Littérature québécoise








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Pierre Saurel

Les rapaces dans la cabane



BeQ

Pierre Saurel


Diane la belle aventurière # 004

Les rapaces dans la cabane
roman


La Bibliothèque électronique du Québec

Collection Littérature québécoise

Volume 328 : version 1.0

Les rapaces dans la cabane
Numérisateur : Jean Layette.

Éditions Police Journal

Relecture : Jean-Yves Dupuis.

I


– Monsieur Robert Roy ?

– C’est moi.

– Ici Ben Laurie, écoutez, j’aimerais vous voir. Est-ce possible, ce soir ?

– Certainement, monsieur Laurie.

– C’est que j’aimerais vous voir seul, sans votre fille Diane. J’ai reçu des nouvelles d’Hollywood.

– Bon, où puis-je vous rencontrer ?

– Écoutez, je serai à la porte de l’hôtel Montréal à sept heures. Venez me prendre, ça vous va ?

– Entendu.

Robert Roy raccrocha. Sa fille, Diane, était près de lui :

– Du nouveau, papa ?

– Oui et non. Laurie m’a dit de ne pas être inquiet, qu’il recevrait des nouvelles d’Hollywood, probablement demain.

– Mais vous ne le rencontrez pas ? Il me semble avoir entendu dire : « Où puis-je vous rencontrer ? »

– Non, non, c’est pour demain, s’il reçoit des nouvelles. D’ailleurs, ce soir, je dois sortir.

– Ah ! vous m’aviez dit que...

– J’avais complètement oublié. Je vais jouer une petite partie de cartes chez un camarade, ça m’arrive si peu souvent.

– Dans ce cas, je vais au cinéma.

Robert Roy parut surpris :

– Encore ?

– Mais oui, j’aime étudier le jeu des grandes vedettes. Je veux chercher à les imiter.

– Non, ma petite fille. Essaie d’être toi-même et c’est comme ça que tu réussiras.

Car Diane Roy, la belle Diane, comme tout le monde l’appelait, devait partir sous peu pour la capitale du cinéma.

Pourtant, elle n’était pas comédienne.

Diane aimait la vie, les aventures surtout, et déjà, elle avait causé plus d’un souci à son père, en se mêlant des choses qui ne la regardaient pas.

À vingt ans, elle était déjà une athlète accomplie. Elle pratiquait régulièrement la culture physique, était une excellente nageuse et avait suivi des cours de judo et de jiu-jitsu.

Et tout ceci n’empêchait pas Diane d’être très féminine. Tous les hommes étaient en admiration devant sa beauté, une beauté parfaite, aguichante, mais une beauté qui savait également être digne et noble.

– Elle pourrait, au cinéma, avait dit Laurie, jouer les vamps, tout comme les marquises et les demoiselles de la haute. Elle peut faire distinguée, très distinguée, même.

Diane avait été attirée par la carrière d’actrice, tout à fait par hasard.

Ben Laurie était venu au Canada pour y chercher une jeune comédienne.

Il lui fallait une très jolie femme, mais parlant l’anglais avec cet accent français, que les Américains recherchent souvent.

Diane Roy, à titre de journaliste, s’était rendue au salon de l’hôtel Montréal où Laurie passait les comédiennes en revue.

Laurie était tombé en admiration devant la beauté de Diane.

– Vous êtes la femme qu’il me faut.

– Mais je ne suis pas comédienne. Je suis une journaliste.

– Nous vous montrerons. Le talent, c’est un détail. Vous êtes belle et déjà, c’est plus de soixante pour cent du succès.

Mais voilà, il y avait un obstacle. Robert Roy ne laisserait jamais partir sa fille pour Hollywood.

– Il n’y a qu’un moyen, je vais emmener le père, se dit Laurie.

Robert Roy, l’as reporter du journal La Trompette, se laissa tenter par la proposition de Laurie.

– Là-bas, on a besoin de bons traducteurs. Vous travaillerez pour nous, vous serez avec votre fille, et vous pourrez également écrire pour votre journal. Il y a de quoi faire de très bons reportages à Hollywood.

Cependant une jalouse avait failli tout gâcher.

Mais heureusement, Diane avait réussi à déjouer son jeu. Maintenant tout était entré dans l’ordre.

