Littérature québécoise








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Louis Champagne

Les hommes sphériques



BeQ

Louis Champagne


Les aventures futuristes # 001

Les hommes sphériques
roman


La Bibliothèque électronique du Québec

Collection Littérature québécoise

Volume 294 : version 1.0

Les hommes sphériques
Numérisateur : Jean Layette.

Éditions Police Journal

Relecture : Jean-Yves Dupuis.

Illustration de couverture :

André L’Archevêque.

I



Derniers préparatifs


Marcel Larouche, ex-professeur nucléaire à l’Université de Montréal, se retourna vers ses compagnons de travail, la figure toute réjouie, en s’écriant :

– Eureka ! J’ai enfin découvert le frein hydraulique qui manquait encore à notre moteur atomique !...

Robert Morin, son associé, ex-professeur de physique à l’Université Laval, de Québec, tout excité par cette bonne nouvelle, se précipita vers l’endroit du laboratoire où Marcel Larouche venait de faire sa dernière expérience.

– Êtes-vous bien certain, Marcel, qu’il ne manquera rien, cette fois ?

– J’en suis absolument sûr !

Celle qui, depuis le début de leurs recherches dans le domaine atomique, avait été leur assistante dévouée, mademoiselle Adèle Lafrance, semblait rester un peu sceptique et demanda :

– Qu’est-ce donc qui faisait défaut, la première fois ?

– C’est tout simple, Adèle, comme vous allez voir...

– Mais vous vous êtes servi encore d’hydrogène ?

– Certainement.

– Alors, je ne comprends plus rien, dit Adèle.

– Suivez bien mon raisonnement et vous allez comprendre tous les deux...

– Fort bien ; expliquez-vous, nous vous écoutons, dit Robert.

– Laissez-moi vous dire d’abord que notre idée première d’opposer le plus petit élément, c’est-à-dire l’hydrogène pur, qui est de l’ordre atomique 1, à l’uranium, dont le nombre atomique est 92, était absolument erronée.

– Cela, nous l’avons vu par le résultat ; mais nous voudrions bien savoir pourquoi, par exemple ?

– La raison, qui est assez simple en soi, est celle-ci : Comme la charge du noyau atomique augmente beaucoup plus rapidement que le poids atomique, quand on passe d’un élément à un autre, il s’ensuit que l’hydrogène pur ordinaire ne peut combler cette différence...

– Je vois ! dit le professeur Morin.

– Moi aussi, je comprends maintenant ! dit mademoiselle Lafrance.

– Alors, j’ai tout simplement changé l’hydrogène ordinaire, que nous avons employé la première fois, en hydrogène lourd ; et le tour est joué !...

– Félicitations, Marcel, dit Robert.

– Comme je suis heureuse ! dit Adèle. Nous allons enfin pouvoir voyager dans l’espace et vérifier sur les lieux mêmes les différentes théories des savants.

On sait que le classement atomique des éléments se constitue par le nombre d’électrons périphériques qui contrebalance la charge du noyau.

Afin que le lecteur ait une idée du moteur atomique inventé par nos deux amis, Marcel et Robert, il nous faut leur expliquer que l’atome se compose essentiellement d’un noyau qui porte une charge électrique positive.

Cette charge est neutralisée par la charge négative de tout un essaim d’électrons qui vont, gravitant, autour du noyau sur des orbites définis et qui constituent l’atmosphère de l’atome.

La force incroyable de leur moteur résidait uniquement dans le procédé qu’ils avaient découvert pour rendre inopérants, au moyen d’eau lourde, une certaine quantité d’électrons.

L’action neutralisante de ces derniers n’opérant plus sur le noyau de l’atome, la formidable puissance de celui-ci pouvait, dès lors, être employée par eux d’après leur fantaisie.

L’immense hangar qui abritait ce qu’on pourrait appeler leur navire interstellaire, qu’on avait baptisé le « Cosmobus » était situé à proximité de leur laboratoire de recherche, construit à Echo Bay, sur les bords du Grand Lac de l’Ours, dans les Territoires du Nord-Ouest.

Le « Cosmobus » constituait en lui-même un véritable laboratoire volant des mieux outillés.

Comme rien ne s’opposait plus au départ de l’immense vaisseau de l’air, on s’empressa d’y entasser tout ce dont on pourrait avoir besoin pour ce long voyage, qui s’avérerait sans doute le plus hardi depuis la naissance de notre petite planète.

