L’éducation des tout petits enfants avant leur naissance








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L’éducation
des tout petits enfants
avant leur naissance


par Luce Quenette

« Alors Il prit un petit enfant, le plaça au milieu d’eux en l’embrassant, Il leur dit : « Quiconque reçoit un de ces petits, c’est moi qu’il reçoit ! » (Marc, (x, 35-36). « Malheur à celui qui scandalise un de ces petits qui croient en moi. » (Mat. XVIII, 6-7).

CEUX QUI SCANDALISENT les petits sont officiels, puissants, soutenus et humainement certains de ne pas être condamnés sur cette terre…

Il vaudrait mieux pour eux être jetés à la mer avec au cou la meule qu’un âne tourne, que de tomber à leur mort entre les mains du Dieu vivant.

Tout le Nouveau Catéchisme est scandale des petits.

Mais tout le progressisme est scandale des petits.

Aujourd’hui que l’Enfant divin vagit dans la crèche, il convient aux Mères Chrétiennes de souffrir et méditer avec la Sainte Vierge sur le premier petit âge livré au démon. Et dans ce grand péril, je ne dirais pas : les Parents sont seuls – mais je dirai la Mère est seule, non pour mépriser le soutien moral du Père, mais parce qu’il ne peut être dans les premiers ans que l’auxiliaire, la Mère étant l’essentielle éducatrice et aujourd’hui l’unique rempart de ces petits, la seule adversaire naturelle et surnaturelle du démon.

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Dans la joie de Noël, nous pousserons ce gémissement – l’Église le veut qui nous fait entendre le grand cri de détresse : Rachel qui pleure ses petits enfants et ne veut pas être consolée.

Toute mère chrétienne doit le savoir : l’âme et le corps des tout petits sont désignés comme proie aux Hérode de notre temps. Le glaive qui trancha leur vie au temps de l’autre Hérode fut miséricordieux : il fit des Innocents de joyeux martyrs « qui jouent au Ciel avec leurs palmes et leurs couronnes ».

Bien plus cruel, le progressisme veut souiller pour l’éternité les Mères et les petits.

En effet, c’est dans le sein de la Mère que l’enfant est attaqué. Développerai-je ? « Humanæ Vitæ » a dit la loi naturelle de procréation. Par dessus la loi divine exprimée par le Pape, les Évêques ont « interprété » le mal en non coupable. De ce mal non coupable, l’enfant est l’obstacle – ou la victime.

Tout a été dit excellemment contre cette trahison. Aujourd’hui je parle seulement au nom du petit enfant. Si le couple humain se croit juge, non pas de donner la vie (selon la nature) ou de ne pas la donner (selon la nature et la continence) – mais se croit juge de vie et de mort, au-dessus de la loi naturelle et de l’Église, le germe humain, déjà, est conçu dans un milieu physique indigent et dans un milieu spirituel immoral.

Indigence physique : le corps maternel, altéré par les contraceptifs, est-il le milieu d’amour qui donne à l’enfant futur une « loi des membres » saine et supportable ? Je ne développe pas – l’interrogation est assez troublante.

Quelles que soient les responsabilités de l’époux ou de l’épouse, le lit sacré du nouvel être humain est-il suffisamment riche, confortable, ou bien n’est-il pas déjà le milieu d’élection du péché d’origine. L’armure physique contre la concupiscence est supprimée.

Indigence morale : de quelle grâce sont privés les Parents et privent-ils leur enfant en se prenant moralement pour les juges de la loi naturelle. De procréateurs, délégués, chargés par le Tout puissant, ils se font ridicules tout-puissants eux-mêmes, insurgés contre Celui « qui a donné le premier » – « vases d’argile qui raisonnent avec le divin Potier. » C’est exactement la révolte d’Ève. Ils ont mangé d’un fruit défendu pour devenir Dieu.

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A ces Parents, il manque l’essentiel caractère de l’éducateur chrétien : la soumission à la Volonté Divine. Pauvre petit enfant de colère qui sortira de là !

Mais votre enfant, Mère chrétienne, envoyé de Dieu selon la nature, voulu dans un sein fécond, n’est pas cet être privé avant d’avoir été conçu.

