THÈse pour obtenir le grade de Docteur de l’Université Paris 8








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1/ Lieu de la mémoire historique 


L’écriture de l’Histoire suppose, selon notre auteur, la création d’un lieu porteur d’une mémoire à la fois individuelle et collective ; il est vrai que l’absence de lieu implique une absence d’Histoire, comme l’affirme aussi l’historien contemporain Pierre Nora dans Les lieux de la mémoire : « Il faut qu’il y ait un lieu, ou le créer, pour qu’il y ait une mémoire emportée par l’Histoire »1.

À la lumière de cette réflexion, nous pouvons mieux comprendre la démarche personnelle de Salim Bachi qui consiste à créer un cadre spatial afin de l’interroger et d’interroger à travers lui la nation algérienne. En effet, pris dans un contexte historique marqué par la violence, l’auteur fait évoluer les personnages de ses romans dans un lieu concret où les obsessions et les conflits actuels, encore irrésolus, continuent à ronger la société algérienne et menacent sans cesse l’identité de l’individu. Il crée donc Cyrtha pour situer et se réapproprier l’histoire de son pays. C’est une ville aux nombreuses résonances à la fois historiques, culturelles et mythiques. Elle est inspirée des villes algériennes modernes mais aussi des cités antiques. L’auteur y rend « lisibles », à sa façon, des lieux réels, ce qui nous permet de le situer comme un authentique écrivain moderne.

Cette lisibilité est largement décrite, en particulier par Bertrand Westphal, dans son ouvrage La Géocritique ; il y consacre un chapitre qu’il nomme « La lisibilité » qu’il attribue aux lieux. Il y met l’accent sur l’importance que le texte accorde à la construction de l’espace et va plus loin en analysant l’interaction de ce texte avec cet espace. Tout ceci lui permet d’énoncer une nouvelle théorie qui, contrairement à ce qui était le cas dans la littérature classique, dit que, maintenant, c’est le texte qui donne naissance à l’espace et non le contraire. En d’autres termes, l’écrivain est devenu « l’auteur de sa ville ».

Toutefois, l’un des problèmes majeurs auquel reste confronté l’écrivain postmoderne dans l’ancrage de son lieu littéraire est la façon de le construire. La ville de Paris, par exemple, existe dans la réalité, fascine, attire et sert de source d’inspiration à beaucoup d’écrivains français ou étrangers. Les auteurs qui représentent la capitale française dans leurs écrits tirent leur inspiration du même réel ; mais, chaque réalisation est singulière. Cette structure urbaine a partie liée avec ce que Bertrand Westphal appelle la lisibilité du lieu. Cette dernière est une visibilité originale faite de la transparence de la ville avec ses grands boulevards et ses axes de communication qui offrent de larges vues panoramiques aux piétons.

Pour comprendre cela, il faut revenir sur l’acception de ce concept. Bertrand Westphal définit la lisibilité en fonction d’une seule ville, la ville réelle que l’écrivain a longtemps fréquentée et qui l’inspire. Il montre l’efficacité de son approche géocritique à travers l’exemple de Paris : le Paris de pierre et le Paris couché sur papier chez trois écrivains Italo Calvino, Georges Perec et Umberto Eco. On est, ici, confronté à trois Paris différents. À travers cet exemple, Bertrand Westphal, en fait, nous montre la façon dont procède chaque auteur dans la représentation et la réappropriation du lieu en question et, plus loin encore, la relation que l’auteur entretient avec sa ville. Avant qu’il ne transforme son lieu en fiction, l’écrivain en a, déjà, une idée soit parce qu’il y a été réellement, soit parce qu’il le connaît au travers de ses lectures1. À ce sujet, Italo Calvino nous dit : « Avant d’avoir été une ville du monde réel, Paris a été pour moi, comme pour des millions d’autres personnes de tous pays, une ville imaginée à travers les livres, une ville que l’on s’approprie en lisant »2. Chez cet auteur, nous déduisons que la lecture de documents sur la ville précède la construction du texte qui décrit le lieu. Elle constitue même le point de rencontre entre le lieu et le texte.

Dans tous les cas de figure, une construction littéraire part toujours d’un lieu réel qui, par la suite, devient intériorisé. Deux réalités se confondent pour n’en faire qu’une, la réalité et la fiction qui participent à la représentation du lieu. Ainsi, pour rendre lisible ce qui, dans la réalité, échappe à notre lisibilité, il faut déconstruire le réel, le déréaliser et proposer une nouvelle lecture du lieu en question. L’écriture permet donc d’en avoir une vision personnelle. La ville « inventée » devient, en quelque sorte, une « réalité inventée» grâce au talent de l’auteur. Cela veut dire que la ville résiste à sa mise en récit littéraire et qu’elle demeure pour l’auteur comme pour le lecteur « réelle ».

