Littérature québécoise








télécharger 434.25 Kb.
titreLittérature québécoise
page6/19
date de publication18.05.2017
taille434.25 Kb.
typeLittérature
p.21-bal.com > littérature > Littérature
1   2   3   4   5   6   7   8   9   ...   19

Québec, cité spirituelle


Québec est un nom qui éveille, à l’étranger comme au Canada, un spécial intérêt. Il désigne, en Amérique, une ville ancienne ; il évoque un lieu sacré que volontiers l’on enveloppe de légendes, d’une héroïque histoire et de mystique poésie. Et Québec se dresse avec élégance dans un décor si romantique, sur un rocher si rêveur, dans l’attitude fière mais si sereine d’une cité spirituelle !

Québec et sa fortune appartiennent à l’histoire première et la plus attachante du Canada.

Dans cette histoire, Québec représente avant tout une haute pensée, une idée, celle qui a fait surgir la ville elle-même, il y a plus de trois cents ans, des forêts de Stadaconé. Il représente l’idée civilisatrice qui a créé notre vie nationale.

Québec – et je ne parle plus ici seulement de la ville, mais de toute la province, de tout notre cher Canada dont il fut le berceau – Québec n’est pas l’œuvre d’un dessein mercantile ou d’une cupidité marchande comme celle qui fonda tant de fragiles empires en Amérique. Québec fut l’œuvre d’une pensée spirituelle. Sans doute la France qui le créa, ne dédaigna point d’établir ici une province de sa puissance politique, une base nouvelle de ses entreprises commerciales ; la France, pas plus que l’Espagne ou le Portugal, ou la Hollande ou l’Angleterre, ne pouvait s’abstraire de préoccupations économiques légitimes et renoncer à sa part américaine de l’héritage d’Adam ; mais il faut s’en souvenir, et ne pas cesser de l’affirmer, la pensée colonisatrice de la France du dix-septième siècle est avant tout dans ce mot de Champlain, fondateur de Québec : « la conversion, le prix d’une âme vaut mieux que la conquête d’un royaume. »

C’est cette pensée qui a dressé Québec non seulement sur un rocher splendide, mais sur un sommet du monde spirituel.

Et c’est donc, d’abord l’idée spirituelle que représente Québec dans notre vie nationale.

On le vit bien, d’ailleurs, dès 1608 et dès 1632, quand autour de ce berceau rayonna, dans un immense travail de civilisation, la pensée créatrice de la France nouvelle.

Je sais bien que Champlain lui-même eut à lutter contre les desseins contraires des compagnies marchandes, des coureurs de bois et des traiteurs : mais cette lutte, qui est d’humaine occurrence, ne fit qu’affirmer et établir mieux encore le dessein primordial et spirituel des fondateurs de Québec.

Au surplus, je n’entends pas ici, par l’idée spirituelle que représente Québec dans notre histoire, la seule idée religieuse ou missionnaire, qui par Champlain, par nos apôtres, par Mgr de Laval, inspira, pénétra de sa vertu et du sang de nos martyrs, l’œuvre de l’évangélisation des Indiens ; j’entends plutôt la pensée chrétienne et très haute qui, partout, place au-dessus de ce qui est matériel tout ce qui est spirituel ; l’idée qui, dans la vie privée comme dans la vie publique, élève au-dessus de ce qui est puissance d’argent, tout ce qui est puissance morale ; l’idée qui, dans la poursuite humaine et nécessaire du bonheur, place au-dessus de ce qui est jouissance, luxe ou plaisir, la joie supérieure de l’esprit, la noblesse du sacrifice, l’ambition magnifique de tendre vers un idéal et d’y faire monter toute l’âme d’une race.

Voilà l’idée spirituelle que représente Québec.

Et la vieille ville de Champlain, de Marie de l’Incarnation, de Mgr de Laval ; la ville où fut fondée sur de solides assises la puissance de l’Église d’Amérique ; la ville où dès 1635, au Collège des Jésuites, s’alluma le premier foyer de notre vie intellectuelle, et où dès 1663, au Séminaire, fut établi le premier cénacle de vie sacerdotale ; la ville qui sous Frontenac, et pendant tout le régime français, et malgré les épreuves parfois sanglantes de son destin, n’a pas cessé de vouloir s’orner de toutes les élégances de l’esprit ; la ville où, après les suprêmes batailles des Plaines d’Abraham et de Sainte-Foy, se retrancha toute une race pour y livrer, dans le champ clos des Conseils et des Parlements, les combats de la survivance ; la ville où en 1806, le Canadien, notre premier journal politique, s’imprimait sous le signe spirituel de la justice, avec l’implacable devise : Fiat justitia, ruat cœlum : que justice soit faite, dût le ciel s’écrouler ! la ville qui, sous le souffle d’un patriotisme militant, dicta à Étienne Parent et à François-Xavier Garneau des pages, des leçons où la nation tout entière apprenait à vaincre ses conquérants ; la ville qui sur l’horizon matinal et un peu gris de notre jeune littérature groupa autour de Crémazie la Pléiade de 1860 ; la ville où furent tenus les grands congrès spirituels de la nation : la première Convention nationale, en 1880, le Congrès de la Langue française en 1912 ; la ville enfin, qui, par son esprit, ses coutumes et ses chansons ; par ses traditions mieux conservées, par la structure originale, française, de ses vieilles maisons, et de ses vieux monastères, par son parler plus homogène, par sa vie ancienne moins déformée ; la ville qui par tout ce culte du passé autant que par ses rêves d’avenir, paraît au regard de l’étranger symboliser mieux que toute autre l’histoire et toutes les ambitions supérieures de notre peuple ; cette ville peut, il me semble, réclamer le privilège de représenter avant tout, dans notre histoire nationale, une idée, et d’attribuer à cette idée une essentielle valeur spirituelle.

