Michel-alain combes la terre bombardéE version 1 / 2013








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Des preuves d'abord astronomiques
et géologiques


Deux approches totalement différentes ont permis de se rendre compte du bien-fondé de la théorie de l’impactisme terrestre. D'abord, une approche astronomique. Depuis la fin du XIXe siècle, on a découvert plus de 5000 petits astéroïdes (des EGA avec Dm < 0,100 UA) qui peuvent s'approcher fortement de la Terre. Certains sont d'origine planétaire, d'autres sont des noyaux de comètes mortes ou en sommeil. On sait maintenant d'une manière formelle et définitive qu'il s'agit là du "matériel", constamment renouvelé, qui frappe et meurtrit notre planète depuis 4,6 milliards d'années. Dans certaines circonstances, beaucoup plus rares (en 2011 moins de 200 NEC différentes sont répertoriées), ce sont des comètes actives qui peuvent entrer en collision avec la Terre.

Il existe aussi un autre impactisme, totalement différent de l'impactisme "macroscopique" résultant des impacts d'astéroïdes et de comètes, que l'on nomme l'impactisme invisible ou particulaire qui concerne les divers rayonnements et les poussières cosmiques et qui a un rôle très important sur l'évolution des formes vivantes. Je l'étudierai en détail au chapitre 8. Il est principalement le champ d'étude des physiciens et des astrophysiciens.

La seconde approche est terrestre. Dès 1893, on a suggéré une origine cosmique pour le fameux Meteor Crater de l'Arizona, hypothèse admise définitivement par tous en 1953 seulement. En 1908, avec le cataclysme de la Toungouska, en Sibérie, on a eu un bon exemple de ce qui se passe lorsqu'un petit astéroïde explose dans l'atmosphère, avec des dégâts au sol qui peuvent être impressionnants. Mais c'est surtout à partir de 1950, la découverte des premiers cratères météoritiques fossiles, les astroblèmes, sur le territoire canadien qui a démontré la réalité de l'impactisme terrestre. Les conséquences des impacts ont été longtemps incroyablement sous-estimées, quasiment jusqu'au début des années 1980, et elles réservent de belles surprises. L'histoire de l'impact qui a mis fin au règne des dinosaures a été largement popularisée, mais ce n'est qu'un exemple parmi d'autres.

Les impacts importants du passé ont libéré des énergies considérables, largement supérieures à celles engendrées par les grands cataclysmes purement terrestres, comme les éruptions volcaniques et les séismes. Ce sont les événements les plus cataclysmiques qui peuvent concerner notre planète et la vie qu'elle abrite. Si l'homme ne se détruit pas lui-même d'ici quelques milliers d'années, il sera peut-être le témoin, s'il ne détecte pas suffisamment tôt le projectile se précipitant vers la Terre, d'un impact important et de ses conséquences.

Rechercher les causes de l'impactisme historique
et protohistorique


Dans le chapitre 1, je montrerai par le rappel de quelques textes et légendes anciens que l'idée de la Terre bombardée est loin d'être nouvelle. Notre planète a déjà été meurtrie dans un passé historique et protohistorique par des objets cosmiques qui ont effrayé les Anciens et contribué à la mise en place de concepts universels, comme le Chaos primitif, l'effondrement périodique de la voûte céleste et la rupture des "piliers du monde".

Pendant longtemps il fut de bon ton de se gausser de ces fables inventées par des ancêtres considérés comme quasi débiles, avec leur Terre plate et leurs dieux malveillants, mais les choses ont changé. Ce sera l'apanage des chercheurs de la prochaine génération d'apporter, sinon un point final, tout au moins une explication scientifique incontestable sur le pourquoi de certaines de ces légendes.

On a longtemps cru qu'il ne serait pas possible d'apporter des preuves à ce qui s'est réellement passé au cours de la protohistoire et de l'histoire ancienne. Eh bien si ! Depuis 1982, on commence à y voir plus clair. Ces preuves seront astronomiques mais multiformes, comme je l'expliquerai en détail dans des chapitres différents. Dans le chapitre 6, je montrerai que beaucoup d'astéroïdes ont des orbites semblables, qui dénotent probablement une origine commune pour de nombreux petits objets. Dans le chapitre 7, je parlerai de la comète P/Encke, une comète périodique à courte période en fin de vie active et de son association avec un important courant de météores, celui des bêta-Taurides. Je parlerai également d'objets connus depuis 1977 seulement : les astéroïdes extérieurs d'origine cométaire, connus sous le nom générique de centaures, et aussi de la ceinture de Kuiper et du nuage de Oort dont ils sont issus.

