Michel-alain combes la terre bombardéE version 1 / 2013








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Notes de l’avant-propos

1. P.-Y. Bély, C. Christian et J.-R. Roy, 250 réponses à vos questions sur l’astronomie, Gerfaut, 2008. Un excellent livre de vulgarisation, très bien illustré, qui répond à de nombreuses questions que le lecteur cultivé se pose sur l’astronomie.

2. Ph. de La Cotardière, Dictionnaire de l'astronomie (Larousse, 1996). Le lecteur trouvera dans ce livre de référence de nombreux renseignements sur l'astronomie et son vocabulaire.

3. I. Ridpath (ed.), Oxford dictionary of astronomy (Oxford University Press, 2007). Un excellent dictionnaire collectif d’astronomie de plus de 500 pages et qui comprend 4200 entrées.

4. J. Hermann, Atlas de l'astronomie (Livre de Poche, La Pochothèque, 1995). Atlas très visuel et assez complet qui comprend une liste de symboles et d'abréviations concernant l'astronomie.

5. H. Breuer, Atlas de la physique (Livre de Poche, La Pochothèque, 1997). Comme le précédent, cet atlas est très visuel et complet. Il y a beaucoup à apprendre pour les non-spécialistes.

Couverture

Cette illustration, due au dessinateur Sunu Fecit, date de 1857. Elle a été reprise par un grand nombre d’auteurs depuis plus de 150 ans. C’est la partie principale d’une carte postale, intitulée " Actualités Astrologiques " et sous-titrée " Apparition Foudroyante et Désastreuse de la Comète du 13 Juin 1857 ", destinée à ridiculiser certains astronomes de l’époque qui avaient annoncé la venue d’une grande comète qui risquait de heurter la Terre.

Depuis une dizaine d’années, on attendait le retour de la grande comète de 1556, dite comète de Charles Quint (et qui l’avait poussé à abdiquer). Certains astronomes croyaient alors à une identité probable avec la grande comète observée en 1264, et donc à une période de révolution légèrement inférieure à 300 ans. Des prophètes en avaient profité pour annoncer la fin du monde. En fait, la comète de 1857 était imaginaire puisque les comètes de 1264 et 1556 étaient deux comètes différentes.

Les pages 2 et 3 de couverture reprennent une illustration célèbre, utilisée par Camille Flammarion dans plusieurs revues à l’époque de la parution de son livre La fin du monde, qui montre la destruction de la Terre par une comète. Paris est submergée par un tsunami.

Première page

Depuis l’Antiquité et durant tout le Moyen Age, les comètes ont toujours fait peur aux hommes. Le dessin de la première page montre une grande comète au Moyen Age qui a terrorisé la foule inculte et peureuse, persuadée que c’est Dieu qui lui envoie une messagère malveillante pour la punir, ou tout au moins pour la mettre en garde. A quatre pattes, elle implore Sa clémence, Son pardon et accepte Son pouvoir, et par délégation celui de la sacro-sainte religion qui Le représente sur Terre et qui règne donc en maîtresse absolue. La parole des savants est inaudible, la science immobile. L’obscurantisme est roi...
INTRODUCTION

LE RENOUVEAU
DES IDÉES CATASTROPHISTES


Réhabilitation d'un concept scientifique

On peut vraiment se demander pourquoi cette réalité incontournable qu'est le catastrophisme, qu'il soit d'origine cosmique ou d'origine purement terrestre, n'a émergé seulement que dans le dernier quart du XXe siècle, en dépit de la réticence de chercheurs trop conservateurs.

Il suffit de se rappeler deux précédents, tristement célèbres, pour mieux saisir les raisons de ce retard incompréhensible pour un esprit rationnel. Il y a seulement 250 ans, les savants, parmi lesquels l'illustre Lavoisier (1743-1794), refusaient systématiquement d'admettre l'origine cosmique des météorites (1), contre toute logique et malgré des preuves irréfutables accumulées depuis plus de 3000 ans. Il y a moins de 70 ans, l'origine cosmique du Meteor Crater de l'Arizona était elle aussi contestée, niée même, par une majorité de "spécialistes" et les astroblèmes étaient systématiquement ignorés. On se demande toujours pourquoi ces "verrous psychologiques" ont mis tant de temps à sauter. C'est exactement la même chose avec l'impactisme et le catastrophisme.

