Michel-alain combes la terre bombardéE version 1 / 2013








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Notes

1. A.-M. Gerard, Dictionnaire de la Bible (Robert Laffont, coll. Bouquins, avec la collaboration de A. Nordon-Gerard et P. Tollu, 1989). Ce dictionnaire de 1500 pages, qui contient 2300 entrées et plus de 50 000 références, est un monument d'érudition, somme de vingt ans de travail pour André-Marie Gerard. Il contient l'essentiel des connaissances sur le sujet accumulées par des générations de chercheurs, théologiens ou autres. Un livre (presque) aussi incontournable que la Bible elle-même !

2. Le Déluge. La science face au mythe biblique (Les Cahiers de Science & Vie, n° 72, décembre 2002). Ce très intéressant numéro contient 18 articles traitant des différents aspects du sujet.

3. La Bible. Ancien Testament (Gallimard, 1956). Cette remarquable édition de la Bibliothèque de la Pléiade a été publiée sous la direction de E. Dhorme. Introduction par E. Dhorme ; traductions et notes par E. Dhorme, F. Michaéli et A. Guillaumont.

4. J. Bosler, Sur une averse de météorites mentionnée dans la Bible, Comptes rendus de l'Académie des Sciences, 216, p. 597, 1943.

5. Le Nouveau Testament (Éditions de l'École, 1957 ; traduction sur le texte grec et annotations par le Père Buzy).

6. Césaire d'Arles, L'Apocalypse (Desclée de Brouwer, 1989 ; traduction par J. Courreau). Ce livre est publié dans la collection " les Pères dans la foi ", c'est dire qu'il présente l'Apocalypse en tant que livre religieux. Césaire d'Arles a vécu autour de l'an 500 de notre ère. On voit avec cet auteur que la notion d'apocalypse, nom commun, relative à la prédiction d'événements de nature physique, telle qu'elle était admise au temps des Grecs, a totalement évolué et changé de nature pour devenir l'Apocalypse, nom propre, événement religieux annoncé, événement unique. Après Saint Jean, l'Apocalypse est devenu un livre symbolique et dogmatique étudié par tous les théologiens.

7. W. Whiston, A new theory of the Earth (1696). Dans La foire aux dinosaures (Seuil, 1993 ; titre original : Bully for brontosaurus, 1991), Stephen Jay Gould, consacre un essai (le n° 25) à Whiston, intitulé Le parrain de la catastrophe, dans lequel il entreprend de le réhabiliter.

8. C. Flammarion, Astronomie populaire (1880). Cette édition a été publiée en deux tomes. Le livre cinquième (tome 2) est consacré aux comètes et aux étoiles filantes (pp. 193-272). Le passage cité figure pp. 202-203. Dans l’édition refondue de 1955, l'astronome français Fernand Baldet (1885-1964), qui a réécrit le chapitre "Comètes" de l'ouvrage, a conservé le texte de Flammarion (pp. 336-337). Ainsi Whiston et sa comète traversent les siècles. Et c’est tant mieux.

9. I. Newton, Ecrits sur la religion (Gallimard, 1996 ; traduction, présentation et notes de J.-F. Baillon). Ce livre présente l'un des aspects les plus mal connus de l'œuvre de Newton : ses écrits religieux. Parallèlement à son activité scientifique, connue et disséquée depuis longtemps, Newton tout au long de sa vie a développé une réflexion théologique. Ses vues étaient proches de celles de Whiston, plus jeune d'un quart de siècle et qui fut pour lui un aiguillon. Il semble bien que Newton était favorable à l'idée maîtresse de Whiston : les comètes "instruments" de Dieu.

10. Buffon, Histoire naturelle. Théorie de la terre (1749). Cette diatribe envers Whiston figure au chapitre Preuves de la Théorie de la terre, article II : Du système de M. Whiston.