Quel rapport entre tous ces objets et les catastrophes cosmiques qui ont eu lieu dans l'Antiquité et la protohistoire ? C'est là que l'histoire devient extraordinaire, et même quasiment incroyable. Sans entrer dès maintenant dans le détail, que j'appréhenderai au fur et à mesure de certains chapitres, il faut rappeler que des objets de la ceinture de Kuiper, qui peuvent être soit des comètes, soit des astéroïdes, soit des objets mixtes astéroïdes-comètes, et dont le diamètre peut atteindre plusieurs centaines de kilomètres, sont chassés de cette ceinture (comprise entre 38 et 100 UA) à la suite de perturbations et sont injectés dans la partie du Système solaire intérieure à Neptune, la huitième planète principale. Ils deviennent alors des centaures, comme Chiron ou Pholus, objets à orbite chaotique dont l'espérance de vie sur ce genre d'orbites instables est très faible à l'échelle astronomique.

Suite à de nouvelles perturbations, ils peuvent être injectés dans un deuxième temps sur des orbites à courte période et très forte excentricité. Ces gros objets peuvent être alors brisés en une multitude de fragments, quelques gros, de nombreux moyens, d'innombrables petits et une infinité de poussières, consécutivement à une forte approche à Jupiter, Saturne, Uranus ou Neptune, mais peut-être aussi consécutivement à une très forte approche à Mars, la Terre, Vénus et même Mercure.

C'est très probablement ce qui s'est passé, à une époque qui reste à définir avec une des planètes qui reste elle aussi à déterminer, pour un gros objet, mi-astéroïde mi-comète : Hephaistos. Cet objet mixte a généré après fragmentation plusieurs centaines de comètes, parmi lesquelles P/Encke, des milliers de mini-comètes aujourd'hui éteintes (mortes ou en sommeil pour certaines) et de très nombreux astéroïdes associés. Parmi tous ces débris hétéroclites par leur taille, leur forme et leur composition, certains sont déjà connus comme Hephaistos (le plus gros objet Apollo recensé avec un diamètre de 10 km, et qui donne logiquement son nom au géniteur de la famille) et Oljato dont j'aurai souvent à reparler, ainsi que l'essaim de poussières des bêta-Taurides. Pour rajouter à l'extraordinaire, je signale que de nombreux astronomes pensent que l'objet de la Toungouska, connu maintenant sous le nom de Ogdy, était lui aussi un de ces fragments associés à P/Encke, et donc également à leur géniteur commun.

C'est le calcul astronomique, via l'ordinateur, outil et associé indispensable de l'astronome, qui a montré que P/Encke, Hephaistos, Oljato et beaucoup d'autres NEA connus et à découvrir ne formaient qu'un seul objet il y a seulement quelques dizaines de milliers d'années. Chacun de ces objets aujourd'hui autonomes subit ses propres perturbations et s'éloigne inexorablement des autres, mais l'origine commune ne semble pas faire de doute. On comprend déjà mieux la suite, même si les points d'ombre restent nombreux pour le moment. Hephaistos, ou l'un de ses premiers fragments, car la désintégration a pu avoir lieu en plusieurs étapes successives (et c'est probablement ce qui s'est passé, vu les différences constatées dans les inclinaisons et les excentricités de certains résidus), est venu dans la proche banlieue de la Terre, peut-être à plusieurs reprises, avant la désintégration finale. Il paraît évident que plusieurs de ces fragments ont déjà heurté la Terre, car les deux orbites se coupaient ou étaient très voisines. Encore de nos jours, l'essaim des bêta-Taurides coupe la Terre fin juin et nous distille régulièrement chaque année une infime partie de sa matière sous forme de météores, et parfois comme en 1908, il nous octroie un morceau plus volumineux pour montrer que l'histoire n'est pas vraiment finie et que nous devons rester vigilants.