Le Cosmobus ne manquerait sûrement de rien.

Nos trois hardis explorateurs interplanétaires y avaient entassé une certaine quantité de chacun des 92 éléments qui constituent l’univers terrestre, afin de n’être pas pris au dépourvu s’il leur arrivait de mettre le pied sur quelque planète dépourvue d’un élément essentiel à leur vie de terriens.

Enfin, le jour du départ arriva.

Le Cosmobus prit soudainement son élan vers un but jamais visé par un être humain : Il se dirigeait vers la constellation de l’Ourse.

Nul doute que si ce départ avait été annoncé, des foules énormes se seraient amenées sur les lieux.

Des milliers de voix se seraient élevées pour applaudir les intrépides voyageurs ; mais nos trois savants ne recherchaient aucunement la gloire et les honneurs.

Le Cosmobus s’élevait, de plus en plus haut.

Il atteignit bientôt et dépassa l’azur du ciel.

À mesure qu’il se dégageait des couches terrestres, Robert et Marcel, laissant leurs robots contrôler la marche du monstre aérien, apportaient diverses modifications dans l’extérieur de leur laboratoire volant.

Habilement secondés par la dévouée Adèle, ils fermèrent solidement, l’une après l’autre, toutes les ouvertures.

La partie supérieure du vaste cigare qu’était le Cosmobus, se composait d’un épais dôme en plastique transparent qui concentrait les rayons solaires vers un accumulateur et un dispensateur de chaleur.

Des fenêtres de même composition étaient ménagées de chaque côté.

La machinerie avait été construite avec tant de soins que c’est à peine si l’on entendait le bruit du moteur.

Aussitôt que le Cosmobus se fut complètement dégagé de l’attraction terrestre, le professeur Morin, à seule fin de s’amuser un peu, n’ouvrit pas immédiatement l’appareil destiné à contrebalancer cette force ou à la remplacer au besoin, à l’intérieur du navire aérien.

Tout à coup, nos trois voyageurs se mirent à flotter au-dessus du plancher comme s’ils eussent été des ballons en caoutchouc remplis d’hydrogène...

Cette farce, assez innocente pourtant, n’eut pas l’heur de plaire à mademoiselle Lafrance, qui ne laissa pas de le faire savoir au coupable.

Comme celui-ci avait de bonnes raisons, pour se tenir dans les bonnes grâces d’Adèle, il s’empressa de faire fonctionner l’indispensable appareil et tout redevint normal à bord.

Mlle Lafrance, cependant, semblait mal à l’aise.

Mais comme elle boudait encore le professeur Morin pour le tour qu’il venait de leur jouer, c’est au professeur Larouche qu’elle s’adressa :

– Comment se fait-il, professeur Larouche, que nous soyons arrêtés ?

– Nous ne sommes pas arrêté mademoiselle Lafrance ; bien loin de là, nous allons même à une vitesse effarante...

– Mais d’où vient cette sensation d’arrêt soudain ?

– Cette impression nous vient uniquement de l’absence de frottement ; comme notre Cosmobus ne rencontre plus de résistance, il nous semble que nous sommes devenus immobiles.

– Vous n’avez pas l’habitude de mentir, professeur Larouche ; mais j’ai quand même beaucoup de difficulté à vous croire.

– Rien de plus facile que de vous assurer de ce que j’affirme.

– Et comment, s’il vous plaît ?

– Simplement en regardant diminuer la terre que nous venons de quitter.

– C’est pourtant vrai.

– Venez avec moi dans l’observatoire !...

– Volontiers, professeur.

– Si vous voulez, mademoiselle, vous vous dispenserez à l’avenir de m’appeler professeur...

– Je veux bien ; mais, de votre côté, vous n’emploirez plus « mademoiselle ».

– Entendu. De cette façon, les choses seront beaucoup plus simples.

On arrivait dans l’observatoire, lequel avait été aménagé dans la queue de l’énorme cigare.

Une minute suffit pour la convaincre que Marcel avait dit vrai.

Une immense curiosité dominait maintenant tout autre sentiment chez elle.

– Oh ! cette grosse boule qui semble nous fuir, c’est ça la terre que nous venons de quitter ?