Heureusement ! car le mystère d’iniquité le guette et c’est maintenant que de corps et d’âme vous allez le fortifier, l’armer déjà, aller avec lui au devant de la Grâce de son baptême.

*

Nous avons tous entendu de ces bizarres prédications sur Jésus ressuscité – le Seul vrai Sauveur – l’Enfant Jésus est dépassé, mythique. Il est courant d’entendre des prêtres recommander aux mères de n’en pas parler. Mais le Crucifié aussi est un accident historique « qui n’a jamais pu émouvoir » le Père Teilhard. Il reste le ressuscité, le prospère, le produit de l’humanité glorieuse, gage de réussite, de marche en avant, grand Chef de l’Optimisme – Vainqueur des injustices terrestres, niveleur et délégué de la masse.

Vous êtes habitué, n’est-ce pas ?

C’est sans doute ruiner toute la Foi, toute l’Espérance et toute la Charité. Mais c’est tuer les âmes des petits enfants.

Au-delà de toute considération émouvante, comprenons que la négation pratique de Jésus enfant et Jésus souffrant défigure la condition humaine, car c’est brader l’enfance et trahir la Croix – d’où boucher la Via vitæ et veritatis, la vraie route de la vie véritable.

En effet, le Mystère de l’Enfance du Christ est exactement adapté à la sanctification de l’Enfance de chaque homme. Le baptême, c’est la naissance de Jésus-Christ en son humaine créature et toute l’éducation est le développement de Jésus-Christ jusqu’à la plénitude de l’homme parfait. L’idéal de l’éducation est contenu dans cette prière obligatoire d’une Mère :

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Domine Jesu Christe, ne permittas eum separari a Te.

Seigneur Jésus-Christ, ne permettez pas que mon enfant soit jamais séparé de Vous, cet enfant que je porte dans mes entrailles chrétiennes et que tout mon être appelle au baptême. C’est une association d’attente avec la Sainte Vierge : la Vierge Marie attend l’enfant de cette mère et cette mère attend Jésus de la Vierge Marie. Ces deux Mères sont donc unies dans l’Avent d’une double naissance.

*

Mais avant d’étudier les applications mystiques détaillées et pratiques de cet Avent mystérieux, il est bon que la Mère, la mère d’aujourd’hui, garde bien claires dans son esprit, et bien présentes, deux Vérités de raison et de foi.

La première, c’est que Dieu dont je sais l’existence par la raison et par la foi est infini, donc si je sais qu’Il est parfait, je sais par là-même qu’Il est incompréhensible. Je peux par la raison et par la foi « le toucher non l’embrasser » (Bossuet). D’où, deuxième vérité : élever un enfant, attendre un enfant, c’est approcher une créature du Mystère. On nous a intoxiqués de fausse intelligence, on nous répète que le but, le mieux, c’est de COMPRENDRE, que le grand travail, ce n’est pas la soumission, mais la recherche du plus adapté, du plus ouvert, du mieux saisi. C’est pour enlever le mystère que la Réforme liturgique a labouré. Enfin, plus de latin, nous comprenons ! Et je reçois des lettres d’excellentes gens où il est dit « Quand j’ai entendu en français : Voici l’Agneau de Dieu, celui qui ôte « le » péché du monde – j’ai été si heureuse. » Sans doute, il faut répondre qu’il est bien bas, par la faute des clercs, ce degré d’ignorance jamais atteint depuis l’origine, ce degré où le bon catholique ne comprend plus : Ecce Agnus Dei, Ecce qui tollit peccata mundi ! Il faut répondre que tout Missel a la traduction vernaculaire en face…

Mais il faut répondre autre chose : – Qu’avez-vous compris ?

Avez-vous cru, par exemple, que le Canon en français diminuait enfin le Mystère de l’Eucharistie, qu’il était enfin plus à notre portée, donc moins mystère ?

Alors vous vous êtes trompé !