Hypothèse farfelue que celle de Hephaistos, qui se met lentement mais sûrement en place ? Sans doute pas. Plus d'une centaine d'astéroïdes de la même famille sont déjà connus, et quand l'étude physique des différents fragments cométaires et planétaires pourra être entreprise, et certaines anomalies expliquées, une solution acceptable se dégagera d'elle-même, mettant fin à une très longue période de "ténèbres" (pas mythologiques ceux-là, mais bien historiques et scientifiques !).

Une chose est sûre en tout cas : l'histoire cosmique des hommes est beaucoup plus complexe qu'on le croyait, et toutes ces légendes et ces concepts qui ont toujours paru absurdes méritent d'être revisités à la lumière des connaissances actuelles, même s'il ne faut pas leur accorder une importance démesurée.

Notre époque n'est qu'un simple jalon dans la longue histoire des hommes et dans la connaissance qu'ils en ont, et chaque génération s'appuie sur les acquis de la précédente et prépare ceux de la suivante. Une relecture de Sénèque (2 av. J.-C.-65) et de ses Questions naturelles (12) me servira de conclusion. Ces phrases pleines de sagesse écrites au crépuscule de sa vie, entre les années 62 et 65 de notre ère, sont toujours d'actualité.

" Soyons satisfaits de ce que l'on a déjà découvert et permettons à nos descendants d'apporter aussi leur contribution à la connaissance de la vérité...

Ne nous étonnons d'ailleurs pas que l'on amène si lentement à la lumière ce qui est caché si profondément...

La génération qui vient saura beaucoup de choses qui nous sont inconnues. Bien des découvertes sont réservées aux siècles futurs, à des âges où tout souvenir de nous sera effacé. Le monde serait une pauvre petite chose, si tous les temps à venir n'y trouvaient matière à leurs recherches. "


Notes


1. M.-A. Combes, La Terre bombardée (France-Empire, 1982). Ce livre a eu deux versions ultérieures : la version 2 en 1998 et la version 3 en 2007 qui sont visibles (et téléchargeables) sur mon site La menace du ciel.

2. C. Grimoult, Évolutionnisme et fixisme en France (CNRS Éditions, 1998).

3. L'impact de la vingtaine de fragments de la comète Shoemaker-Levy 9 sur Jupiter en juillet 1994 a été un événement scientifique d’une importance et d'un intérêt considérable, l'un des plus importants du XXe siècle. J'en parle en détail aux chapitres 4 et 5.

4. Ch. Frankel, La mort des dinosaures : l’hypothèse cosmique (Masson, 1996).

5. E. North et F. Coen, Meteor (Belfond, 1980). Titre original : Meteor (1979). D'après le scénario de S. Mann et E. North, sur une histoire de E. North.

6. Ces catastrophes préliminaires n'ont pas été choisies au hasard par les scénaristes, excepté la dernière. Elles correspondent à des cataclysmes ayant eu lieu, ou soupçonnés avoir eu lieu, dans le passé (voir chapitre 19).

7. A.C. Clarke, Le marteau de Dieu (J’ai lu, S-F 3973, 1995). Titre original : The hammer of God (1993). Arthur Clarke connaît parfaitement le sujet. Kali est un astéroïde cométaire à orbite rétrograde (et donc à très grande vitesse) qui redevient actif en pénétrant à l’intérieur de l’orbite de Mars. Des forces non gravitationnelles de dernière heure rendent sa course imprévisible. Clarke sait entretenir le suspense.

8. Le marteau de Dieu, citation p. 4 de couverture.

9. Le marteau de Dieu, citation p. 5.

10. A.C. Clarke, Rendez-vous avec Rama (Robert Laffont, 1975). Titre original : Rendez-vous with Rama (1973). Un classique de la science-fiction et l’un des meilleurs romans d’Arthur Clarke.

11. Le marteau de Dieu, citation p. 30.

12. Sénèque, Questions naturelles (Les Belles Lettres, 1930 ; traduction et annotations par P. Oltramare). Cette édition très remarquable du livre de Sénèque fut publiée sous le patronage de l'Association Guillaume Budé. Le livre VII consacré aux comètes (pp. 300-336) est particulièrement intéressant.