On peut appliquer le concept de lisibilité aux romans de Salim Bachi. En effet, ce dernier travaille ce concept, mais non pas tout à fait, au sens où Bertrand Westphal l’emploie.  Pour ce théoricien, la lisibilité des lieux réside dans la représentation d’une seule ville alors que chez Salim Bachi, il s’agit d’une « lisibilité plurielle » ou multilisibilité. Nous prolongeons ainsi la pensée de Bertrand Westphal avec la création du concept de multilisibilité. Comme son nom l’indique, c’est une multilisibilté qui s’exprime dans une référence à de « multiples » lieux, antiques et modernes à la fois. Dans tous les cas de figure, c’est un univers pluriel, mais surtout provisoire puisque changeant. Voyons donc ce qu’il en est.

1/1 La référence aux lieux antiques 


Dans sa démarche historique identitaire1, Salim Bachi déploie une lisibilité plurielle qui fait référence à part égale à une topographie ancienne et moderne. Dans le premier cas, il recrée une ville à l’image des cités antiques, ces cités éternelles et tragiques qui ont marqué, à travers les siècles, l’Histoire et la mémoire de l’humanité. En ce sens, en nous référant à son premier récit Le Chien d’Ulysse, nous allons nous apercevoir que Cyrtha, bien qu’elle soit d’abord décrite comme un lieu moderne2, a conservé des marques du passé. Il nous paraît nécessaire de préciser, ici, que ce passé tragique doit être identifié puisqu’il est à l’origine de la construction du monde cyrthéen d’aujourd’hui. Il nous semble, donc, logique dans notre analyse d’identifier ces villes anciennes qui vont nous renvoyer très clairement aux événements actuels de l’Algérie, en particulier, la guerre civile des années 90.

Commençons par l’identification des villes anciennes grecques, Thèbes, Troie et Ithaque1. La ressemblance de Cyrtha avec Thèbes2 est manifeste à travers le discours tenu entre le narrateur principal, Hocine, l’ami du narrateur, Mourad et le commandant de la Force militaire, Mout3. Ces trois personnages parlent de la guerre civile qui envahit et déchire leur pays dans les années 90 et s’interrogent sur les origines de ce conflit. L’un d’entre eux, Hocine, finit par dire :

« La peste […]. L’antique peste […]. Tu le vois comme nous, Thèbes, prise dans la houle, n’est plus en état de tenir la tête au-dessus du flot meurtrier. La mort frappe dans tous les troupeaux de bœufs, dans ses femmes qui n’enfantent plus la vie. Une déesse porte-torche, déesse affreuse entre toutes, la peste, s’est abattue sur nous, fouillant notre ville et vidant peu à peu la maison de Cadmos, pendant que le noir enfer va s’enrichissant de nos plaintes, de nos sanglots. »4

Dans cet épisode emblématique, le phénomène de l’intégrisme ronge et paralyse le pays, comme la peste d’antan qui avait ravagé la cité grecque. En effet, cette ville devient une femme/mère qui dévore ses propres enfants en même temps qu’elle accouche de la mort. Ainsi, par cette comparaison, l’auteur dénonce la violence de la guerre civile que subit sa ville en accentuant la cruauté de l’actualité historique à travers la personnification de Cyrtha. Cela renforce notre réflexion de départ, à savoir que Cyrtha est une ville de chaos et de mort. On ne peut pas ne pas penser, ici, à l’Œdipe Roi5 de Sophocle, l’une de ses pièces tragiques de la Grèce ancienne.

Ensuite, l’auteur semble à l’évidence comparer sa ville à Troie par le biais de la vision prophétique d’un de ses personnages, le journaliste Hamid Kaim. S’imposent à ce dernier, sous l’effet de l’opium, des visions pessimistes liées au sort funeste de Cyrtha. Il se met alors à réciter :

« Le temps viendra où des hommes s’introduiront chez vous à faveur de la nuit pour exiger leur livre de chair. Reprit-il. […] Comment se soustraire au chant dont l’écho abyssal affleurera comme un continent des profondeurs de tout un peuple, précipitant les plus faibles sur les falaises de Cyrtha, entraînant les plus sourds sur les routes du monde pour un voyage d’éternel exil, celui de la parole captive, dérobée, engloutie ? Ils se prendront pour des dieux, marcheront sur la terre à la rencontre de leurs doubles monstrueux et sèmeront la désolation. Et Cyrtha brûlera à l’instar des villes que l’obsession dévore comme un mal pernicieux.»1

Cela nous semble très éclairant car l’auteur raconte à sa manière l’un des épisodes de la chute de cette cité antique. Il évoque alors la chute de la nouvelle Troie algérienne, victime du terrorisme et de l’intégrisme à travers des images utilisées jadis par les auteurs tragiques (citons, par exemple, Les Troyennes d’Euripide2) pour décrire les actes violents de ces terroristes. Nous citerons, à titre d’exemple, le fait de précipiter des enfants du haut des remparts pour supprimer toute vengeance dans l’avenir ou ce qu’il appelle l’« éternel exil », c’est-à-dire la mise à l’écart définitive des rebelles. À travers ces images pessimistes, Salim Bachi rend compte de la réalité des faits et des conditions horribles dans lesquelles vit le peuple cyrthéen.