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Ce n’est pas pour diminuer le mystère que l’Église nous explique dans sa liturgie ses grandeurs, largeurs et profondeurs, c’est pour augmenter notre révérence, notre crainte d’amour, notre adoration. L’idéal n’est pas de mesurer le mystère infini. Se croire, ou croire qu’on sera de plain-pied avec le mystère, c’est la dégénérescence la plus certaine de l’intelligence ; le progrès est juste à l’inverse : c’est de trembler de respect devant l’immensité du mystère. Voilà ce qui est conforme à la foi. Mais voilà d’abord ce qui est naturel à la raison. Voilà l’effroi du vrai savant. A mesure qu’il ausculte la nature, le Mystère, devant lui, augmente de Majesté. L’indéfiniment grand, l’indéfiniment petit le terrasse. Et l’astronaute raisonnable proclame « l’échec humain, la miséricorde et la petitesse humaine » dès qu’il aperçoit de son humble capsule la plus humble des planètes.

La foi et la raison jettent Pierre aux pieds de Jésus après la pêche miraculeuse : « Éloignez-vous de moi, car je suis un pécheur. »

Or toute l’hérésie de nos jours, toute notre science hérétique, toute notre folie de mutation vise à placer l’homme à égalité avec le Mystère, jusqu’à prétendre que c’est lui qui secrète Dieu ! – d’où cette horreur des termes absolus, définitifs et scellés que l’Église consacre à l’expression du mystère, d’où la répugnance pour « consubstantiel ». Il y a encore de très bonne âmes qui s’écrient : « Bah ! consubstantiel ! « même nature », c’est plus clair ! » Non, ce n’est pas plus clair, et si vous le trouvez plus clair, c’est que vous n’avez pas éprouvé quelque chose de cette splendeur infinie de la Trinité. Ce n’est pas plus clair parce que c’est faux. Vous redescendez dans l’humain : Paul a la même nature que Pierre et ce sont deux natures. Le Père a la même nature que le Fils et c’est une seule nature. Donc, le terme « même nature » escamote le mystère, loin de l’éclairer. Et si vous n’appréciez pas « consubstantiel » c’est que, sans le savoir, vous tenez à une fausse clarté humaine et non au mystère de la Sainte Trinité, car si vous teniez au mystère, vous aimeriez, sans le comprendre, le terme inspiré de l’Église, avec le désir d’en pénétrer, non le mystère, mais le véritable sens, la véritable propriété.

Vous seriez saisi de crainte quand on vous dirait : « Pour ce terme, Athanase a souffert l’exil, la calomnie, le martyre du corps et de l’âme. Par ce terme, la foi en la divinité de Jésus a été sauvegardée ; contre ce terme s’est brisée l’hérésie ! »

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Et moi, diriez-vous, pauvre indifférent, ça m’était bien égal. – Le principe qui tue l’Adoration, c’est « le Tout comprendre ». L’homme, mesure de tout.

Ah qu’elle est « exacte » cette histoire du grand saint Augustin qui scrutait en marchant sur la plage le mystère du seul Dieu en trois personnes. Vous savez bien : il vit un petit enfant affairé qui courait remplir à la mer une petite coquille et la versait dans un petit trou. – Que fais-tu là mon enfant ? dit le grand théologien. – Je porte toute la mer dans mon trou ! – Mais tu n’y arriveras jamais – Que si ! dit l’enfant, ce sera fait avant que vous ayez compris le Mystère de la Sainte Trinité. On dit que ce petit enfant était un ange.

*

Vous me demandez maintenant ce que signifie cette longue digression sur le Mystère, à propos des petits bébés au sein de leur mère. Voici.

Rien ne peut être plus profitable pour ce petit enfant, plus fécond en grâce pour l’éducatrice que d’aboutir, par la méditation sur l’infini mystère divin, à ces conclusions :

« Je vais mettre au monde un enfant, il faut que je l’instruise pour le Ciel. Or le fond de la foi, c’est que Dieu est infiniment parfait, infiniment nécessaire, infiniment au-dessus de la créature, infiniment mystérieux. La base de la Religion, c’est l’Adoration du Dieu de Mystère. Ce que je dois faire saisir à mon enfant, dès qu’il sera né, ce dont je dois le faire vivre, avant qu’il parle, avant qu’il exprime, avant qu’il comprenne, c’est la grande révérence devant le Dieu du mystère infini. »

Nous disons : avant qu’il comprenne – mieux, disons : « avant qu’il naisse ». La maman qui se pénètre de cette transcendance – qui prend le propre mystère de la vie en son sein comme un élan vers l’incompréhensible, installe, même physiquement, son petit enfant dans un bien-être de grâce.