Cependant, deux générations de nouveaux chercheurs ont suffi pour balayer les doutes et surtout pour laisser la science "respirer", chercher et trouver les preuves indispensables. Après les preuves, on passe aux causes et aux conséquences, et tout s'éclaire enfin. La révolution technologique aidant (l'apport de l'informatique, des satellites et des instruments modernes surtout), c'est la science elle-même qui a fait progressivement sa révolution, avec le renouvellement des chercheurs. On sait que les anciens ne veulent pas ou ne peuvent pas remettre en question leurs certitudes. Du coup, le catastrophisme, qui avait une image de marque assez désastreuse depuis Georges Cuvier (1769-1832) et ses disciples, qui étaient catastrophistes mais surtout fixistes (2), c'est-à-dire en fait créationnistes, a refait surface progressivement comme un concept scientifique régénéré et tout à fait crédible (crédible tout simplement car reflet indiscutable de la réalité).

Je précise une chose pour éviter toute ambiguïté malvenue : ce livre est tout le contraire d'une étude procréationniste. A mes yeux, comme à ceux d'une majorité de chercheurs actuels, le catastrophisme scientifique et son ersatz créationniste sont totalement antinomiques, même si le terme générique de catastrophisme, qui n'est pas dû à Cuvier d'ailleurs qui parlait seulement de "révolutions du globe", mais au géologue et philosophe anglais William Whewell (1794-1866), peut paraître effectivement un peu ambigu, compte tenu de son histoire douteuse. Mais comme il reste utilisé (à juste titre selon moi), je l'utilise aussi, mais sous son aspect uniquement scientifique (sauf précision expresse). Je participe donc, à mon niveau et avec d'autres, à sa réhabilitation que l'on veut croire définitive.

La science fait sa révolution permanente

Depuis soixante ans, les connaissances scientifiques ont fait un bond absolument extraordinaire et de nombreux nouveaux concepts ont fait leur apparition, imposés par les observations et les analyses des données toujours plus nombreuses et plus précises. Pour certaines sciences on peut vraiment parler de révolution. Des disciplines aussi diverses que l'astronomie, la physique, l'astrophysique, la cosmochimie, la géophysique, la géologie, la paléontologie, la biologie et d'autres encore se sont trouvées régénérées.

L'exploration spatiale, qui était une chimère au début des années 1950, a connu une réussite impressionnante et aujourd'hui tous ces merveilleux clichés des planètes voisines, envoyés par les sondes spatiales, nous sont familiers et figurent dans tous les livres de sciences. L'informatique, a elle aussi connu un développement incroyable, permettant d'effectuer des calculs de plus en plus complexes et des simulations souvent décisives pour tester les différents modèles en concurrence. Le simple astronome amateur peut faire aujourd'hui ses propres calculs et apporter sa modeste pierre, surtout dans les domaines délaissés par les professionnels, comme la chasse aux comètes et l'observation des étoiles doubles et variables. Enfin, toutes les sciences ont vu leur instrumentation se perfectionner dans des proportions inimaginables et les ingénieurs se sont surpassés pour inventer de nouveaux outils, toujours plus perfectionnés et plus efficients, qui repoussent les limites de l'impossible.

Les astronomes et les astrophysiciens ont été les témoins de cataclysmes cosmiques très divers, comme le volcanisme hallucinant qui transforme la surface de Io, le satellite de Jupiter, en quelques siècles seulement, la fameuse explosion de la supernova du 24 février 1987 dans le Grand Nuage de Magellan et enfin, et peut-être surtout, la fantastique collision de la vingtaine de fragments de la comète brisée Shoemaker-Levy 9 sur Jupiter en juillet 1994 (3), qui d'après les statisticiens n'avait pas une chance sur cent milliards de se produire. Et pourtant ! La nature n'a que faire des statistiques humaines... Ces trois cataclysmes ont bien montré que nous vivons dans un Univers violent en permanence, dans lequel le cataclysme est la règle et non l'exception. Le troisième a rappelé que l'impactisme planétaire est une réalité de toujours et non pas seulement du passé.

