Littérature québécoise








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Loyal avertissement


L’auteur, dès cette première ligne, tient à prévenir qu’il ne parlera maintenant que de lui jusqu’à la table des matières inclusivement (si toutefois il en met une).

Il aurait de beaucoup préféré, dans cette étude sur le régime pénitentiaire, mettre en scène un autre personnage, et par exemple le premier-ministre de la Province de Québec. Malheureusement, M. Gouin n’a pas encore été en prison.

Cela viendra tôt ou tard, il faut l’espérer. En attendant, comme ce n’est pas M. Gouin qui a porté la livrée, mangé le skelley ou couché en cellule, mais l’auteur lui-même, on voudra bien lui pardonner, à ce malheureux auteur, si c’est de lui qu’il parle, et non pas de l’autre.

Le journalisme mène à tout, proclamait un jour M. Prud’homme. Tour à tour reporter à la Presse, rédacteur au Canada, puis au Nationaliste..., l’auteur de ces lignes a pu vérifier tout à son goût l’exactitude de cette parole. Le journalisme l’a mené tour à tour à la cour du recorder et à l’archevêché, aux conférences littéraires et aux cérémonies religieuses, – dans les maisons hantées, les cabinets de ministres, les parlements de Québec et d’Ottawa, l’hôtel de ville de Montréal et autres mauvais lieux.

Le journalisme l’a même conduit un jour en prison pour son compte personnel. Charmant souvenir, dont il demande la permission d’entretenir un moment le lecteur.

I



Le départ pour les Plaines


C’était le 12 juin 1909, à Québec.

Le matin même avait comparu, devant M. François Langelier, juge en cette ville, le dénommé Jules Fournier, journaliste, « des cité et district de Montréal », accusé d’avoir publié contre ledit juge un article diffamatoire. Procès plutôt sommaire. À dix heures M. Langelier montait sur le banc ; à midi l’avocat du défendeur avait terminé sa plaidoirie ; à une heure le demandeur prononçait son jugement : trois mois de prison sans appel...

Une demi-heure plus tard, je partais pour la prison. On avait bien voulu me faire grâce du panier à salade : je n’ai jamais pu comprendre pourquoi. Le chef McCarthy s’était chargé de me conduire en simple fiacre, et sans aide aucune, à mon nouveau domicile. Ainsi se préparait-il, dès lors, au rôle difficile qui l’attendait dans l’affaire Crippen.

Dans le sous-bassement du palais de justice, où l’on m’avait temporairement mis sous clef, j’étais en train de rédiger pour mon journal une courte dépêche, que j’espérais pouvoir glisser, au dernier moment, dans la main d’un ami... Soudain, je vis s’avancer vers moi un homme à moustaches grisonnantes, coiffé d’un simple melon, vêtu comme vous ou moi, et d’aspect si peu féroce que, tout de suite, je ne le jugeai pas plus fait pour faire un policier que moi pour faire un pape. C’était M. McCarthy, le futur protecteur d’Ethel LeNêvé.

D’un geste digne de Rambouillet, il me pria de le suivre.

Une porte s’ouvrit.

– Monsieur...

Et, d’un second geste non moins poli, il m’invitait à monter dans sa voiture. Dame ! j’étais son hôte...

Et nous voilà roulant tous deux vers les plaines d’Abraham. Notre promenade, à travers les rues pittoresques et les avenues ombreuses, dura bien vingt bonnes minutes. Jamais encore je n’avais eu pareil plaisir à contempler les beautés de cette ville hospitalière.

Je ne manquai pas d’en informer mon cicerone. Il me répondit que je n’avais point tort, et m’offrit une cigarette. – Quel charmant homme ! J’en devais, hélas, trouver de moins obligeants quelques heures plus tard...

Nous étions alors, je l’ai dit, aux premiers jours de juin. L’été entrait dans toute sa force. Un soleil éblouissant, comme dans Leconte de Lisle, « tombait en nappes d’argent des hauteurs du ciel bleu ».

Je ne citai point Leconte de Lisle au chef McCarthy. Je me contentai de lui faire observer, – avec un autre poète, – « qu’il faisait beau temps pour la saison ».

À vrai dire, cette citation ne manquait point d’à-propos. Dieux, quelle belle journée ! – Figurez-vous une de ces divines après-midis du commencement de l’été, où la lumière est si puissante qu’elle enivre presque, et qui vous donnent envie malgré vous de tout planter là pour aller courir les bois et les grèves... Des fleurs dans tous les jardins, des oiseaux dans tous les arbres, et partout la riante verdure éclaboussée de soleil.

– Juin, juillet et août.. fis-je pensivement. Je n’irai pas cueillir la fraise au bois cette année.

– Non, me dit cet aimable homme, mais il doit y en avoir dans la cour de la prison : il me semble en avoir vu.

J’étais distrait.

– Quoi donc ? demandai-je.

– Des fraises.

– Ah !...

La conversation commençait à languir, lorsqu’enfin nous débouchâmes dans l’avenue de la Grande-Allée.

Encore quelques minutes de marche – le temps de griller une dernière cigarette, – et la prison nous apparaissait dans toute sa splendeur, à trois arpents devant nous.

II



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