« Qu’il lui semble donc à propos, dit Bossuet, de s’arrêter quelque temps à la contemplation de ce Dieu tout parfait, de peser à loisir ses merveilleux attributs ; de considérer, d’admirer et d’adorer l’incomparable beauté de cette immense lumière, au moins autant que la force de son esprit, qui en demeure ébloui, le pourra permettre. Car la foi nous apprend que la souveraine félicité du Ciel ne consiste que dans cette contemplation de la Majesté divine, ainsi il est bon d’expérimenter dès maintenant semblable méditation, quoique incomparablement moins parfaite. »

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Et comme c’est la Création tout entière qui doit porter l’âme à cette contemplation, n’est-ce pas principalement à partir de cette vie mystérieuse qu’elle n’a point faite et que Dieu a faite en elle, que le cœur de la nouvelle mère doit s’élancer ; doit s’obliger à cette adoration.

Elle leur disait : « Je ne sais comment vous avez apparu dans mes entrailles ; ce n’est pas moi qui vous ai donné l’esprit et la vie ; ce n’est pas moi qui ai assemblé les éléments qui composent votre corps. C’est pourquoi le Créateur du monde qui forme l’homme et qui préside à l’origine de toute chose vous gardera pour toujours l’esprit et la vie. » (2, livre des Macchabées VII – 22 – 23.)

Qui parlait ainsi ? L’héroïque mère des Macchabées, pour les enfanter à la vie éternelle par le martyre.

Mais l’autre Mère, celle qui partit en hâte au pays des montagnes et salua Élisabeth, dirige la méditation maternelle de la Transcendance – l’adoration du Mystère.

« Magnificat anima mea Dominum » et mon esprit est ravi de joie en Dieu mon Sauveur, car Il a fait en moi de grandes choses et Son nom est saint.

La Méditation, la répétition quotidienne du Magnificat, voilà pour préparer mystérieusement la grâce d’adoration en l’enfant qui va naître, l’adoration de ce Dieu qu’il est absolument nécessaire de ne pas comprendre.

Cette méditation, je crois que Dieu la regarde comme un appel à des Grâces d’obéissance, de respect, de goût d’ordre et de paix pour le petit pécheur qui va naître.

Que de mères, hélas, inconscientes, discuteuses, contestataires, mettent au monde de petits révoltés, des enfants de colère révolutionnaire. Je n’exagère pas. Ces neuf mois sont sacrés. Leur puissance est relative sans doute et mystérieuse, mais grande, réelle. Ce petit est malléable. Je ne répèterai pas ce que la psychologie, la psychanalyse apprennent à tout le monde, à savoir que l’enfant est poussé psychologiquement à réaliser les aspirations sensibles de la mère, à incarner dans sa vie prochaine les images obsédantes de celle qui forme ses nerfs.

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Hélas, la mère doit méditer aussi sur le mystère de l’hérédité. Tout crie dans la lignée humaine qu’elle fut souillée dès le commencement et que chaque couple humblement « genuit » la concupiscence.

Que nous sommes loin de cet orgueil du couple – dont le problème est le plaisir. La mère chrétienne s’humilie de toutes les tentations que charrie son pauvre sang dans le nouvel homme qui grandit. Comme elle demande pardon avec le psaume « non seulement de ses péchés passés, de ses péchés ignorés », mais des péchés du pécheur qu’elle va enfanter.

Et d’étape en étape se forme ainsi une éducatrice.

L’Espérance vient avec l’humilité. La chrétienne sait que même si la Sainte Vierge n’avait pas été immaculée, la vie divine de la deuxième personne de la Sainte Trinité, précipitée dans la nature humaine de Jésus, n’aurait pas laissé s’y développer un seul germe de péché. Alors, elle espère le baptême, elle a confiance dans le bain purificateur, dans l’enfantement de la Mère Église. Elle a confiance que la Grâce purifiera ce qu’elle donne, elle, et qu’elle connaît mal, et qu’elle craint, et qu’elle ne peut arrêter.