Par ailleurs, nous remarquons que dans cette prophétie de malheur qui se traduit par l’usage de nombreuses « prolepses », selon le mot de Gérard Genette, il donne l’impression à son lecteur que cette ville sombrera dans le chaos éternellement. Cette idée est renforcée par l’emploi du futur. En effet, ce futur inscrit cette ville dans un temps qui semble ne jamais devoir finir. De plus, nous sommes dans le monde de la divination tragique, ce qui suppose que ces évènements « anticipés » s’accompliront de façon certaine malgré tous les efforts des hommes : cette divination est le signe du prolongement de la violence originaire du monde qui condamne l’Histoire à une éternelle répétition.

Enfin, Cyrtha, tel un « cancer de pierre », est assimilée à Ithaque à travers la rencontre d’Hocine avec un fou cherchant vainement son « île perdue ». Pendant la nuit, alors qu’il traverse la rue en se dirigeant vers la mer, le fou lui demande :

« […] Sais-tu où se trouve Ithaque ?

Non, je ne savais pas.

Il tremblait de tous ses membres, prêt à défaillir. Sais-tu où se trouve Ithaque ?

Elle est bien loin encore, répondis-je, espérant le faire taire.

[…] Je cherche Ithaque ! Hurla le fou […]. Le fou continuait à hurler : Ithaque ! Ithaque ! Ithaque ! […] Ma patrie ! Ma chanson ! Rugit le fou. »1
L’auteur convoque la figure du marin odysséen à travers l’écriture intertextuelle. Or, Ulysse « aux mille tours », l’ingénieux, a perdu toutes ses qualités de héros. Il devient ce fou, privé de toute ruse. Bien qu’il ait perdu la raison, il se souvient encore de sa patrie et tente de la retrouver. Bien entendu, à travers l’ironie du ton et la transformation du récit homérique, l’auteur ne songe nullement à parodier ce chef-d’œuvre de la littérature occidentale. Au contraire, il s’en sert pour montrer qu’en temps de crise, c’est-à-dire au moment de la guerre civile, le retour vers Ithaque, ce lieu du commencement de la mémoire historique et de l’identité de l’être, ne se fait que par le biais du délire 2, « cette folie […] qui nous relie à un principe transcendant »3.

Outre ce passage qui montre que Cyrtha est Ithaque, on pourrait rapprocher la ville de Salim Bachi de celle d’Ulysse par un jeu grammatical (proche de l’anagramme) en séparant les lexèmes puis en les déplaçant comme suit :

CYRTHA C / Y / R / THA Y/ THA/C[k] R
Ainsi, nous remarquons que ces villes antiques sont évoquées et représentées soit par leur géographie soit par le recours au jeu de mots, c’est-à-dire à la nomination, comme nous avons pu le constater pour la ville d’Ithaque4. Du reste, l’auteur explique que la mythologie, la culture et la géographie grecque ont souvent influencé son écriture, notamment dans la création des espaces de ses récits fictionnels ; c’est un moyen, pour lui, de prendre une distance originale par rapport aux lieux réels dont il est l’écrivain et non le témoin :

« La Grèce a largement influencé la géographie de son œuvre littéraire. L’auteur avoue avoir commencé à lire sérieusement le mythe d’Ulysse dans l’Odyssée […]. La quête de ce socle mythique dans la modernité a séduit l’auteur, qui l’a appliquée à l’espace algérien […].»1

Mais, au-delà du côté subjectif et pour répondre à notre interrogation sur le choix et la représentation de ces villes, la première remarque que nous pouvons faire est qu’il s’agit de villes antiques, mais aussi de villes gardiennes de la mémoire humaine. Ensuite, Thèbes et Troie sont, comme chacun le sait, des cités au destin funeste. En effet, la première a été maudite par les dieux et a été ravagée par la peste et la seconde a brûlé toute une nuit, une « nuit éternelle »2, selon l’Andromaque de Racine. Elles sont un présage de tragédie et de mort. La présence d’Ithaque a, pour nous, le sens d’une remontée dans le temps le plus lointain, mais aussi, d’une volonté, nous semble-t-il, de poursuivre une quête d’identité au fil de la mémoire et de l’Histoire.

Revenons maintenant à Cyrtha. L’auteur cherche à faire ressembler sa ville aux cités qui incarnent le chaos parce que la ville moderne, à l’image de ces cités, est fondée sur la violence et subit le sort tragique de la guerre civile qui déchire tout le pays. Cette guerre atroce, ainsi décrite, n’est, en fin de compte, qu’une continuité de la violence qui ronge l’Algérie depuis plus de deux millénaires déjà. Un des personnages du roman nous l’explique :

« Maintenant nous avons rétabli le geste. Par une ironie de l’Histoire, nous avons à nouveau initié le cycle de la violence. Deux mille ans de guerres incessantes. De notre passé profond surgit l’appel du sang et des larmes. »3

Par ailleurs, dans cette tentative pour remonter le temps jusqu’aux cités anciennes par le biais de Cyrtha, Salim Bachi remonte aux origines en racontant les trois millénaires de l’histoire de son pays dans un lieu bien précis. Le retour vers ce passé douloureux impose à notre réflexion une autre question : comment l’auteur retourne-t-il vers ce passé visiblement très lointain et met-il en scène cette quête ?