Obligatoirement, et en toute logique, les théories catastrophistes, qu'elles soient cosmiques ou terrestres, ont bénéficié d'un regain de faveur, de crédibilité. On connaissait par l'observation les astéroïdes et les comètes qui frôlent la Terre, on a identifié les cratères qu'ils forment sur notre planète, les astroblèmes, grâce aux satellites et sur le terrain par la signature caractéristique du métamorphisme de choc. La Terre elle-même est une planète violente en permanence, et on a pu expliciter le volcanisme et les tremblements de terre avec précision, grâce notamment à la tectonique des plaques.

Enfin, la décennie 1980 a vu une extraordinaire compétition scientifique entre les différentes équipes de chercheurs de diverses spécialités pour résoudre le fameux problème de l'iridium surabondant dans la fine couche géologique séparant le crétacé du tertiaire (la couche K/T), mis en lumière par les deux Alvarez et leurs collègues (4). Réussite complète et pour tous : astronomes, géologues, volcanologues et aussi paléontologues sont d'accord aujourd'hui pour dire qu'un astéroïde (ou une comète) s'est écrasé(e) sur la Terre il y a 65 millions d'années. Les dinosaures et l'astroblème mexicain de Chicxulub ont un point commun, totalement insoupçonnable jadis : les uns ont été détruits alors que l'autre a été formé par le même objet. Les conséquences de cette collision cosmique sont énormes, presque démesurées, compte tenu du diamètre (10 km environ) de l'objet responsable, comme je l'expliquerai en détail aux chapitres 12 et 15.

On le sait depuis toujours : pour exister et être crédible, une théorie a impérativement besoin de l'appui d'observations incontestables. La fin du XXe siècle aura été particulièrement bénéfique pour les catastrophistes des différentes sciences. Tous, chacun dans sa "sphère", ont marqué des points décisifs. C'est cette histoire que je raconte dans les différents chapitres de ce livre qui peuvent être lus séparément. Comprendre ce qui s'est réellement passé à chacune des grandes étapes de la Terre et de la vie qu'elle abrite, c'est la quête sans cesse renouvelée des scientifiques. Le catastrophisme, même s'il n'est pas seul en cause, s'annonce comme un moteur essentiel de l'évolution de la matière et aussi de celle du monde vivant. Une réalité dure à admettre pour beaucoup de chercheurs de certaines disciplines qui connaissent mal, ou pas du tout parfois, les données astronomiques du problème.

De la science-fiction à la réalité de demain

Le film "catastrophe" américain Meteor, sorti sur les écrans en 1979 et tiré du roman du même nom (5), a popularisé il y a déjà plus de trente ans le thème d'une Terre sous la menace de corps célestes susceptibles de rayer la vie, sinon totalement, du moins partiellement, sur notre planète. Le ciel a toujours fait peur. Il effrayait déjà nos ancêtres, et pas sans raisons, nous le verrons au chapitre 19, mais aussi plus récemment, dans l'Antiquité, au Moyen Age et au cours des siècles suivants.

De nos jours, depuis la découverte d'astéroïdes comme Hermes, Asclepius et Toutatis qui ont frôlé la Terre au XXe siècle, et encore plus depuis la découverte en 2004 d'Apophis qui va la frôler en avril 2029, on sait qu'un impact reste toujours possible. L'armée américaine, elle-même, consciente que le danger est réel et garante de la sécurité des populations, a pris le problème en main au début des années 1990 pour traquer "l'ennemi extérieur" et envisager tous les moyens nécessaires pour parer à un impact d'envergure annoncé. Annoncé, car les astronomes peuvent parfaitement être pris au dépourvu avec un objet menaçant être repéré trop tard, on l'a bien vu en 1908 avec le cataclysme de la Toungouska.