Cependant, ses yeux, ses oreilles, son imagination peuvent beaucoup. La Mère doit regarder de très belles choses, elle doit choisir le plus pur, le plus harmonieux autour d’elle : le ciel, la campagne, les oiseaux – et même trier soigneusement dans ces spectacles naturels. Une jeune femme est emmenée par des amis au jardin zoologique de notre pare de la Tête d’Or. On passe devant les singes, les amis s’amusent. Elle s’éloigne précipitamment et me dit : « Pour moi, je ne les regarde jamais mais à plus forte raison, pour lui. » Le singe, c’est la version bestiale de l’homme, ce n’est pas comme un chien ou un cheval, car l’homme a appris au singe la parodie de l’homme et le singe lui rend sa grimace – l’homme stupide s’en réjouit et se rit de lui-même. Qu’elle avait raison cette jeune Mère, il faut avec tant de soin préserver de la grimace le petit visage encore inconnu. Elles le savent bien, ces Florentines qui, pendant leur grossesse, vont contempler les Madones de Raphaël ou de Filippo Lippi, pour la beauté, sinon la piété, de leur bébé.

Vous comprenez comme il faut fuir les films, les images érotiques, laides, bêtes, sales, énervantes, inutiles.

La Mère en attente aime, au contraire, la retraite, le repos, la prière, les sages et paisibles lectures. Elle cherche le bonheur de contempler la Sainte Hostie dans l’ostensoir si un prêtre fidèle l’y élève encore.

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La radio et la télévision fouillent, si l’on n’y prend garde, l’ouïe et la vue du pauvre petit : il faut que la Mère ait horreur de ces voix « gouapes » autant que des paroles obscènes et qu’elle ferme les yeux à ce déluge d’images qui déferlent identiques sur les milliers de petits enfants cachés, nivelant les nobles hérédités, comme les vulgaires.

Bref, ce qui est recommandé à la Vierge chrétienne garde des yeux, garde du cœur, devient la règle de la femme qui attend un enfant. C’est qu’il lui faut, à lui, nous l’avons bien compris (1), une formation virginale dès le sein qui le porte.

Je me demande pourquoi les jeunes femmes enceintes actuelles aiment tant se montrer et rouler en public, surtout avec la mode haute-cuisse de nos jours. On tient à ne rien changer, jusqu’au dernier moment, de la stupide vie courante.

Cependant, il est naturel et pieux de se retirer « peu à peu dans la maison »… et de chanter. Chanter « des hymnes et des cantiques », chanter une hymne grégorienne. Quels chants auront fait « tressaillir » mon enfant ? quelles harmonies auront rempli mon âme et son âme peut-être, tandis qu’il était dans « ma nuit » ?

Quand Elle chanta le Magnificat, « Nonne cor Jesu ardens erat in ea », le cœur de Jésus n’était-il pas tout brûlant au-dedans d’Elle ? Voilà la gestation du Catéchisme : l’enfant en reçoit l’impression mais l’éducatrice en reçoit la formation et le don. On pourra dire d’elle « qu’elle sait prendre les petits enfants »…

C’est à la Chasteté de développer ce que la Fécondité a germé.

Ce n’est pas tout. La pénitence doit aussi sanctifier la maternelle catéchiste, l’éducatrice de la pureté. Cette retraite du monde, cette prudence, ce repos, cette nourriture mesurée au bien du fardeau vivant, ces dégoûts, et ces privations – doivent être savourés, par l’esprit de pénitence, dans la volonté. Et cette gymnastique moderne aussi, qui vise sans doute à l’accouchement moins douloureux, mais d’abord à l’énergie de la nature. – Et enfin cette douleur inévitable et sacrée, cette douleur de l’Ève sanctifiée – et qui plus est, cette mort possible qu’il faut envisager paisiblement – car on peut donner à un seul enfant deux fois la vie, celle de la conception et celle du sacrifice, la grande preuve d’amour.