11. R. Locqueneux, Science classique et théologie, Vuibert / Adapt-Snes, 2010. Citation p. 4 de couverture. Dans ce livre très intéressant, Robert Locqueneux montre bien que la science et la théologie n’étaient pas forcément antinomiques et que de nombreux savants (mais pas tous) les associaient sans trop de problèmes et d’états d’âme.

12. L'homme est-il le produit de l'évolution ou de la création ? (Watchtower Bible and Tract Society of New York, 1969). Titre original : Did man get here by evolution or by creation (1967). Les citations retenues figurent aux pages 115 et 172. Ce livre s'appuie sur 248 références soigneusement choisies et provenant principalement de la presse scientifique américaine.

13. En fait, ces nombreux livres procréationnistes retiennent uniquement les informations qui les arrangent, ignorant toutes les autres. C'est assez logique dans la mesure où ce sont des livres de propagande.

14. D. Lecourt, L'Amérique entre la Bible et Darwin (PUF, 1992). Ce livre paru dans la collection Science, Histoire et Société raconte fort bien le renouveau des idées créationnistes en Amérique, lié selon Dominique Lecourt " à une contre-offensive du fondamentalisme protestant jugée nécessaire pour prendre le dessus sur les idéaux progressistes et libertaires des années 1960 ". Une lecture passionnante et un peu inquiétante quand même, qui montre clairement que l'évolution des idées est loin d'être linéaire et admise par tous, et qu’elle a même des adversaires acharnés.

15. P.E. Johnson, Le darwinisme en question. Science ou métaphysique ? (Pierre d'Angle, 1996). Titre original : Darwin on trial (1991). Ce livre, écrit par un juriste américain spécialisé dans les controverses sur l'enseignement du darwinisme en Amérique, s'efforce de démontrer que le darwinisme est une "religion" et qu'il ne repose en fait sur aucune base scientifique sérieuse. L'évolution darwinienne est la bête noire des créationnistes américains (il leur est insupportable que l'homme puisse descendre du singe !), d'autant plus qu'ils ont décelé des faiblesses dans la théorie plus que centenaire de Darwin.

16. W. Dembski, Intelligent design : The bridge between science and theology (InterVarsity Press, 2002).

17. Dossier " Comment Dieu a créé le monde ", Valeurs Actuelles, n° 3030, décembre 1994.

18. M. Cassé, Du vide et de la création (Odile Jacob, 1993).

19. N. Aviezer, Au commencement. Création : la Bible et la science (MJR, 1994). Edition originale en langue anglaise parue en 1990 sous le titre : In the Beginning : Biblical Creation and Science (éditeur : Ktav Publishing House). Un livre magistral et une mine d'or inespérée pour les scientifiques de la Création. Nathan Aviezer est un physicien israélien très intéressé par les problèmes scientifiques et religieux qu'il essaie de réconcilier. Il est devenu un maître à penser pour les croyants qui ne veulent pas ignorer les réalités scientifiques.

20. J. Arnould, Dieu versus Darwin (Albin Michel, 2007). Jacques Arnould est un dominicain, théologien et historien des sciences. Ce livre consacré au créationnisme et aux puissants lobbies qui le soutiennent est sous-titré : " Les créationnistes vont-ils triompher de la science ? " Après avoir lu ce livre, on peut effectivement se poser la question.

CHAPITRE 3

LA GRANDE ÉPOQUE
DES CATASTROPHISTES


Kepler, Newton et Halley domptent les astres

Avec la disparition de Claude Ptolémée (v. 90-168), dernier héritier de la tradition scientifique grecque, commença une très longue période de ténèbres, pour ne pas dire d'obscurantisme, dominée par une religion omniprésente et inflexible, et durant laquelle les progrès dans le domaine des idées furent quasi nuls. Les quelques rares érudits qui survolèrent cette époque n'avaient pas la voix assez forte pour se faire entendre ! L’Inquisition était toute puissante et ils risquaient leur vie. Ce n'est qu'à la Renaissance qu'apparurent enfin quelques "phares" qui permirent de faire éclater un univers médiéval désespérant de médiocrité intellectuelle (1/2).