Georges Dupas, le patron de Robert Roy, ne demandait pas mieux que d’avoir un reporter à Hollywood.

– Surtout si je n’ai pas un sou supplémentaire à débourser pour les dépenses. C’est une chance inespérée.

Et pendant les jours qui suivirent, on fit passer quelques screen-tests à Diane.

Tous les bouts de film partirent pour Hollywood.

– Je recevrai des nouvelles sous peu mais je suis assuré à l’avance qu’on va vous accepter, Diane.

Et voilà que Laurie venait d’appeler Robert Roy. Mais pourquoi, exactement, voulait-il rencontrer Roy, seul ?

*

– Un homme, un cigare, un chapeau melon, ce ne peut être que Ben Laurie.

Roy fit ralentir sa voiture. En effet, c’était bel et bien l’agent américain. Robert se pencha et ouvrit la portière.

– Montez !

– Connaissez-vous un endroit où l’on pourrait causer, sans être dérangés ?

– Mais oui, un petit club privé dans l’est de la ville. Il y a là plusieurs salons.

– Parfait, parfait, fit Laurie. Allons là.

L’Américain paraissait soucieux. Il parla très peu durant le court voyage.

Enfin, ils arrivèrent au club. Roy était bien connu, il emmenait souvent des personnalités manger à cet endroit.

Ils montèrent dans un salon et Roy demanda au garçon d’apporter quelque chose à boire. Laurie brusquement changea d’humeur. Il se mit à rire :

– Mon cher Roy, j’ai eu des nouvelles d’Hollywood. Tenez, je vais vous montrer une lettre.

Il ouvrit sa serviette en cuir et sortit la lettre.

– Je vais vous la résumer, elle est fort longue. Tout d’abord, on a trouvé que votre fille était d’une beauté qui sortait de l’ordinaire. Ça, vous le saviez.

Roy ne répondit rien.

– Ensuite, on dit qu’elle est extrêmement photogénique. Ça, je le savais, les photos que j’avais prises me l’avaient prouvé.

Laurie alluma un autre cigare, puis :

– Enfin, on veut que je lui fasse signer un contrat de trois ans.

Roy fronça les sourcils :

– Trois ans ?

– Oui, mais comme votre fille est mineure, eh bien, vous devrez signer avec elle. On est assuré de faire une vedette d’elle. Oh ! il ne faut pas s’attendre qu’elle devienne du premier coup, une comédienne accomplie. Dans ses premiers films, on s’efforcera de montrer beaucoup plus sa beauté que son talent. Enfin, quant à la question du salaire...

– Un instant, monsieur Laurie. Si je refuse de signer ce contrat...

– Vous faites une bêtise.

– Nous n’irons pas à Hollywood ?

– Si, c’est bien écrit dans cette lettre. Je vous y amène de toute façon. Mais si vous ne signez pas de contrat, vous serez harcelé de toutes parts. Des exploiteurs essaieront de vous prendre dans leurs griffes. Et puis, quand votre fille aura vingt-et-un ans, vous ne pourrez pas l’empêcher de s’engager avec qui elle voudra.

Roy réfléchit :

– Écoutez, je suis prêt à aller à Hollywood, mais pas à nous engager pour trois ans.

– Alors signons un contrat d’un an !

– Même pas.

– Mais pourquoi ? Un an, ce n’est pas si long.

– Tout simplement parce que je connais ma fille, monsieur Laurie. Avec elle, tout nouveau, tout beau, mais elle se fatiguera vite du cinéma.

– Allons donc !

– Diane aimera ça, au début, puis elle trouvera que poser devant des caméras, c’est ennuyant, elle trouvera que ça manque d’action et je vous jure, moi, que dans trois ou six mois, elle voudra quitter Hollywood, quel que soit le salaire qu’on lui offrira.

Laurie soupira :

– Évidemment vous la connaissez mieux que moi.

Laurie sortit d’autres papiers de sa serviette.

– Maintenant voici des lettres vous concernant Nous vous engageons à titre de traducteur à moins que vos textes soient trop mauvais.

– Je n’ai pas de crainte de ce côté.

– Bon, tant mieux. Vous allez signer cette formule.

Roy la lut puis il signa.

– Maintenant pour revenir à Diane, je suis bien content que vous l’accompagniez. Là-bas, il va falloir la suivre de très près.