C’est le fou qui, regagnant Ithaque et en se prenant pour Ulysse, va nous donner la réponse. En effet, ne cherche-t-il pas ainsi à retourner dans ce passé, en quête des origines et à « retrouver son chemin à travers les méandres de son esprit » ? Le passé est le lieu originel de la réception de l’Histoire et le gardien de la mémoire collective, mémoire enfouie et, par moment, déniée mais cependant toujours recherchée. Par cette expression « re-trouver le nœud premier », l’auteur n’interpelle-t-il pas son lecteur et ne l’oblige-t-il pas à porter une réflexion profonde sur ce passé pour mieux l’appréhender et le dépasser par un effort de la mémoire humaine qui libère du poids de l’Histoire ? Tout compte fait, ce fou « raisonnait juste ». Ainsi Cyrtha représente le lieu-source de la mémoire historique. Pour pouvoir écrire l’Histoire, ne faut-il donc pas retrouver ce lieu originel qui, seul, peut délivrer la conscience humaine de ce qui l’entrave, une conscience « marquée par la guerre et le sang » ?

De ce point de vue, nous constatons que Cyrtha ne ressemble pas seulement à ces cités antiques mais finit par les incarner. Cela fait d’elle une cité dont la grandeur est égale aux cités antiques de la tragédie grecque. La ville de Salim Bachi est, nous semble-t-il, tour à tour Ithaque (la ville-mémoire), Troie (la ville éternelle) et Thèbes (la ville maudite). Concernant cette dernière, une question nous vient à l’esprit ; nous sommes dans le monde maudit de la tragédie : la faute d’Œdipe et la malédiction qui frappent sa cité auraient-elles fini par atteindre l’Orient ? Mourad, l’ami du narrateur, nous donne à sa façon la réponse : « l’aile du tragique s’est abattue sur nous »1.

La ville de Cyrtha – qui plonge ses racines jusque dans l’histoire ancienne – donne l’impression qu’elle est à tout jamais ancrée dans l’époque antique, même si la guerre civile des années 90 que connaît l’Algérie appartient à un passé récent.

1/2 La référence aux villes algériennes modernes 


Comme nous l’avons montré précédemment, Cyrtha est donc le lieu originel de la mémoire et de l’Histoire. Certes, c’est une ville marquée par les traces du passé, mais l’auteur fait d’elle aussi un lieu moderne qui engendre et enferme toutes les violences actuelles. Cela nous amène à nous demander quel est le rapport de ce lieu moderne à l’histoire. Comment participe-t-il à l'écriture de l’Histoire ?

Pour répondre à ces questions, précisons que la ville de Salim Bachi où errent ses personnages présente des ressemblances historiques et physiques avec des villes algériennes modernes. C’est surtout dans son premier roman, Le Chien d’Ulysse, que nous pouvons identifier les lieux dont il est question.

Ainsi, en suivant l’itinéraire emprunté par le narrateur principal Hocine lors de ses pérégrinations dans cette ville, nous allons voir que l’espace dans lequel il se déplace est construit à partir d’éléments renvoyant à des lieux d’Algérie réels et reconnaissables. Elle est en fait la jonction de trois villes.

Nous pouvons d’abord identifier Alger1 à travers la gare par le biais des descriptions que nous fait partager le narrateur : « La gare de Cyrtha, une vaste salle dont le plafond peint de fresques : des mineurs et des métallurgistes travaillent, le sourire aux lèvres […] » ou alors : « L’horloge de la gare, dressée, implacable, pointe vers le ciel »2.

Ensuite Constantine3 est reconnaissable grâce à ses ponts qui relient entre elles les artères de la ville, grâce aussi à ses ruelles étroites et labyrinthiques et son fameux Rocher : « Plusieurs ponts relient les ravins entre eux y tissant une toile infinie sur les habitants du Rocher, captifs, emmurés dans le dédale de ses rues, enfouis dans les entrailles de ses venelles »4.

Pour finir, Annaba5 est reconnaissable grâce à la peinture de son port, de la mer et des nouvelles constructions : « Les maisons basses, construites sur le même plan, les immeubles, carrés, rectangulaires, blancs, jaunes ou gris […] et surtout la mer infinie écumeuse, qui projette ses embruns sur les vitres se dessinent les arabesques sur le sable ocre ». La boîte de nuit, Chems el Hamra6, évoquée dans Le Chien d’Ulysse, est également bâtie sur un rocher : « Chems el Hamra nichait à quelques kilomètres du cap, sur une colline surplombant la mer »7. Mais on la reconnaît surtout grâce au discours de différents protagonistes du roman qui racontent à l’envie un assassinat tragique qui nous renvoie très naturellement à l’assassinat du président Mohamed Boudiaf8, le 29 juin 1992, au Palais de la Culture d’Annaba.