Nicolas Copernic (1473-1543), d'abord, qui enleva la Terre du centre du monde pour y installer le Soleil (très longtemps après Aristarque de Samos). Tycho Brahe (1546-1601), ensuite, qui observa la fameuse supernova de 1572 et qui montra avec la grande comète de 1577 que les comètes ne faisaient pas partie du monde sublunaire (très longtemps après Sénèque). Et surtout, Johannes Kepler (1571-1630), premier géant de la pensée, génial, complexe et mystique (3) qui mit à mal le dogme du mouvement circulaire pour les planètes et démontra avec ses trois lois immortelles que les astres du Système solaire sont liés à leur Soleil, autour duquel ils décrivent des ellipses. Galilée (1564-1642), fondateur de la mécanique moderne et premier utilisateur de la lunette astronomique découvrit, lui, les quatre satellites principaux de Jupiter et les cratères lunaires, qui dès 1610 auraient pu lui permettre de comprendre la réalité de l'impactisme planétaire.

Ces cratères lunaires furent les premiers témoins de tous ces cataclysmes du passé dont disposèrent les astronomes. En 1647, Johann Hevelius (1611-1687), brasseur et astronome allemand, publia sa Sélénographie, première cartographie de la surface lunaire, et en 1668, dans sa Cométographie, il suggéra que les comètes décrivent des trajectoires paraboliques ou hyperboliques autour du Soleil. Vers la même époque, Christiaan Huygens (1629-1695) découvrit la vraie nature de l'anneau de Saturne, autre vestige d'un drame cosmique, issu de la désintégration d'un satellite s'étant approché trop près de sa planète mère.

Mais c'est, bien sûr, Isaac Newton (1642-1727), "l'architecte des forces cosmiques", avec ses travaux sur la gravitation et ses trois lois (le principe d'inertie, la loi d'accélération et la loi d'action-réaction) qui fut le point culminant de cette révolution des idées entamée avec Copernic, puisqu'il fut en mesure de relier la dynamique et l'astronomie. Ses Principes mathématiques de la philosophie naturelle, publiés en 1687, lui permirent définitivement de dompter les astres, explicitant les trois lois de Kepler d'une façon lumineuse, et de montrer que les comètes sont bien des composants réguliers du Système solaire au même titre que les planètes.

Son contemporain, ami et financier Edmond Halley (1656-1742) se signala principalement par ses travaux sur les comètes. Dans son Synopsis d'astronomie cométaire, paru en 1705, il indiqua pour la première fois que les comètes apparues en 1531, 1607 et 1682 (cette dernière observée par lui) étaient trois passages différents d'une même comète périodique dont il calcula l'orbite et prédit le retour pour 1758. Cette découverte essentielle lui permit de rendre son nom immortel, et "sa" comète, la fameuse entre toutes comète P/Halley, devint un objet d'étude pour tous les spécialistes ultérieurs.

C'est à la même époque qu'apparut le premier astronome catastrophiste, William Whiston (1667-1752), qui s'appuya sur les travaux de Newton et Halley. Tout était désormais en place pour une nouvelle génération de savants désireux d'étudier d'une manière plus scientifique l'origine de la Terre et ses rapports avec l'Univers environnant.

Ainsi donc, en un peu plus d'un siècle et demi, grâce au génie de quelques scientifiques de haute lignée, l'image du monde fut à jamais transformée. La Terre perdit sa place au centre de la Création, pour ne plus devenir qu'une planète parmi d'autres, au grand dam des Églises, qui comprirent vite que chaque idée vraiment nouvelle représentait une menace pour le pouvoir établi, en l'occurrence celui de l'omniprésente religion. Chaque fois qu'elles furent en mesure de le faire, ces Églises tentèrent de mettre le holà à toute forme de dissidence caractérisée (4). On connaît surtout la navrante histoire de Giordano Bruno (1548-1600), qui voulut prôner à travers toute l'Europe l'infinité de l'Univers et la pluralité des mondes planétaires, et qui fut arrêté par l'Inquisition en 1593 et brûlé vif sept ans plus tard comme hérétique. Mais d'autres furent menacés, à commencer par Galilée.

