Littérature québécoise








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Première nuit sous les verrous


(Les dames sont priées de passer ce chapitre.)

L’instant d’après, j’entrais dans ma cellule pour la nuit.

Une minute peut-être se passa, puis j’entendis résonner sur la dalle du corridor un pas résolu. C’était le garde qui approchait.

Il poussa sur moi la lourde porte, qui se ferma avec un grand bruit de ferraille, et la verrouilla conciencieusement.

Comme déjà je me préparais à me mettre au lit :

– Vous savez, me cria-t-il à travers les barreaux, vous n’êtes pas obligé de vous coucher tout de suite.

Cette parole me charma. Pour une fois, me dis-je en moi-même, voilà au moins de la tolérance : on me donne la permission de rester debout.

Le malheur, c’est que, dans ces maudites cellules, on ne peut faire deux pas sans se cogner contre un mur, et je ne tardai pas à m’en apercevoir.

Je résolus donc de m’en tenir à ma première idée, et de m’installer pour la nuit, sans plus tarder, sur mon gentil grabat.

Comme je devais d’ailleurs continuer de le faire par la suite, j’eus bien soin, ce soir-là, de ne pas enlever mes habits. Je retirai seulement mes souliers, et gardai ma livrée : c’était mon seul bouclier contre la paillasse, et surtout contre la couverte. Quant à l’oreiller, je l’enveloppai du mieux que je pus dans un vieux numéro de journal. Ainsi protégé, je pus croire un moment que j’allais dormir comme un prince.

Ce qui m’en empêcha tout d’abord, ce fut l’heure peu avancée à laquelle je tentais l’entreprise. En ce temps-là, je travaillais surtout le soir et il m’arrivait assez fréquemment de passer la nuit blanche sur un article. Allez ensuite essayer de vous endormir à cinq heures et demie de l’après-midi !

J’ai dit qu’on se trouvait au commencement de juin. C’est une époque où les jours sont joliment longs, et à l’heure dont je parle le soleil était loin d’avoir fini sa course. Par les fenêtres du corridor, ses rayons arrivaient jusqu’à ma cellule, dont ils éclairaient vaguement l’entrée. Avec de bons yeux on pouvait encore lire, et j’eusse volontiers embrassé les mains noires de mon geôlier pour obtenir qu’il me prêtât des livres.

Deux heures plus tard, nous étions à peu près dans l’obscurité ; mais je n’avais pu encore fermer l’œil.

À neuf heures, ténèbres complètes. Je songeais alors au Nationaliste. « Ils doivent en être maintenant aux derniers Échos, me disais-je. Oh ! que ne puis-je m’envoler pour quelque temps rue Sainte-Thérèse ? Un mois de ma vie pour m’y trouver une heure ! »

Longtemps après, je réussis à m’assoupir ; mais ce ne fut que pour un instant : bientôt je me réveillais en sursaut, avec des tiraillements d’estomac. J’étendis la main sous mon lit, vers l’assiette providentielle, et, de nouveau, j’avalai une grande cuillerée de skelley.

Toutes les demi-heures, un garde passait dans le corridor, une lanterne à la main.

– Quelle heure est-il ? demandai-je.

– Onze heures vont sonner.

Et je m’endormais moins que jamais...

Vers minuit, les émanations qui s’échappaient de la cellule voisine prirent une violence d’égoûts débordés. Alors seulement je compris pourquoi l’on m’avait mis à côté de l’Italien... Sur les vingt-quatre cellules du quartier, il y en avait vingt-deux de libres au moment de mon arrivée ; et, sur ces vingt-deux, on avait justement choisi celle-là. Mon crime, paraît-il, n’exigeait pas moins.

De tous les petits supplices que l’on réussit à m’infliger sous le toit de M. Morin, j’avoue que celui-là me fut de beaucoup le plus pénible. Chaque fois qu’un garde passait devant la cellule fatale, je l’entendais hâter le pas presqu’avec terreur, poursuivi jusqu’au bout du corridor par cette odeur de charnier.

Je ne songeais plus aux tiraillements d’estomac. À tâtons dans les ténèbres, je refis mon lit comme je pus, de façon à m’appuyer la tête au mur du fond... Et, dans cette position commode, j’attendis patiemment le sommeil.

Enfin, vers deux heures du matin, je réussis à m’assoupir.

Je fis des rêves enchantés, où le geôlier, humble et prosterné, m’offrait en tremblant beaucoup de skelley dans des vases en or ; où le shérif m’apportait de ses propres mains des draps immaculés pour mon grabat ; où les trois Langelier, enfin, pour me distraire, venaient ensemble danser devant moi la danse du ventre... Et surtout je vis l’Italien, vêtu d’un tuxedo et le cigare aux lèvres, me tendre sur un plateau d’argent de menus flacons d’eau de cologne...

Je m’éveillai comme l’aube paraissait.

Quelque temps après, on venait nous ouvrir les portes...

C’était dimanche, et déjà le soleil emplissait les corridors d’une grande lueur vermeille.

VIII



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