À ces références à des cités réelles d’aujourd’hui s’ajoute une intertextualité romanesque incluant encore d’autres villes contemporaines. On peut, par exemple, reconnaître Oran à travers une allusion à la ville-labyrinthe de La Peste9 d’Albert Camus.

Ainsi, comme nous le remarquons, ces villes avant qu’elles ne soient décrites par Salim Bachi sont d’abord des lieux réels de l’Algérie actuelle. Elles sont, aussi, des lieux-mémoires en raison de leur riche et longue histoire. L’auteur n’a-t-il pas convoqué toutes ces villes et ne s’en est-il pas inspiré pour construire son espace fictif  et l’inscrire dans une période postmoderne? L’inspiration des paysages réels de son pays qui ouvre en termes de géocritique à une multilisibilité contemporaine – dirions-nous – est un élément constitutif du travail romanesque de cet auteur.

Prenons pour exemple la ville de Constantine. Un lecteur qui connaît l’histoire de cette ville ne peut pas manquer de penser que Cyrtha est métaphoriquement Constantine qui, à l’époque des Numides, s’appelait Cirta. Il faut, en effet, attendre l’année 311 pour que les Romains lui donnent le nom de Constantine. Par Cirta et Constantine, nous remarquons que trois périodes historiques sont présentes, la période pré-coloniale, coloniale et post-coloniale ; ainsi cette ville rassemble-t-elle à sa façon toute l’histoire de l’Algérie.

Il convient de rappeler que, si Constantine ou toute autre ville existe dans la réalité de manière située et unique, toutefois leur représentation demeure multiple et différente parce que chaque auteur les construit et les intériorise à sa manière. De la même façon, la lecture de ces lieux réels et donc multilisibles change à chaque fois à travers le regard du lecteur, ce qui donne une dimension et une signification sans limite aux lieux décrits.

Cette multilisibilité est possible dès les premières pages de l’ouvrage Le Chien d’Ulysse. On peut y lire d’abord, la présence très forte de l'auteur, probable annonce d’un parcours identitaire. Les mots employés sont violents et expriment avec force la façon dont Salim Bachi est personnellement touché par les malheurs de son pays. Il y est en effet question de mendicité, d’engloutissement, d’écrasement, d’enfants sales…, signes d’une tragique et perpétuelle condamnation à la violence :

« Forteresse hérissée d'immeubles, de toits aux arêtes vives, où flottent d'immenses étoffes blanches, rouges, bleues, vermeilles, qui dans le ciel s'évaporent et se découpent sur les nuages, oripeaux d'une ville insoumise, indomptable, cité en construction et pourtant ruinée, Cyrtha luit, dominant terres et mers infinies [...]. Dans Cyrtha de longue et triste renommée, ma ville j'en conviens, grouille une humanité dont le passé écrase la mémoire. Ici vont et viennent les marchands de tapis dont le bazar incontrôlé menace d'engloutir sous ses effets trois quartiers [...]. Ici, chante un peuple de vagabonds, d'enfants sales, batailleurs qui mendient le pain d'une journée [...]. »1

Le narrateur-auteur y invite aussi son lecteur à voyager avec lui dans cet espace moderne qui conserve aussi comme arrière-plan les traces du passé. Aujourd’hui, la ville a changé en raison des conflits qui déciment ses habitants. L'auteur nous la présente donc comme une ville pauvre, ruinée et rongée par les scandales qui assaillent la population. Enfin, la précision de la description nous donne même une idée de la géographie de la ville.

L’analyse de la multilisibilité de ces premières pages traduit bien la richesse d’un ouvrage où Salim Bachi s’implique personnellement dans la description de l’histoire de son pays ; une œuvre où se rejoignent la grande et la petite histoire. L'un de ces endroits maudits est incarné par l'hôtel où travaille le narrateur :

« Sur les hauteurs de Cyrtha-Belphégor, à l'endroit où les rues dessinent des cercles concentriques, demeurent les riches commerçants de la ville, les dignitaires d'un régime corrompu, les luxurieux, les avaricieux, les hypocrites, les lâches, les orgueilleux, les traîtres. L'hôtel Hashhash, où je travaille le soir, s'élève dans un de ces cercles […]. »2