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M. l’Abbé Berto rappelait qu’aucune thérapeutique n’a droit d’attenter à la vie de l’enfant. Et ainsi la mère doit être prête à mourir plutôt qu’à sauver sa vie par la mort de l’enfant qu’elle n’a jamais vu, quand bien même la mort de cet enfant suivrait la sienne. C’est l’héroïsme obligatoire. Et la science se moque, et autour de la mère chrétienne il est aisé de raisonner selon la nature. Ces arguments se pressent, l’indignation éclate, cet enfant innocent est regardé comme meurtrier, et la théorie du plus grand bien, et la morale d’une situation si tragique interviennent.

Mais la Mère chrétienne juge alors combien il lui était indispensable de méditer la Transcendance de l’éternelle volonté. Dieu seul peut faire mourir quand Il le veut, l’enfant, la Mère, la Mère sans l’enfant, l’enfant sans la Mère, l’enfant après la Mère… sans que cesse le commandement : Tu ne tueras pas, – lequel a pour commentaire : « A moi seul appartient la décision. Autant le Ciel est au-dessus de la terre, autant mes pensées sont au-dessus de vos pensées et mes voies au-dessus de vos voies. »

Un jour que je développais devant des jeunes filles ce point héroïque, l’une d’elle, fiancée, me jeta avec humeur : « Si telle est la condition de la femme mariée, mieux vaut ne pas se marier. » Les apôtres avaient dit la même chose pour le mari, dans une occurrence bien moins pénible – « Eh, lui dis-je, une telle méditation purifie singulièrement l’intention de celle qui prend un mari. Elle n’inspire pas la révolte mais l’héroïque résignation. »

« Et qui pourrait y réfléchir sans s’émouvoir de pitié. Qui ne concevrait la plus haute admiration pour la Mère qui s’offre elle-même avec un courage héroïque, à une mort presque certaine pour sauver l’enfant qu’elle a conçu. » (Pie XI, Casti connubii). Et bien plus héroïque encore celle qui ne veut pas avancer la mort certaine de son enfant par le salut de sa propre vie. Adoration de la transcendante Volonté divine dans l’étonnement de ceux qui ne voient que la nature. Entretenir paisiblement ces dispositions, c’est entrer en gloire dans le champ d’honneur de la Maternité chrétienne. Ainsi s’enfantent les prêtres. C’est le moment et c’est dans ces toutes pures dispositions qu’il faut lancer vers Dieu les saintes ambitions, – les ambitions saintes, pas les autres.

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Attention aux rêves passionnés de la chair et du sang. Désirons-le homme de bien, homme d’honneur, homme de Dieu, toujours homme appelé de Dieu.

Une maman me montrait son nouveau-né d’un jour, un peu plissé, un peu rougeaud, avant la descente de la première beauté, il avait l’air d’un petit professeur. « A 17 ans, dit la voix péremptoire, il préparera Polytechnique. » – J’eus froid au cœur !

Et sachons enfin, ô douleur, que toute cette préparation à la vie, à la piété et à la vertu, et à la grandeur temporelle permise, et au service divin, cette Vocation enfin, est pour en finir un appel de la mort pour la vie éternelle. Avant les chrétiens, les sages de l’Antiquité l’ont su : l’enfant vient au monde pour apprendre à mourir. C’est la mortalité qu’enfante le sein maternel.

L’heure définitive où l’enfantement est un triomphe, c’est l’heure du Juge, ce jour où le Père et la Mère ne se souviendront plus de leurs douleurs, dans la joie de ce qu’un homme, par eux, est entré dans le Ciel.

Ainsi, dans ces pensées et dans ces vertus, commence l’instruction religieuse du tout petit.

Nous verrons, une autre fois, comment entreprendre le Catéchisme du petit baptisé et l’éducation urgente en notre temps de la pureté et de la Sagesse. Cependant, je rappelle que Dominique Morin, 27, rue du Maréchal Joffre (92) Colombes – C.C.P. 82 86 67, Paris, vient de rééditer le « Catéchisme des plus petits enfants » par le Père Emmanuel. Nous en reparlerons beaucoup.

Luce Quenette.

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1 – (1) Cf. « Sacra Virginitas », dans Itinéraires, numéro 129 de janvier 1969.

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