et c’est de la croix que venaient toujours, et la générosité de verser le sang et l’ambition sainte de conquérir la gloire.

Mais pendant que s’accomplissait sur ces terres neuves l’œuvre de l’évangélisation, pendant que se construisait l’épopée mystique, une société coloniale française s’édifiait au Canada. C’est une France nouvelle qui surgissait du sol conquis, défriché, travaillé par les colons, par tous ces travaillants ancêtres qui des provinces de France, vinrent ici abattre la forêt, labourer des terres, fonder des foyers, allumer à ces foyers la flamme de la vie ancienne, et y perpétuer les vertus, les traditions de la race.

Vous dirai-je, messieurs, que la croix de Gaspé, que la croix de Jésus-Christ n’a cessé de répandre sur tous ces foyers eux-mêmes la joie et les sacrifices dont elle est chargée ? Certes, je ne veux pas ouvrir ici le livre de cette longue histoire pour en relire avec vous les chapitres douloureux, les paragraphes héroïques, les pages glorieuses. Vous les connaissez. Qu’il me suffise de rappeler que la croix qui se dressa à l’aurore de notre vie historique, a étendu sur toute la journée canadienne son ombre ou sa lumière.

Ce fut l’ombre tragique assurément que toutes nos épreuves, les épreuves du premier établissement si laborieux, soumis aux rudes conditions de la vie coloniale primitive, et souvent ravagé par des sauvages ennemis, puis les épreuves de la guerre et de la conquête, puis toutes les luttes qui s’ensuivirent pour la survivance de nos traditions, de notre langue et de notre foi. Ce fut la lumière joyeuse que la gaîté de l’effort, des voisinages et des chansons de France, l’acceptation sérieuse de nos destins, la réaction vigoureuse contre les infortunes, l’entrain irrésistible d’une persévérance jamais épuisée. Ce fut l’ombre tragique, au jour de la défaite, que toutes ces ruines, tous ces deuils, tous ces morts, et tous ces abandons qui vont faire plus difficile ou plus pénible, l’œuvre de la reconstruction française. Mais ce fut la lumière joyeuse que tous les foyers reconstruits, toutes ces forces renouvelées, toutes ces vies nouvelles qui affluèrent à nos berceaux, tous ces sourires offerts aux baisers maternels, toute cette fécondité généreuse et saine qui multiplia les 60,000 de 1760 et fit jaillir de leur sang et de leur amour, les quatre millions de 1934.

Ce fut l’ombre tragique de notre histoire que toutes ces mésintelligences qui devaient naître de la rencontre en ce pays de deux races, jalouses de leur sang, plus habiles à rivaliser de grandeur ou d’ambitions qu’à s’unir dans les étreintes de l’amitié. Ce fut pourtant la lumière joyeuse de cette même histoire que la compréhension progressive de tous les droits, la conquête toujours élargie de nos libertés, l’harmonie continuée de notre langue, la survivance au Canada d’une flamme et d’une pensée française, une entente cordiale qui veut être de plus en plus certaine, ces gestes fraternels qui d’un rivage à l’autre de nos deux océans voudraient, à travers le vaste continent, faire se rejoindre toutes les mains, et s’unir toutes les âmes.

Ah ! C’est l’ombre tragique qui couvre encore le Canada, comme elle couvre le monde, que la crise actuelle qui met ses angoisses aux cœurs de tous les citoyens, qui menace de briser les harmonies sociales, qui apporte en ces souffles de misère des doctrines qui peuvent abîmer les esprits et provoquer les plus profondes révolutions. Mais c’est la lumière maintenue sur tous nos horizons canadiens que cette doctrine de l’Évangile, qui rayonne toujours de la croix du Dieu rédempteur, qui ne cesse d’être partout ici annoncée, qui tient ou ramène dans la vérité sociale comme dans la vérité religieuse, les esprits qui s’égarent, doctrine qui aux regards de tous, reste en nos ténèbres le flambeau qui illumine la nuit, l’astre qui promet encore pour demain, la splendeur de meilleurs jours.