Toutefois, les descriptions des lieux de Cyrtha dont nous fait part l’auteur ne sont pas seulement dans les premières pages de son récit. Au contraire, elles sont abondantes et se répètent tout au long du roman, en général au début de chaque chapitre du livre. Ceci nous permet d’abord de confirmer notre réflexion de départ : dans la littérature moderne, le texte donne une forme au lieu, mais il participe en outre à la polysémie de l’œuvre. Ceci est une autre façon de décliner les ressources infinies de la lisibilité des lieux tels que décrits par Salim Bachi : il est l’auteur de sa ville Cyrtha. Ensuite, nous remarquons que les descriptions poétiques dont nous fait part l’auteur expriment le plus souvent un lyrisme noir teinté de tragique et témoignent de la déchéance de la ville en raison de la guerre civile.
De nos jours, Cyrtha se dégrade et se divise en deux populations selon le narrateur : il y a d’abord le haut Cyrtha dans lequel on trouve les soi-disant gens riches c’est-à-dire les corrompus. Ces « nouveaux-riches » sont incarnés par les frères Tobrouk et Mabrouk, propriétaires corrompus de l’hôtel dans lequel travaille Hocine. Le bas Cyrtha, lui, regroupe la partie pauvre de la population, le « peuple vagabond » comme le qualifie le narrateur : enfants sales, mendiants, etc.

Toutefois, les espaces traversés ou observés par le narrateur provoquent dans son esprit une sorte de jeu de mémoire. En effet, nous remarquons qu'à chaque fois le narrateur – qu’il soit seul ou accompagné par un autre personnage – se trouve dans un endroit précis de Cyrtha, des images liées soit au présent, soit au passé de la ville s'imposent alors à son esprit. C'est la topographie et l’architecture mêmes de la ville telle que nous la présente le narrateur qui provoquent ce « jeu de mémoire ». Ainsi, Hocine, lorsqu'il se rend à la gare de Cyrtha, l’endroit où l’attend son ami Mourad, pour emprunter le train et pour se rendre à l’université, s’exprime ainsi :

« Ce train est calamiteux. Il rampe à travers ce début de campagne. Il rampe comme un ver. Ce train a une histoire. Il est vieux. Début des années quatre-vingt, pas si vieux finalement, il a vu les conflits estudiantins. Chauds pour certains. Bagarres entre islamistes et communistes.»1

Par le biais de la personnification du train, l’auteur se sert de cette machine pour convoquer une des périodes les plus sombres de Cyrtha, celle des émeutes meurtrières des étudiants qui éclatent dans les années 802 avec l’émergence du fanatisme religieux. Le train devient l’un des espaces-clés dans la narration pour faire ressurgir l’un des évènements qu’a connu l’Algérie. Un passé proche et douloureux explique et justifie, en quelque sorte, un présent pénible, celui de la montée du terrorisme et de l’islamisme qui participent entre autres au déclenchement de la guerre civile.
Un autre lieu, dans lequel vont se rendre Hocine et son ami Mourad, évoque explicitement ce jeu de la mémoire. Il s’agit de l’appartement de leur professeur de littérature, Ali Khan. L’appartement se trouve au sein de leur université, ce lieu « de savoir et de connaissance »1. Cinq personnages se réunissent dans une pièce de l’appartement et évoquent un événement douloureux, celui du jour de la mort du président algérien. Le narrateur raconte :

« La pièce était de dimensions modestes mais, à cinq, nous y étions à notre aise. Ali Khan et Hamid Kaïm poursuivaient leur discussion à propos de la violence terroriste et de la répression qui s’ensuivait généralement. Je les écoutais. Ali Khan remarqua que ce 29 juin marquait la date exacte de l’assassinat de Mohamed Boudiaf. »2

L’auteur fait de l’évocation de ce lieu l’élément déclencheur de l’histoire du pays en évoquant la mort du président Mohamed Boudiaf. Cet assassinat constitue pour Salim Bachi l’origine et l’éclatement de la guerre civile des années quatre-vingt dix. Par ailleurs, il est intéressant de préciser que, dans cet appartement, le narrateur Hocine va rencontrer pour la première fois le journaliste algérois, Hamid Kaïm. Ce dernier, depuis les émeutes sanglantes d’octobre 1988, a perdu tout espoir en son pays. Sa situation empire à partir du 29 juin 1992 avec l’assassinat du président. Cet acte violent marque donc le passage du pays de la lumière à l’ombre et l’enfermement éternel dans la violence meurtrière pour le journaliste, mais aussi, pour tous ceux qui voyaient et voient en cet homme le sauveur de leur pays.
Aujourd’hui, en ce 29 juin 1996, quatre années jour pour jour après ce terrible événement, Hocine devient le disciple du journaliste, en l’écoutant attentivement raconter l’histoire de leur pays dans cette pièce de l’appartement. A partir de ce moment précis et de cet espace qui devient un lieu symbolique, il va lui-même se livrer à l’errance en s’interrogeant sur tous les événements évoqués par le journaliste. Ce dernier est, en quelque sorte, à l’origine de l’« odyssée » du narrateur dans la mesure où il lui a fait prendre conscience de certaines « vérités » relatives à l’histoire de son pays. Ce voyage tumultueux qu’Hocine accomplit, à l’image de celui du journaliste autrefois, est entre autres celui de la quête de Cyrtha. Ainsi, le retour pénible vers cette ville « plurielle » laisse le narrateur-auteur très perplexe, ce qu’il l’exprime en disant : « ainsi se veut Cyrtha, une recréation, dont on ne sait encore s’il vaut mieux taire la découverte ou poursuivre l’exhumation »3.