Théories de la Terre, Déluge et catastrophisme

Les théories de la Terre ont été nombreuses au XVIIe et XVIIIe siècles, écrites par des savants essayant progressivement de percer les secrets de la création ou de la nature, selon que leur objectif principal était d'expliquer l'œuvre de Dieu, d'analyser et de comprendre les mécanismes de la nature, ou même de tenter une synthèse des deux, synthèse qui sera tentée à plusieurs reprises.

On en compte une bonne trentaine, certaines ayant plus ou moins surnagé figurent dans les livres sur l'histoire de la géologie, alors que d'autres n'ont pas survécu à leurs auteurs. Bien sûr, aucune n'était parfaite, mais globalement ce genre mi-littéraire/mi-scientifique est intéressant sur le plan historique, au même titre que les apocalypses de l'Antiquité. Ces théories de la Terre, vues sous des angles parfois très différents, ont permis le brassage de nombreuses idées, parfois remarquables et novatrices, mais parfois aussi démentielles et dénuées de tout fondement. Je vais en dire quelques mots, en passant sous silence de nombreux noms que l'on peut retrouver dans les livres spécialisés (5/6).

C'est René Descartes (1596-1650) qui tenta le premier de rendre compte par des lois physiques de la formation de la Terre, dans son livre Le Monde, écrit en 1633 (7), mais qui ne parut qu'après sa mort en 1664, et dans les 3e et 4e parties de ses Principes philosophiques parus en 1644. Descartes a surtout eu le mérite d'introduire l'idée d'évolution, progrès fondamental par rapport à l'ancien monde éternel qui avait force de loi depuis la fin de l'Antiquité. Evolution pour lui voulait bien dire que tous les objets de l'Univers naissent, vivent et meurent. On connaît sa théorie et ses célèbres tourbillons. Pour lui, la Terre était un soleil devenu obscur qui avait connu une évolution catastrophiste. Les historiens de la géologie considèrent son système comme étant la première théorie de la Terre, à laquelle allaient se référer, ou s'inspirer, nombre de savants ultérieurs.

Le monde de 6000 ans de l’archevêque Ussher

Peu de temps après la mort de Descartes, se produisit un événement qui aurait pu rester anecdotique, mais qui en fait allait prendre une importance considérable. C'est la publication en 1658 du livre The annals of the world (Les annales du monde) par l'archevêque irlandais James Ussher (1581-1656), dans lequel il annonçait tout simplement que Dieu avait créé la Terre le samedi 22 octobre 4004 av. J.-C. à huit heures du soir. Ussher était parvenu à ce résultat à la suite d'une étude complète des dates puisées aux différentes chronologies de l'Ancien Testament.

Cette affirmation toute personnelle de Ussher plut à l'éditeur de la version "King James" de la Bible qui l'inséra comme note marginale dans les éditions ultérieures. Cette circonstance fit accepter la date de 4004 av. J.-C. comme faisant corps avec le dogme religieux et elle devint quasiment la date "officielle" de la Création, à laquelle tout le monde, scientifiques y compris, était obligé de se référer sous peine d'être accusé d'hérésie, avec tous les désagréments que cela pouvait comporter.

Dès cette époque, les géologues furent donc, eux aussi, obligés de se plier à la nouvelle orthodoxie religieuse et à son corollaire difficilement soutenable : faire entrer l'histoire physique du monde en 6000 ans seulement, ce qui était vraiment bien court. C'est cette difficulté bien inutile qui allait déboucher sur une chronologie courte que toutes les observations sur le terrain semblaient pourtant contredire. Mais aux XVIIe et XVIIIe siècles, on ne pouvait éluder facilement le dogme de la Création et les géologues durent faire avec, redoublant d'ingéniosité pour vivre avec ce redoutable "fil à la patte" que leur avait passé l'archevêque Ussher. Ingéniosité tournée par la suite un peu facilement en dérision par des successeurs d'une autre époque, débarrassés à tout jamais de Ussher et de son monde de 6000 ans, et devenue " naïveté, fable, fantaisie débridée, élucubration grotesque, idôlatrie biblique " et autres qualificatifs du même genre sous la plume d'auteurs imbus de modernisme et toujours persuadés de détenir LA vérité, en fait leur vérité qu’ils voulaient imposer aux autres.