Messieurs et chers frères, puisque la croix du Christ qui a sanctifié tant de sacrifices, nous a valu tant de bénédictions, il n’était que juste de célébrer le quatrième centenaire du jour où un marin de France en arbora pour la première fois sur cette falaise, le bois sacré.

En vérité, c’est le règne du Christ par sa croix que raconte toute notre histoire. À chaque détour de nos variables destinées, c’est la croix qui surgit, qui évoque, qui rappelle, qui enseigne, qui garde la route, comme font toutes ces croix du chemin, que demain, Messieurs et chers frères de France, vous verrez dessiner partout sur notre sol, leur geste de rédemption. Comme vos calvaires de Bretagne, nos croix du chemin témoignent et de la fidélité de notre foi et de la royauté toujours acclamée du Christ sur notre peuple.

Oh ! je le sais bien, de nos grands chemins que balisent les croix, se détachent parfois des sentiers qui s’égarent et qui éloignent avec eux l’imprudent voyageur. La royauté du Christ ne retient pas toujours dans le rayonnement de la croix ceux qu’elle voudrait sauver. Mais la croix reste là, toujours au bord de la route où passent les hommes comme pour les inviter à ne s’éloigner pas de sa bénédiction ou à revenir toujours au Christ qui par elle les a rachetés.

Notre peuple canadien n’échappe donc pas aux dangers du grand chemin, auquel s’amorcent les voies tortueuses. Le matérialisme américain qui a sûrement multiplié jusqu’à un fort exposant le matérialisme universel, et qui, à la suite de la grande guerre accentua tous les excès du néo-paganisme, ce matérialisme a répandu partout au Canada, ses mœurs, son esprit, sa doctrine. On a bien voulu dire cependant que la province française de Québec, restée plus fidèle à la croix, vivant plus près du Christ et de son Évangile, constituait dans notre Canada comme une immense réserve de forces spirituelles qui, à l’heure de nos graves périls sociaux ou religieux, en ferait une citadelle de l’ordre, un rempart assuré contre les forces contraires du désordre.

Messieurs et chers frères, il nous faut souhaiter que notre province française joue toujours ce rôle de protection, de défense sociale et religieuse. Pour reprendre une expression évangélique, nous voulons que notre province soit toujours, dans cette confédération canadienne, le sel et la lumière. Elle ne pourra l’être toujours, et toujours accomplir la mission de la race française en Amérique, qu’à la condition de n’oublier jamais que c’est la croix qui a brillé sur son berceau, et que c’est elle qui doit illuminer toujours son histoire.

Monseigneur l’Évêque de Gaspé, vous avez voulu, gardien fidèle du grand souvenir qu’évoque votre ville épiscopale, que l’on n’oublie jamais que c’est le règne social et rédempteur du Christ sur ce pays qu’annonçait en 1534 la croix érigée par Jacques Cartier. Aussi, est-ce un temple au Christ-Roi que vous voulez ici construire, afin de mieux signifier et de perpétuer par un tel monument jubilaire, la pensée, la grande action du découvreur. C’est votre cœur d’évêque, autant que votre âme de grand citoyen qui voudraient réaliser une si haute ambition.

Tous ceux qui ont le sens de l’histoire, et qui ont au cœur la fidélité que nous devons aux pionniers de la patrie canadienne, se joignent à vous, Excellence, pour souhaiter que sur les bases que déjà vous avez assises, s’élève bientôt un monument qui soit digne de notre reconnaissance.

Puisse bientôt ce monument, indestructible symbole de nos destinées, annoncer que la croix qui a béni l’heure première de notre histoire, ne cessera jamais de cette colline de Gaspé, de projeter sa vertu, sa lumière et ses bénédictions sur toutes les terres et sur tous les peuples du Canada.
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