Ce jeu de la mémoire, rendu possible par la multilisibilité des lieux modernes, est aussi très présent dans le second roman de l’auteur intitulé La Kahéna1, d’après le nom de la propriété d’un colon ayant vécu sur les « hauteurs de Cyrtha » durant les années vingt. Dans ce roman, Cyrtha apparaît comme l’arrière-plan permettant à Salim Bachi de dire et d’écrire la violence de l’histoire du pays. L’auteur arrive même à en redoubler la mise en scène grâce à une sorte de mise en abyme : la villa agit symboliquement comme un microcosme, une ville dans la ville qui reprend et rejoue une large part de son histoire. En effet, la villa du colon est à la fois un lieu stable qui enferme l’histoire du pays, mais en même temps un lieu instable qui permet le mouvement des personnages. La traversée des pièces de la villa par ces derniers fait ressurgir des épisodes importants d’un lointain passé de l’histoire algérienne. Voici ce qu’Ali Khan2 se remémore, en parcourant les chambres de la maison de l’ancien colon maltais :

« Parcourant les pièces de La Kahéna, rassemblant les membres épars du mobilier, restaurant la vielle maison construite par le patriarche maltais, Ali Khan avait voulu renouer les fils de son histoire. Étrangement, La Kahéna fut édifiée par Louis Bergagna à rebours de son travail de maire, puisqu’elle emprunta au passé de Cyrtha tous les éléments […]. La mémoire des Cyrthéens fit l’objet d’une double confiscation, coloniale d’abord, Louis Bergagna en avait été l’un des artisans, postcoloniale ensuite, les nouveaux maîtres de la ville poursuivirent l’œuvre des prédécesseurs en oblitérant à leur tour les racines enfouies sous les strates des différentes influences, qu’elles fussent africaines, juives et arabes, berbères et romaines, et qui se manifestaient encore à travers le décor de cette maison polycéphale que parcouraient Ali Khan, prenant un plaisir insensé à se perdre en ses arcanes, écartelé entre une délivrance aperçue et les remous oublieux qui œuvraient avec le temps et que les hommes, éperdus de violence, accentuaient par leurs gesticulations haineuses, comme pour mieux fuir une psyché affolée, la leur, devenant ainsi les jouets de leur perverse aptitude à la négation. Tragique ironie, la course d’Ali Khan contre les forces de l’entropie se déroulait vint-six années après l’indépendance de l’Algérie dans la maison d’un représentant exemplaire de la colonisation.»3

Nous remarquons aussi que cette étrange demeure est le double de Cyrtha dans la mesure où elle est, à son tour, un espace chargé d’histoire (s) parce qu’elle garde des traces liées au passé de cette ville. Ceci est manifeste à travers les décorations même de la villa, entre autres à travers les statuettes posées dans chaque pièce. Ces objets sont en effet des éléments qui font partie de l’histoire de ce lieu. Ils symbolisent les différentes invasions qui ont défilé à travers les siècles et portent en eux différentes identités. Ils peuvent devenir ainsi des objets menaçants pour le sujet.
De ce fait, La Kahéna (la villa) devient un lieu historique angoissant1 dans la mesure où elle est la gardienne de la mémoire tragique de Cyrtha. Les histoires errent d’une pièce à une autre avec les déplacements des personnages. En ce sens, la villa emprunte ses caractéristiques de sorcellerie au sens mythique de son nom propre, La Kahéna : une reine et une magicienne berbère qui s’opposa jadis à l’invasion arabo-musulmane. C’est pourquoi, cette villa est transformée en un espace mystérieux, ambivalent, voire même envoûtant.
Nous remarquons que l’implantation même de la villa sur les hauteurs de Cyrtha justifie notre idée sur la division de Cyrtha, dans la mesure où les gens qui habitent les hauteurs de la ville sont de nouveaux riches. Ainsi, dans La Kahéna, nous apprenons par le narrateur que le colon, Louis Bergagna, symbole de la colonisation française, débarque sans sou à Cyrtha, en 1900 et s’enrichit frauduleusement du jour au lendemain. Avant sa mort, il finit par devenir le maire de la ville.