– Pourquoi ?

– J’ai de l’expérience, monsieur Roy. Vous n’êtes pas un enfant Vous savez que des exploiteurs, il y en a partout.

– Je m’en doute bien.

– On essaiera d’abuser d’elle, vous pouvez en être certain. Mais moi aussi, je la surveillerai.

Il hésita, puis :

– Vous allez peut-être croire que je veux faire de l’argent avec vous...

– Comment ça ?

– Puisque vous ne voulez pas signer de contrat avec la compagnie, pourquoi ne pas en signer un avec moi.

– Avec vous ?

– Oui, je deviendrais le gérant de Diane. J’ai de l’expérience. Avant d’accepter un film pour elle, nous étudierons le scénario. Nous accepterons les engagements en son nom. Vous aurez toujours votre mot à dire.

– Mais un contrat de combien de temps ?

– Sans aucune spécification de date. Je serai le gérant de Diane, aussi longtemps qu’elle restera à Hollywood. Par contre, ce contrat pourra être résilié au bout d’un an.

Roy réfléchit :

– Oui, ça me semble raisonnable. C’est-à-dire que si nous ne restons que trois mois à Hollywood, nous ne sommes tenus à aucun engagement vis-à-vis de vous ?

– Justement, mais si vous y restez dix ou onze mois, Diane ne pourra travailler dans un film sans que j’aie donné mon consentement.

– Et nous vous payons un pourcentage ?

– Oui, mais ça, c’est un détail, vous verrez. Je m’occuperai de sa publicité, de lui trouver du travail, enfin, je connais le métier.

– Oui, j’ai pris des renseignements sur vous.

– Ah bon !

Roy demanda :

– Allons-nous partir bientôt pour Hollywood ?

Cette fois, Laurie reprit son air soucieux :

– Si ça n’avait pas été de cette affaire, je serais déjà rendu dans la capitale du cinéma. Pouvez-vous partir demain ?

– Demain ?

– Oui, demain par avion. Je pourrais avoir un appareil spécialement pour nous.

Roy regarda le manager américain :

– Vous, Laurie, vous avez quelque chose qui vous tracasse. J’ai vu ça tout de suite à votre air, tout à l’heure.

Ben rit nerveusement i

– Peut-être, peut-être, mais c’est... comment dirais-je, c’est une question personnelle qui ne vous touche aucunement, vous et votre fille.

– Autrement dit, je me mêle de vos affaires ?

– Mais non, je m’exprime mal, je veux dire que ce qui me rend nerveux n’affectera aucunement la carrière de Diane.

Roy eut une idée.

– Écoutez, Laurie, si vous partiez avant nous. Nous pourrions aller vous rejoindre, disons dans une semaine ? Vous pourriez même préparer notre arrivée, là-bas ?

– Non, j’aimerais mieux que vous fassiez le voyage avec moi.

J’aurais peur qu’une fois seul avec votre fille, vous changiez d’idée. Je n’ai pas de contrat, encore.

– Non, mais nous le signerons bientôt. Je ne vois pas pourquoi Diane s’y objecterait.

– Alors...

– Nous partirons demain.

Laurie lui tendit la main :

– Bravo. Alors, écoutez, demain avant-midi, je vous appelle, et je vous dirai où nous nous rencontrerons, et je fixerai l’heure du départ.

– Entendu.

Les deux hommes descendirent. Roy passa le premier. Il se dirigea rapidement vers sa voiture.

Il se retourna. Laurie ne le suivait pas. Il s’était arrêté dans la porte du club et regardait autour de lui, comme un homme qui craint d’être vu.

Roy ouvrit la portière.

– Vous venez ?

Laurie se glissa rapidement à l’intérieur de la voiture.

– Je vous laisse à votre hôtel ?

– C’est-à-dire que... non, laissez-moi aux coins de Sainte-Catherine et de la rue Peel. Il faut que... il faut que j’aille m’acheter des cigares. Je gagnerai mon hôtel à pied.

– Entendu.

Mais Roy sentit que l’Américain donnait cette raison comme excuse. Pourquoi voulait-il quitter Montréal en vitesse ?

– Il y a certainement quelque chose de mystérieux en-dessous de tout ça, pensa le journaliste.
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