Bible et science : une difficile cohabitation

C'est le révérend (un ecclésiastique donc) Thomas Burnet (1635-1715), qui fut le premier de ces géologues à proposer une théorie de la Terre dans son célèbre ouvrage en latin et en quatre volumes Telluris theoria sacra (8), paru entre 1680 et 1689. Stephen Jay Gould (1941-2002) lui a consacré une partie entière de son livre Aux racines du temps (9) pour faire connaître son œuvre et surtout le réhabiliter. Dans ce livre, Burnet, qui s'inspirait fortement de Descartes, dont il était en fait un disciple, essayait de réinterpréter l'enseignement de la Bible avec des arguments rationalistes, notamment le récit de la Genèse. Il proposa une version "scientifique" du Déluge et devint ainsi le premier des diluvianistes, qui allaient être vilipendés par leurs successeurs qui se considéraient comme plus modernes et qui refusaient "de faire de la science un roman". Pour Burnet, le Déluge fut à la fois un phénomène physique et un châtiment divin, envoyé par Dieu pour punir une humanité corrompue.

Burnet fut un véritable novateur et il fit rapidement des émules. Comme je l'ai expliqué au chapitre précédent, son compatriote Whiston, qui lui était astronome, lui emboîta le pas, en 1696, avec A new theory of the Earth, en faisant des comètes les instruments de Dieu. Pour lui, les comètes étaient en mesure de tout faire : la Terre elle-même était une ancienne comète, une autre avait causé le Déluge et dans l'avenir (proche pour Whiston) elle détruira la vie sur la Terre. Son idée fut reprise souvent par la suite jusqu'au XIXe siècle, principalement par les créationnistes, pour expliquer le Déluge. On peut même dire que si on l'expurge des à-côtés inutiles et de toute la partie religieuse, elle "tient encore la route", comme je le montrerai tout au long de ce livre.

A la même époque que Whiston, Gottfried Leibniz (1646-1716) terminait son Protogée (10), qui ne fut publié que beaucoup plus tard (en 1749). On sait que chez l'illustre philosophe et mathématicien, les idées du savant, du métaphysicien et du théologien étaient trois aspects différents d'une même pensée. Pour lui, le Créateur a créé le monde selon un modèle cohérent fondé sur une harmonie préétablie et notre histoire n'est que le développement d'un projet divin. Leibniz innovait, dans la mesure où il considérait que toutes les catastrophes subies par la Terre et l'humanité n'étaient pas des actes négatifs (!), elles s'inséraient simplement dans un projet d'ensemble, obligatoirement positif à long terme, puisque voulu et programmé par Dieu. L'épisode du Déluge était un événement parmi d'autres, venu à son heure quand Dieu l'avait jugé nécessaire. On peut rire de Leibniz. Là encore, il n'empêche qu'il avait compris bien avant les autres que les catastrophes ne sont pas obligatoirement négatives à long terme. On ne dit pas autre chose aujourd'hui, trois siècles plus tard, puisque l'on sait que les catastrophes sont souvent des forces de création, dans la mesure où elles peuvent libérer des niches écologiques auparavant fort encombrées, et qu'elles sont parfois une source majeure de l'évolution des espèces.