Figure 1. Sekhmet : la déesse-lionne égyptienne

Le cataclysme a d’abord été mythologique, avant de devenir astrologique, puis religieux, puis enfin, beaucoup plus tard, scientifique.
Sekhmet était la déesse égyptienne à la face de lionne qui a détruit une partie de l’Egypte à la fin du XIIIe siècle avant J.-C. Chargée de châtier les hommes, elle était accompagnée d’un cortège de fléaux et de maladies.
Aujourd’hui, les astronomes catastrophistes l’associent à Phaéton, Typhon, Absinthe, Anat et Surt. Il ne fait guère de doute qu’il s’agissait d’une comète.


e

CHAPITRE PREMIER

LE CATASTROPHISME
DANS L'ANTIQUITÉ


Le souvenir obsessionnel de grands cataclysmes

L'idée que la Terre a souvent été victime de catastrophes de grande ampleur, d'origine cosmique ou terrestre, n'est pas nouvelle, loin de là. C'était un point commun à toutes les mythologies des peuples anciens, aussi loin que l'on remonte dans le temps (quasiment depuis l'an 10000 avec la grande déglaciation, point de départ d'une transformation complète de la géographie côtière), même si le nombre et les causes de ces cataclysmes variaient d'une mythologie à l'autre. Des concepts comme le Chaos, le Déluge ou la chute du ciel faisaient partie de leur histoire et de leur imaginaire. J'étudierai en détail au chapitre 18 ces grands cataclysmes terrestres et au chapitre 19 les cataclysmes cosmiques que l'on a pu recenser.

Dans ce chapitre, il est question de certains aspects historiques et mythologiques du problème. Ce sera l'occasion de retrouver quelques grands personnages de l'Antiquité qui s'intéressaient au passé et à l'avenir de la Terre, désirant percer les secrets de l'un et de l'autre, et de rappeler aussi quelques textes représentatifs explicites, textes qui ont eu la chance de parvenir jusqu'à nous, contrairement à d'autres, beaucoup plus nombreux, qui sont malheureusement perdus.

Il faut noter que la notion même de catastrophisme a évolué avec le temps, au fur et à mesure des observations et des découvertes des Anciens. Et il ne faut jamais oublier que jusqu'à Anaximandre (610-547), personne n'osa envisager sérieusement une Terre autrement que plate, et jusqu'à Aristarque de Samos (310-230) autrement que le centre du monde.

Très longtemps, de la préhistoire au Néolithique, le catastrophisme fut uniquement mythologique avant de devenir très progressivement astrologique et cyclique quand les Anciens comprirent que la Lune et les planètes, les astres errants, reprenaient indéfiniment les mêmes positions relatives dans le ciel. On se souvient que les Grecs, enthousiasmés par la découverte du cycle de Méton (v. 430 av. J.-C.), période qui ramène les nouvelles lunes le même jour tous les dix-neuf ans, firent graver cette découverte en caractères d'or (1).

On ne peut que regretter le peu de textes disponibles pour se faire une idée plus précise de ces catastrophes du passé, et surtout le fait que certains textes qui ont existé ont été détruits d’une manière imbécile et criminelle dans l’incendie des grandes bibliothèques chargées de les préserver.

Le catastrophisme mythologique :
des dieux et des légendes


Je vais d'abord rappeler quelques légendes prises dans les mythologies du monde entier, pour bien montrer le caractère universel des bouleversements et catastrophes qui ont meurtri les Anciens. J'ai été obligé, bien sûr, de choisir parmi de nombreux textes (anciens, mais aussi modernes), et ceux-ci ne sont que des textes parmi d'autres.

Mythologie aztèque : les quatre soleils

Les anciens Aztèques racontaient que quatre mondes, ou quatre soleils, ont précédé le nôtre et qu'ils furent détruits par des cataclysmes de grande ampleur.