– Eh oui ! Et vous n’avez qu’à la regarder diminuer pour vous rendre compte que nous allons à une vitesse vertigineuse, Adèle.

Le beau ciel d’azur formé par l’atmosphère terrestre étant disparu, on n’apercevait au-dehors du Cosmobus qu’une sorte de grande nappe noire parsemée d’étoiles.

On eut dit que le soleil lui-même refusait de donner sa lumière.

La terre, d’apparence quasi lunaire, s’estompait rapidement.

Soudainement mademoiselle Lafrance parut perdre tout intérêt dans cette contemplation.

Elle était devenue fort pâle.

Alarmé, Marcel lui demanda :

– Vous sentez-vous mal, Adèle ? Vous êtes très pâle...

– Je ne sais ce qui me prend...

– Qu’est-ce que vous ressentez ? des douleurs quelque part ?

– Non. Simplement un grand malaise...

– Quel genre de malaise ?

– Je ne saurais dire... c’est comme si j’étais vide, en dedans, et qu’il ne me resterait plus que la peau ! C’est terrible...

– C’est très étrange... qu’est-ce que ça peut bien être ?

– Je ne sais pas...

– Peut-être que Morin pourrait nous renseigner, c’est un physicien.

Adèle était déjà incapable d’articuler un seul mot. Marcel courut vers la porte de l’observatoire et n’eut pas besoin d’aller plus loin : Robert était là, dans la posture d’une servante qu’on surprend à regarder au trou d’une serrure.

Il y avait, entre ces deux hommes, au sujet de la jeune fille, une rivalité qui semblait s’accentuer de jour en jour.

À part cela, Marcel et Robert étaient les meilleurs amis du monde.

Ayant besoin de consulter les connaissances de Morin, Larouche se garda bien de faire allusion à l’espionnage du savant physicien.

– Professeur Morin, lui dit-il, mademoiselle Lafrance est malade.

– Qu’est-ce qu’elle a ? demanda Robert.

– Je veux justement savoir ce que vous en pensez, car je n’y comprends rien de rien.

– Qu’est-ce qu’elle dit, elle ?

– Elle ne dit rien : elle est sans connaissance.

– Mais de quoi s’est-elle plainte, avant de s’évanouir ?

– D’un grand vide en elle-même, a-t-elle dit...

– Pas de douleurs ?

– Elle disait ne rien ressentir...

– C’est ce que je pensais !

– Hein ? Vous dites ?

– Je dis que je m’attendais à ça !

– Et qu’est-ce que c’est, d’après vous ?

– C’est le mal de l’air...

– Le mal de l’air ! Est-ce semblable au mal de mer ?

– Non. Rien n’est plus différent.

– Et vous connaissez un remède ?

– J’en avais préparé un pour moi...

– Alors, donnez-le-lui !

– J’aurais préféré l’essayer d’abord sur moi-même, vu que je ne suis pas certain du résultat.

– Est-ce dangereux ?

– Non, je ne crois pas.

– Alors, pourquoi hésiter ?

– C’est bon. Attendez-moi ici...

– Où allez-vous ?

– Au laboratoire...

– C’est là que vous avez laissé le remède ?

– Oui. Je reviens à l’instant.

Et le professeur Morin courut jusqu’au laboratoire d’où il revint presqu’aussitôt avec le précieux remède.

Adèle, qui n’était qu’à demi-consciente, prit le médicament avec difficulté, mais aussitôt qu’elle l’eût absorbé, elle en ressentit immédiatement l’effet bienfaisant.

Du coup, elle en oublia sa rancune envers Robert.

Celui-ci s’étant penché sur elle pour constater le résultat de son traitement, elle l’attira vers elle et lui donna, sur la joue, un baiser qui le fit tressaillir d’aise.

– Alors, vous ne m’en voulez plus, mademoiselle Lafrance ?

– Vous savez bien que non, Robert.

– Si vous saviez comme vous me faites plaisir en m’appelant par mon prénom, comme ça !

– Alors, c’est convenu que nous appellerons désormais chacun par son prénom ; nous nous imaginerons plus facilement ainsi que nous sommes en famille, dit Adèle Lafrance.

– Ce sera tout à fait charmant, Adèle !

Et le simple fait de prononcer le prénom de la jolie fille, joint à l’idée qu’il venait d’en recevoir un baiser, le rendit fou de joie !

II



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