Il faut, d’ailleurs, l’ajouter, et sans retard, cette idée spirituelle n’exclut pas, à Québec, le souci des nécessaires intérêts temporels. Nous supportons bien encore qu’on appelle quelquefois Québec l’Athènes du Canada même si on accompagne ce mot d’un sceptique sourire – nous acceptons cette ironie, mais à la condition qu’on se souvienne que l’Athènes de Périclès pouvait, à l’occasion, être aussi pratique que Sparte, et qu’elle sut butiner sa fortune sur tous les rivages asiatiques.

D’autre part, je n’ignore pas que Québec lui-même laisse entamer par des laideurs matérielles sa beauté, par des mots étrangers son verbe français ; par des goûts nouveaux son esprit héréditaire, par des doctrines sophistiques son âme chrétienne.

Je sais tout cela. Et s’il importe tant de remettre en lumière l’idée spirituelle dont vécut l’âme de Québec, l’idéal dont s’éclaira notre meilleure tradition canadienne, c’est justement parce que des ombres passent, et parfois des ténèbres qui obscurcissent nos pensées, et font dévier notre histoire.

À l’idée spirituelle, s’oppose en Amérique, au Canada, et jusqu’à Québec, l’idée toute contraire, l’idée matérialiste.

On a accusé, quelquefois, à tort, le matérialisme d’être d’origine américaine. Certes, il aurait pu prendre naissance dans l’un ou l’autre des royaumes millionnaires du pétrole, de l’acier ou du coton. Ce qui est sûr, c’est que l’idée matérialiste a toute l’envergure de l’aigle d’Amérique, et qu’elle oppose sa lumière à celle de l’étoile. C’est elle qui fait passer dans le ciel une ombre pesante, l’ombre qui menace d’envahir tout le firmament spirituel de l’humanité. Ce qui est sûr encore, c’est que ce matérialisme est international ; c’est qu’il a des connivences partout où il y a des passions humaines ; c’est qu’il est humain autant et plus qu’américain ; et ce qui est sûr enfin, c’est que ce matérialisme n’a pas dédaigné de devenir canadien.

Et c’est pourquoi l’idée spirituelle ne doit pas cesser de briller sur le rocher de Québec ; et c’est pourquoi Québec – le Canada français – avec toutes ses traditions de foi religieuse, d’ordre moral, de discipline intellectuelle, est appelé peut-être à sauver du matérialisme le Canada tout entier. C’est la vie spirituelle qui maintient, encore, à Québec, à son haut niveau, la natalité des familles ; c’est sa vie spirituelle qui lui fait répugner au divorce des époux ; c’est sa vie spirituelle qui le fait lutter tous les jours, avec des variables succès, contre la propagande malsaine du communisme, contre les spectacles et la littérature du grossier plaisir ; c’est sa vie spirituelle qui lui fait rappeler sans cesse à toutes les classes de la société que si toute vie humaine tend à s’épanouir dans le bonheur, toute vie humaine, marquée d’une blessure originelle, comporte de nécessaires sacrifices ; et que c’est dans les sacrifices acceptés, dans la modération des jouissances, dans l’équilibre des fins et des moyens, dans l’observation des lois régulatrices de l’Évangile que se trouve pour toutes les classes, la solution des irritantes questions sociales,

Si donc Québec n’apparaît plus sur son rocher comme une Minerve intacte sur son acropole ; si ce n’est plus de la poésie pure qui flotte autour de sa citadelle, il garde encore avec la noblesse de ses origines et la dignité de ses attitudes la beauté de son âme ancienne.

Mais Québec se doit à lui-même de surveiller plus que jamais l’atmosphère de ses sommets ; d’en éliminer les souffles de mort, d’y faire circuler toujours des souffles de vie. Il y va de sa destinée, et de la fortune de tout notre Canada. Québec a pour devise de se souvenir. Qu’il se souvienne donc, et qu’il travaille à assurer toujours chez lui, dans notre Province, dans tout notre cher pays, la primauté du spirituel !
1   2   3   4   5   6   7   8   9   ...   19

similaire:

Littérature québécoise iconLittérature québécoise

Littérature québécoise iconLittérature québécoise

Littérature québécoise iconLittérature québécoise

Littérature québécoise iconLittérature québécoise

Littérature québécoise iconLittérature québécoise

Littérature québécoise iconLittérature québécoise

Littérature québécoise iconLittérature québécoise

Littérature québécoise iconLittérature québécoise
«le plus irrévérencieux et le plus humoristique des journaux du siècle dernier»

Littérature québécoise iconLittérature québécoise
En 1908, désireux d’avoir ses coudées franches pour critiquer notre politique tant fédérale que provinciale, IL [Fournier] succède...

Littérature québécoise iconLittérature québécoise Volume 204 : version 0 Avertissement Une antique...








Tous droits réservés. Copyright © 2016
contacts
p.21-bal.com