Ainsi, comme nous le constatons, les déplacements d'un lieu à un autre dans les endroits bien précis de la ville, la gare de Cyrtha, l'appartement d'Ali Khan et La Kahéna correspondent à des déplacements dans l'histoire de Cyrtha avec pour arrière-plan l'histoire personnelle de l'auteur. Par un « jeu d'association » entre le lieu et le souvenir, Salim Bachi crée une ville multilisible pour réactualiser et faire ressurgir le passé lointain (en particulier l'histoire antique de l'Algérie) et le passé le plus proche (l'Algérie post-coloniale). C’est pourquoi l'errance du narrateur-auteur peut être lue et appréhendée comme l'errance de l'Histoire à travers les âges. On a vu ainsi comment l'auteur investit l’espace et le fait participer à sa quête du passé. À son tour, il se livre à l'errance à travers l'écriture de l'histoire de son pays et de son histoire personnelle. Il y a, en effet, un croisement incontestable de la mémoire individuelle et de la mémoire collective.

Par ailleurs, nous constatons aussi que les endroits parcourus participent efficacement à l'interprétation de l'histoire de la ville de Cyrtha. En effet, ils ne peuvent se lire indépendamment de leur contexte historique. L'auteur incite le lecteur à porter un regard critique sur la décennie noire du pays indissociable du passé qui la précède. En ce sens, si Salim Bachi a choisi la gare de Cyrtha, l'appartement d'Ali Khan et la villa du colon pour raconter certains événements marquants de l’Algérie, c'est pour nourrir son projet d’une écriture génétique dans le sens où elle prend la forme d’une remontée jusqu’aux origines de la mémoire algérienne et d’une interrogation sur l’acte d’écrire. Ainsi, le récit ne s’immobilise pas sur un lieu précis, au contraire, il se met à errer, à son tour, dans tous les sens en transportant le lecteur d’un lieu à un autre avec un effet de brouillage persistant entre les époques historiques par une sorte de va-et-vient permanent du passé et du présent.

L’appartement du professeur comme la villa du colon deviennent donc les endroits ambivalents et angoissants, des lieux réceptacles d’une histoire énigmatique. Ils sont perçus, alors, comme des lieux à la fois « ouverts » dans la mesure où ils sont accessibles à tout lecteur-critique et « clos » dans le sens où ils enferment l'histoire de toute la nation algérienne.

De ce fait, les endroits-clés de Cyrtha montrent le travail individuel et l'engagement de l'auteur dans la réappropriation et l'intériorisation des lieux où l’Histoire est prise comme toile de fond. Cela amène à dire que le lecteur familier des lieux « réels » en question pourra comprendre le langage codé de cette ville qu'il convient de décrypter. La ville parle, elle est porteuse d'une parole susceptible d'éclairer les ambigüités de l’histoire de Cyrtha. Dans cette optique, on peut d’ailleurs confirmer le rôle et la place qu'occupe le lieu dans la narration. Il devient une sorte d’ « actant » et occupe un rôle fondamental au même titre que les principaux personnages au sein du récit fictionnel. Ainsi, on pourrait considérer Cyrtha (ville/femme) et La Kahéna (villa/femme) comme des lieux gardiens de la mémoire et de l’Histoire.

De plus, il est important de souligner le rôle fondamental qu’occupe le personnage dans la création de l’espace en question. La multilisibilité des lieux n’est rendue possible que par et grâce au déplacement du narrateur et des autres. Ils permettent la « ré-actualisation » des lieux choisis par l’auteur. En ce sens, Cyrtha est souvent associée aux différents personnages dont l’action est importante au sein de la narration. Elle ne peut être lue sans les personnages : par exemple, sans le discours d'Hamid Kaïm et d’Ali Khan ou encore les déplacements d’Hocine, nous n’aurions pas accès aux passé de cette ville, ni à sa description. En effet, ces personnages « re-créent » Cyrtha selon les besoins de leur discours, le plus souvent lié à un événement historique précis. Il s’agit de donner vie à ce passé – et partant le repenser – à travers des lieux parce que « les lieux sont des histoires fragmentaires et repliées, des passés volés à la lisibilité d’autrui »1.

La reconstitution de la ville se fait donc au rythme des espaces traversés par les personnages. C’est pourquoi le déplacement d’Hocine de la gare jusqu’à l’appartement de son professeur ou encore le parcours d’Ali Khan au sein de La Kahéna sont, comme nous l’avons vu, des actes essentiels dans les récits de Salim Bachi.

Si nous avons d’abord choisi Le Chien d’Ulysse et aussi La Kahéna dans l’étude de la multilisibilité du lieu de la mémoire historique, c’est parce qu’ils représentent l’espace-cadre que l’auteur choisit pour son l’écriture de l’Histoire sous différents aspects : géographiques, sociaux, culturels, historiques, poétiques, etc. Ces aspects sont, en effet, susceptibles de fournir au lecteur des explications et une interprétation de l’histoire de l’Algérie, mais aussi un premier pas vers la découverte identitaire portée par les faits historiques.

En outre, la multilisibilité ou la « lisibilité plurielle » des lieux a un impact sur la réalité qui, à son tour devient plurielle. Cette réalité « inventée » n’existe que dans et à travers la fiction de cette création littéraire. Elle a l’intérêt de pouvoir intégrer les caractères distincts de plusieurs villes différentes et, par là, de permettre le rapprochement d’un climat citadin moderne et antique.

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