" Quatre fois le monde fut détruit. La première fois, le soleil s'éteignit et un froid mortel s'abattit sur la terre. Seul un couple humain put s'échapper et perpétuer l'espèce. La deuxième fois, un vent magique souffla de l'ouest, et tous les hommes, sauf deux encore, furent transformés en singes. La troisième fois, ce fut le feu qui accomplit l'œuvre de destruction. Les rayons d'un soleil gigantesque firent flamber la planète, tandis que les coups de foudre répondaient aux rugissements des volcans déchaînés. Il y eut deux rescapés, et l'homme ne mourut pas. Enfin vint le quatrième cataclysme, celui de l'eau. Le ciel tomba sur la terre et ce fut le déluge. Tout disparut sous les flots, étoiles, soleils et planètes. L'obscurité s'étendit sur l'abîme. Mais l'homme survivait toujours. " (2)

Les quatre destructions quasi totales du monde furent successivement le fait du froid, du vent, du feu et de l'eau. On retrouve ces quatre agents de destruction dans de nombreuses autres mythologies. Ces quatre âges du monde des Aztèques s'étalent en fait sur plusieurs milliers d'années. Ils sont équivalents à ceux des autres peuples d'Amérique du Nord, d'Amérique centrale et d'Amérique du Sud.

Mythologie chinoise : Kong-Kong, le dragon

En Chine, les textes anciens font allusion à de sérieux cataclysmes qui se seraient produits à l'époque des cinq empereurs semi-légendaires (Huangdi, Zhuan Xu, Diku, Yao et Shun) que l'on situe en général au IIIe millénaire avant J.-C. Je reparlerai au chapitre 19 de ces cataclysmes, car ils ont eu, semble-t-il, une origine cosmique.

" Jadis, Kong-Kong disputa l'empire à Tchouan-hiu et, dans sa rage, donna un coup de corne au mont Pou-tcheou. La colonne qui soutenait le Ciel (au coin N.-O.) fut cassée, l'amarre de la Terre (au coin S.-E.) fut rompue, le Ciel se pencha vers le nord-ouest et c'est pourquoi le soleil, la lune, les étoiles se déplacent dans cette direction. La Terre eut une ouverture au sud-est, et c'est ainsi que les eaux, les rivières, le sol, la poussière se précipitent dans cette direction. " (3)

En Chine, on parle donc d'une rupture de l'axe du monde et la Terre se serait "penchée" vers le nord-ouest.

Mythologie égyptienne : Sekhmet, la lionne en furie

Dans la mythologie égyptienne, Sekhmet était le nom de la déesse de la guerre, représentée généralement comme une lionne ou comme une femme à tête de lionne. Elle devenait parfois aussi l'œil de Rê, le dieu-soleil, et était chargée de détruire ses ennemis. Elle répandait les épidémies sur toute l'Egypte quand le dieu voulait se venger. Une légende liée à un drame cosmique (qui n'est autre que celui de la fin du XIIIe siècle av. J.-C.) racontait que sur les ordres de Rê, elle se jeta sur les hommes révoltés avec une telle frénésie et une telle méchanceté que le dieu-soleil redoutant l'extermination de la race humaine dut lui demander d'arrêter le carnage. Comme elle refusait obstinément d'obtempérer, il dut employer un curieux stratagème, une ruse comme seuls les dieux en avaient le secret (4) :

" Rê fit préparer des cruches de "didi", liquide colorant en rouge, qui sont mélangées à de la bière. Pendant toute la nuit, alors que Sekhmet dort, la bière rouge est versée sur toute la terre d'Égypte. A son lever, la déesse pense voir un fleuve de sang dû au massacre des hommes. Elle se mire dedans, puis commence à laper. Bientôt totalement ivre, elle oublie sa mission et s'en retourne auprès des dieux en épargnant les survivants. "

On remarque dans cette légende le fait souvent noté que le monde prit une couleur rouge à l'occasion de ce cataclysme, du fait de la pigmentation de la matière abandonnée dans l'atmosphère terrestre par la désintégration et l'émiettement du corps céleste.

Il semblerait que les Égyptiens aient retenu le jour de l'année du début du grand cataclysme : le 12 Tybi, soit presque obligatoirement une date correspondant à la fin octobre ou au début novembre de notre calendrier moderne (5), si le cataclysme a bien eu lieu au XIIIe siècle avant J.-C. C'est une précision très importante que je détaillerai quand j'étudierai en détail l'hypothèse Hephaistos.