En 1979, le film Meteor a eu un excellent effet pédagogique auprès du public qui ignorait souvent tout du problème et souvent ne voulait rien en connaître. La vedette de ce film est un météore (en fait un astéroïde) de 7 km de diamètre qui fonce dans l'espace à 40 000 km à l'heure, soit à la vitesse de 11 km/s (ce qui n'a rien d'excessif, la vitesse moyenne acceptée pour ce genre d'objets étant de 20 km/s) et qui a pour cible la Terre. Sa force de frappe, prodigieuse, équivaut à environ 2 500 000 mégatonnes de TNT. Ce météore annonciateur de l'Apocalypse est précédé sur son orbite par une nuée d'objets plus petits (des météorites, de plusieurs dizaines de mètres pour certaines) qui causent déjà toutes sortes de misères et d'importants dégâts sur notre planète (impact en Sibérie, destruction d'un village dans les Alpes autrichiennes, raz de marée de 35 mètres de haut qui dévaste Hong Kong suite à un impact dans le Pacifique, destruction de New York (6)). Heureusement, les deux super-grands de l'époque (États-Unis et URSS), d'accord pour une fois, envoient leurs fusées nucléaires stationnées en orbite autour de la Terre vers le gros météore en un tir groupé, libérant assez d'énergie pour le dévier sur une orbite sans danger pour notre planète. La fin du monde est ainsi repoussée à plus tard, et les populations terrorisées peuvent se remettre de leurs émotions et reprendre leur vie normale.

Plus récemment, en 1993, le célèbre auteur de science-fiction britannique Arthur Clarke (1917-2008) a écrit un passionnant petit livre : Le marteau de Dieu (7), dans lequel il raconte l’histoire d’un astéroïde de 1,5 km de diamètre moyen, baptisé Kali, pour la déesse de la mort et de la destruction dans la mythologie hindoue, qui fonce vers la Terre et que les hommes du XXIIe siècle essaient de dévier sur une orbite sans danger pour notre planète. Comme le raconte Clarke dans son roman :

" Les hommes ont tout prévu… sauf l’imprévisible ! " (8)

En exergue de son livre, il dit également ceci :

" Tous les événements situés dans le passé se sont effectivement produits aux lieux et époques indiqués ; tous ceux situés dans le futur se produiront peut-être. Un seul est inéluctable : tôt ou tard nous rencontrerons Kali. " (9)

Kali, pour Clarke, c’est l’objet cosmique d’envergure qui obligatoirement se retrouvera dans les siècles à venir sur une orbite de collision avec la Terre et la percutera si l’homme n’intervient pas. C’est déjà lui qui, en 1973, dans son célèbre roman Rendez-vous avec Rama (10), avait imaginé la création d’un système international de surveillance, nommé Spaceguard, destiné à repérer tout astéroïde ou comète s’approchant un peu trop près de la Terre ou même tout vaisseau interstellaire pénétrant dans le Système solaire. Clarke a été entendu et Spaceguard existe aujourd’hui, c'est un réseau de télescopes automatiques spécialisés dans la détection d’objets célestes dangereux, s’avérant indispensable pour recenser tous les astéroïdes potentiellement dangereux pour la Terre, objets dont on ne connaît encore que quelques pourcents du total.

Tous ceux qui qui ont vu Meteor, ou plus récemment Deep Impact ou Armageddon, les deux grands films parus sur le même sujet en 1998, ou qui ont lu Le marteau de Dieu, ou un autre livre du même genre, se sont posé ces questions : " Une telle collision est-elle possible dans la réalité ? avec quelles conséquences principales ? ". Depuis le début des années 1950, la théorie de l'impactisme terrestre répond à ces questions. Aujourd'hui, on sait sans aucune équivoque que la réponse est oui. Cette éventualité est non seulement possible, mais certaine à l'échelle astronomique.

Arthur Clarke, bien connu pour son sens du raccourci, a résumé en une seule phrase la conséquence essentielle du cataclysme d’origine cosmique qui a eu lieu il y a 65 MA et auquel est consacré le chapitre 12 :

" L’horloge de l’évolution remise à zéro, le compte à rebours menant à l’homme pouvait commencer. " (11)

J'étudierai dans ce livre les différents aspects et les données chiffrées du problème, et le lecteur non scientifique, peu au courant préalablement et sans idées préconçues, ne pourra qu'être étonné par les résultats de cette enquête. Une chose est sûre : à la lumière de tous chiffres actuellement disponibles, le pire paraît plus probable qu’il y a trente ans. Le marteau de Dieu ne fait que raconter la réalité de demain.
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