Un autre diluvianiste, suisse celui-là, Johann-Jakob Scheuchzer (1672-1733) (11) proposa "d'éclairer la Bible par la science". Son gros ouvrage : Physica sacra (huit volumes entre 1730 et 1735), paru en français sous le titre Physique sacrée ou Histoire naturelle de la Bible, s'annonçait ouvertement comme une approche théologique des phénomènes naturels. Vaste programme, à une époque où, au contraire, commençait à se tracer une frontière entre le savoir scientifique, basé uniquement sur l'observation et l'analyse, et l'exégèse religieuse, beaucoup plus crispée sur sa doctrine intangible. Scheuchzer considérait les fossiles comme des "reliques du Déluge" et sa collection était connue de tous les spécialistes européens. D'après lui, seul un déluge pouvait expliquer la distribution des fossiles que l'on trouvait parfois au sommet des montagnes. Avant la théorie de la tectonique des plaques qui explique parfaitement ce phénomène, une telle présence restait totalement inexplicable en dehors de l'appoint d'un déluge qui aurait recouvert provisoirement l'ensemble de la planète, montagnes comprises.

La Terre, une planète vieille

Buffon (1707-1788) reste l'un des grands noms de l'histoire des sciences de la nature (12). On le considère souvent comme l'un des pères de la théorie catastrophiste et également comme l'un des premiers évolutionnistes de renom. En fait, il fut uniquement catastrophiste pour ce qui concerne la formation de la Terre. Pour ce qui est de son évolution ultérieure, il était résolument transformiste, c'est-à-dire partisan des causes actuelles, et ne croyait pas du tout aux catastrophes, comme d'autres savants de l'époque.

En 1749, dans son Histoire naturelle, il émit l'hypothèse que le Soleil avait été heurté dans le passé par une comète géante qui lui avait arraché un important filament de matière, à partir duquel se seraient formées ultérieurement les planètes du Système solaire dont la Terre, qui serait âgée d'après lui de près de 80 000 ans. Buffon parlait aussi de l'origine de la vie et de ses idées transformistes. Tout cela lui valut un sévère rappel à l'ordre de la Faculté de Théologie de la Sorbonne, qui l'obligea à une rétractation. Comme Descartes, un siècle plus tôt, il ne se sentait nullement une âme de martyr, et redoutait surtout en insistant de perdre le bénéfice d'une vie dorée à laquelle, semble-t-il, il était fort attaché. Après cette alerte, Buffon opéra lui-même pour sa sécurité une autocensure de ses écrits pendant plus d'un quart de siècle.

Heureusement, sous l’impulsion des Encyclopédistes, et notamment celle du baron d’Holbach (1723-1789), matérialiste militant qui fit campagne pour démontrer que " la religion était l’ennemie de la science ", les choses s’améliorèrent sensiblement, au grand bénéfice de l’évolution des idées. Bon gré, mal gré, l’Église accepta de desserrer quelque peu le carcan dogmatique qui empêchait la science de respirer.

Cela permit à Buffon, en 1778, à une époque nettement plus favorable, de revenir sans crainte de censure intempestive, sur ses deux sujets d'étude favoris qu'étaient la Terre et la vie qu'elle abrite. Dans Les époques de la nature (13), son livre le plus achevé, réflexion d'une longue carrière de naturaliste éclectique, il présenta un système géologique complet, mais qui est considéré aujourd'hui " davantage comme une synthèse du passé que comme une contribution à la science de l'avenir ".

Pour finir ce survol sur les théories de la Terre, il faut citer le géologue écossais James Hutton (1726-1797), considéré souvent comme le fondateur de la géologie, et qui posa le premier les bases de l'uniformitarisme. Dans sa Theory of the Earth, parue en 1788, il montra, preuves à l'appui, que la Terre était une planète vieille. Une étude sur le terrain durant des années l'avait conforté dans son idée que les causes des événements du passé étaient les mêmes que celles qui agissaient encore de nos jours. Ce concept allait être repris longtemps après et développé par Lyell. Mais à l'époque de Hutton, la majorité des savants n'étaient pas encore prêts à les accepter. Au contraire, l'ère du catastrophisme commençait, grâce surtout à un événement unique, imprévu, qui allait faire évoluer radicalement les mentalités : l'approche très serrée d'une comète à la Terre. Cet événement est un jalon important dans l'évolution des idées catastrophistes.
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