" C'est le douzième jour du premier mois d'hiver qu'a eu lieu le grand massacre des hommes ; aussi le calendrier des jours fastes et néfastes note-t-il soigneusement : "Hostile, Hostile, Hostile est le 12 Tybi, évite de voir une souris en ce jour, car c'est le jour ou Rê donna l'ordre à Sekhmet". " (6)


Mythologie germano-scandinave : le Ragnarök


Pour les Germains et les autres peuples du Nord, la fin du monde était symbolisée par le Ragnarök, ou Crépuscule des dieux. Cette catastrophe cosmique de très grande ampleur est racontée en grand détail (mythologique, pas scientifique malheureusement !) dans le poème intitulé la Voluspa et qui fait partie du grand ensemble de l'Edda. De ce récit complexe qui met en place de nombreux dieux, je retiendrai les quelques extraits représentatifs suivants (7) :

" Du côté du Sud, là où commence le pays des géants du feu, Surt, le maître de ces contrées, dresse déjà son épée de flammes. Au bord du ciel est posté Heimdall, le veilleur des dieux ; personne au monde n'a la vue aussi perçante ni l'ouie aussi fine ; pourtant, il se laisse ravir son épée par Loki et ne commence à souffler dans son cor retentissant que lorsque les géants sont en marche. Le loup Fenrir, que les dieux avaient jadis enchaîné, rompt ses liens et s'échappe. Les secousses qu'il donne à ses entraves font trembler la terre tout entière ; le vieux frêne Yggdrasil en est ébranlé des racines jusqu'au faîte. Des montagnes s'écroulent ou se fendent de haut en bas...

Au Sud apparaît Surt, que suit la troupe innombrable des géants du feu ; son épée lance des éclairs ; tout autour de lui des flammes jaillissent du sol crevassé. A son approche les rochers s'écroulent, les hommes s'affaissent sans vie. La voûte du ciel, ébranlée par le tumulte de cette armée en marche, embrasée par l'haleine de fournaise qui l'environne, éclate en deux ; et quand les fils du feu font passer leurs chevaux sur le pont que l'arc du ciel tend de la terre au séjour des dieux, ce pont s'enflamme et s'effondre...

Les grands dieux sont morts. Et maintenant que Thor, protecteur des demeures humaines, a disparu, les hommes sont abandonnés ; il leur faut quitter leurs foyers ; la race humaine est balayée de la surface de la terre. La terre elle-même va perdre sa forme. Déjà les étoiles se détachent du ciel et tombent dans le vide béant... Le géant Surt inonde de feu la terre entière ; l'univers n'est plus qu'un brasier ; des flammes jaillissent de toutes les fentes des rochers ; la vapeur siffle de toutes parts ; toute plante, toute vie sont anéanties ; seul le sol nu subsiste...

Et voici que toutes les mers, que tous les fleuves débordent. De tous côtés les vagues pressent les vagues. Les flots, qui se gonflent en bouillonnant, recouvrent peu à peu toutes choses. La terre s'enfonce dans la mer. L'immense champ de bataille où s'étaient affrontés les maîtres de l'univers cesse d'être visible.

Tout est fini. Et maintenant tout va recommencer. Des débris du monde ancien naît un monde nouveau... "

L'épopée cosmologique du Ragnarök est particulièrement intéressante pour qui étudie, comme moi, les cataclysmes cosmiques de l'Antiquité. Elle est aujourd'hui définitivement associée au dernier grand cataclysme cosmique qu'a subi la Terre et qui a eu lieu à la fin du XIIIe siècle av. J.-C., et dont je parlerai en détail au chapitre 19. Surt, Sekhmet, Typhon, Phaéton, Absinthe, Anat et d'autres encore sont les noms différents de l'objet cométaire (ou d'origine cométaire) qui est entré en collision avec la Terre, à une époque où de nombreuses civilisations étaient déjà bien en place et prospéraient, semant tout au long de son parcours la panique, la ruine et la mort. C'est ce même cataclysme qui est associé à l'Exode des Hébreux et aux dix plaies d'Égypte. J'en parlerai au chapitre 2, sous un éclairage assez différent : l'éclairage biblique.

Mythologie grecque : Typhon et Phaéton

Il s'agit de deux légendes célèbres, surtout connues par les textes classiques d'Hésiode (VIIIe siècle) (8) et d'Ovide (43 av. J.-C.-18) (9). Apparemment, elles n'ont rien à voir entre elles et sont toujours traitées séparément dans les livres de mythologie. Mais pourtant, il paraît fort probable qu'elles se rapportent toutes deux au cataclysme de de la fin du XIIIe siècle dont j'ai déjà beaucoup parlé et qui a eu des conséquences humaines et historiques très sérieuses.

Hésiode raconte dans sa Théogonie qu'à la suite d'une guerre entre Zeus et les Titans, guerre qui faillit détruire l'univers, un monstre flamboyant surmonté de cent têtes et baptisé Typhon (ou Typhée) fit son apparition dans le ciel, effrayant les populations. Zeus dut intervenir une nouvelle fois pour sauver le monde.

" ... Alors une œuvre sans remède se fût accomplie en ce jour ; alors Typhon eût été roi des mortels et des Immortels, si le père des dieux et des hommes de son œil perçant soudain ne l'eût vu. Il tonna sec et fort, et la terre à l'entour retentit d'un horrible fracas, et le vaste ciel au-dessus d'elle, et la mer, et les flots d'Océan, et le Tartare souterrain, tandis que vacillait le grand Olympe sous les pieds immortels de son seigneur partant en guerre, et que le sol lui répondait en gémissant. Une ardeur régnait sur la mer allumée à la fois par les deux adversaires, par le tonnerre et l'éclair comme par le feu jaillissant du monstre, par les vents furieux autant que par la foudre flamboyante. La terre bouillonnait toute, et le ciel et la mer. De tous côtés, de hautes vagues se ruaient vers le rivage. Un tremblement incoercible commençait : Hadès frémissait et aussi les Titans ébranlés par l'incoercible fracas et la funeste rencontre. Zeus frappa, il embrasa d'un seul coup à la ronde les prodigieuses têtes du monstre effroyable ; et, dompté par le coup dont il l'avait cinglé, Typhon mutilé, s'écroula, tandis que gémissait l'énorme terre. Mais, du seigneur foudroyé, la flamme rejaillit, au fond des âpres et noirs vallons de la montagne qui l'avait vu tomber. Sur un immense espace brûlait l'énorme terre, exhalant une vapeur prodigieuse ; elle fondait tout comme l'étain... sous l'éclat du feu flamboyant... "

(Théogonie, 836-868)

Pline l'Ancien (23-79) dans le livre II de son Histoire Naturelle (10), au chapitre " Comètes et prodiges " parle également de Typhon. En accord avec tous les autres auteurs "scientifiques" de l'Antiquité, il le considère comme une comète.

" ... Les peuples d'Éthiopie et d'Égypte connurent une comète terrible, à laquelle Typhon, roi de ce temps-là, donna son nom : d'apparence ignée et enroulée en forme de spirale, effrayante même à voir, c'était moins une étoile qu'un vrai nœud de flammes. "

(Histoire Naturelle, Livre II, 91, XXIII)

La légende de Phaéton est l'un des meilleurs contes d'Ovide qui en fit une des pièces maîtresses de ses Métamorphoses, écrites entre les années 2 et 8 de notre ère. Mais cette légende était bien antérieure à Ovide. On sait, entre autres, qu'elle fut le sujet d'une tragédie perdue d'Euripide (480-406), écrite plus de 400 ans auparavant.

Phaéton était le fils du Soleil. Pour satisfaire son orgueil, il demanda à son père de conduire son char l'espace d'une journée à travers le ciel. Entreprise démesurée qui se termina par une catastrophe cosmique, puisque le char de Phaéton quitta la route habituelle et se précipita vers la Terre. Là encore, Jupiter fut obligé d'intervenir pour sauver le monde et la race humaine.

" ... Sous l'action du feu, les nuages s'évaporent. Sur terre, les plus hauts sommets sont les premiers la proie des flammes. Le sol se fend, sillonné de crevasses et, toutes eaux taries, se dessèche. Les prés blanchissent, l'arbre est consumé avec son feuillage, et les blés desséchés fournissent eux-mêmes un aliment au feu qui les anéantit... De grandes cités périssent avec leurs murailles ; des nations entières avec leurs peuples sont, par l'incendie, réduits en cendre. Les forêts brûlent avec les montagnes... L'Etna vomit, ses feux redoublés, des flammes démesurées... Phaéton voit, de toutes part, le monde en flammes... Il ne peut plus supporter les cendres et la chaude poussière partout projetée, il est enveloppé de toutes parts d'une fumée brûlante : où va-t-il, où est-il ? dans l'obscurité de poix où il est plongé, il l'ignore, et les chevaux ailés le ballottent à leur gré. C'est alors, croit-on, que les peuples d'Éthiopie, par l'effet de leur sang attiré à la surface du corps, prirent la couleur noire. C'est alors que la Libye, toutes eaux taries par la chaleur, devint aride. Alors les nymphes pleurèrent la perte des sources et des lacs... Le Nil épouvanté s'enfuit au bout du monde, dérobant aux yeux sa source... Le sol se fend sur toute sa surface... La mer diminue de volume ; une plaine de sable sec s'étend où naguère s'étalait le flot ; les montagnes que recouvraient les eaux profondes surgissent... La Terre nourricière des êtres, avec une grande secousse qui ébranla le monde, s'affaissa un peu au-dessous de son niveau habituel... Pourquoi le niveau des mers décroît-il ? Atlas lui-même est à bout de forces, il a peine à supporter sur ses épaules le monde incandescent... Alors le père tout-puissant, ayant pris à témoin les dieux et celui-là même qui avait prêté son char, que s'il ne lui porte secours, le monde entier périrait victime d'un funeste sort, gagne au sommet du ciel le point élevé d'où il a coutume d'envelopper de nuages l'étendue des terres, d'où il met en mouvement le tonnerre et lance la foudre... Il tonne, et brandissant la foudre, il la lança sur le cocher auquel il fit perdre du même coup la vie et l'équilibre, et de ses feux redoutables il arrêta l'incendie. Les chevaux s'abattent et d'un soubresaut tentant de se redresser, ils arrachent leur cou au joug et échappent aux sangles rompues. Ici traînent d'un côté les rênes, là l'essieu détaché du timon, ailleurs les rayons des roues brisées, et les débris du char mis en pièces sont épars au loin.

Quant à Phaéton, ses cheveux rutilants en proie aux flammes, il roule sur lui-même dans le gouffre, laissant dans l'air au passage une longue traînée... Loin de sa patrie, à l'autre bout du monde, le très grand Éridan le reçoit et lave son visage fumant... "

Ce texte d'Ovide, version "moderne" de textes plus anciens est très instructif quand on y lit entre les lignes. Il nous apprend en fait plusieurs choses, bien qu'il mêle parfois le meilleur et le pire. Le pire est sans doute ce qu'il dit sur l'origine de la couleur noire des Éthiopiens ! Il nous apprend par contre que le Nil fut mis à sec, que la Libye devint aride, que le niveau de la mer baissa, que tout fut brûlé, qu'une poussière chaude empoisonna les aliments et qu'ensuite il y eut une période de ténèbres. Il signale également que l'Etna " vomit des flammes démesurées ". On ne peut s'empêcher de faire le rapprochement avec ce célèbre passage de l'Apocalypse dont je parle au chapitre 2 :

" ... une étoile était tombée du ciel sur la terre, il lui fut donné la clef du puits de l'abîme. Elle ouvrit le puits de l'abîme. Il monta du puits une fumée comme d'une grande fournaise et le soleil et l'air furent obscurcis par la fumée du puits... "

On peut se demander à la lecture de ce texte, si un fragment de Phaéton (qui s'appelait Absinthe chez les Hébreux et Sekhmet chez les Egyptiens) n'est pas tombé dans la Méditerranée déclenchant par là même une importante éruption de l'Etna. Cette remarque très intéressante pourrait permettre de dater l'événement (voir le chapitre 19)

Quoi qu'il en soit, ces deux légendes de Typhon et Phaéton, comme celle du Ragnarök, montrent bien comment à partir d'un fait réel marquant, les auteurs de l'Antiquité ont mis sur pied leur mythologie si compliquée, avec ses dieux multiples, ses héros innombrables, ses grands thèmes, sa cosmologie. Il est probable que, sous le manteau du mythe, chaque récit mythologique reprend, transforme et embellit des événements authentiques dont la signification réelle dépassait souvent l'entendement des peuples de l'époque. Mais une chose est sûre, ils savaient bien quand un cataclysme était d'origine cosmique. Les bouleversements terrestres qui en résultaient et les lourdes pertes en vies humaines étaient du concret, pas de l'imaginaire.
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