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Maurice HALBWACHS (1925)

LES CADRES SOCIAUX
DE LA MÉMOIRE


Un document produit en version numérique par Jean-Marie Tremblay,

professeur de sociologie au Cégep de Chicoutimi

Courriel: jmt_sociologue@videotron.ca

Site web: http://pages.infinit.net/sociojmt
Dans le cadre de la collection: "Les classiques des sciences sociales"

Site web: http://www.uqac.uquebec.ca/zone30/Classiques_des_sciences_sociales/index.html
Une collection développée en collaboration avec la Bibliothèque

Paul-Émile-Boulet de l'Université du Québec à Chicoutimi

Site web: http://bibliotheque.uqac.uquebec.ca/index.htm


Cette édition électronique a été réalisée par Jean-Marie Tremblay, bénévole, professeur de sociologie au Cégep de Chicoutimi à partir de :


Maurice Halbwachs (1925)
Les cadres sociaux de la mémoire.

Une édition électronique réalisée à partir du livre de Maurice Halbwachs (1925), Les cadres sociaux de la mémoire. Paris : Félix Alcan, 1925. Collection Les Travaux de l’Année sociologique.
Paris : Les Presses universitaires de France, Nouvelle édition, 1952, 299 pages. Collection Bibliothèque de philosophie contemporaine.

Polices de caractères utilisée :
Pour le texte: Times, 12 points.

Pour les citations : Times 10 points.

Pour les notes de bas de page : Times, 10 points.

Édition électronique réalisée avec le traitement de textes Microsoft Word 2001 pour Macintosh.
Mise en page sur papier format

LETTRE (US letter), 8.5’’ x 11’’)
Édition complétée le 19 juillet 2002 à Chicoutimi, Québec.


Table des matières
Avant-propos
Chapitre I. - Le rêve et les souvenirs-images
i Nous ne pouvons pas évoquer en rêve des scènes complètes ou des tableaux détaillés de notre vie d'autrefois

ii Différence entre les cadres de la pensée de la veille et du rêve

iii La mémoire ne fait pas revivre le passé, mais elle le reconstruit

iv Résumé de cette analyse
Chapitre II. - Le langage et la mémoire
i Sous quelle forme les cadres de la pensée sociale pénètrent dans le rêve : le temps et l'espace

ii Le rôle du langage dans le rêve

iii L'aphasie et l'intelligence. Les expériences de Head sur les troubles de la pensée conventionnelle chez les aphasiques

iv En résumé.
Chapitre III. - La reconstruction du passé
i La déformation des souvenirs d'enfance chez les adultes

ii Les cadres de la pensée et de la mémoire chez l'enfant et chez l'homme

iii Comment les cadres de la mémoire permettent de reconstituer les souvenirs

iv La mémoire chez les vieillards et la nostalgie du passé
Chapitre IV. - La localisation des souvenirs
i La reconnaissance et la localisation des souvenirs. Le rôle du raisonnement dans la localisation. Les points de repère collectifs

ii Vivacité et familiarité des souvenirs les plus récents. Pourquoi nous les retenons presque tous

iii L'association des idées et la localisation, Les divers groupes collectifs sont les supports d'autant de mémoires collectives
Chapitre V. - La mémoire collective de la famille
i Les cadres de la vie collective et les souvenirs de famille

ii La famille et le groupe religieux. La famille et le groupe paysan. Nature spécifique des sentiments de famille

iii Les rapports de parenté et l'histoire de la famille. Les prénoms

iv La création de familles nouvelles. La famille et les autres groupes
Chapitre VI. - La mémoire collective des groupes religieux
i La religion est la reproduction mythique de l'histoire primitive des peuples. Les vestiges des anciennes croyances subsistent dans les religions nouvelles

ii En quel autre sens la religion est une commémoration du passé. La religion chrétienne et la passion du Christ. La société chrétienne primitive. L'Église et le siècle. Clercs et laïques

iii La tradition dogmatique de l’Église et les courants mystiques

iv En résumé
Chapitre VII. - Les classes sociales et leurs traditions
i Le système des valeurs nobiliaires et les traditions des familles nobles. Titres et fonctions. Noblesse de race et noblesse de robe

ii Vie professionnelle et vie sociale. Dans quelle partie du corps social se transmettent les traditions de classe. Mémoire des fonctions et des fortunes. L'appréciation sociale de la richesse. Classe bourgeoise traditionnelle et riches progressifs

iii Zone de l'activité technique et zone des relations personnelles. Technique et fonction
Conclusion
i Perception et souvenirs collectifs. Les cadres sociaux de la mémoire

ii Les souvenirs collectifs sont à la fois des notions générales et des représentations de faits et de personnes

iii La mémoire et la raison. Les traditions et les idées

Avant-propos

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Comme nous feuilletions, dernièrement, un ancien volume: du Magasin pittores­que, nous y avons lu une histoire singulière, celle d'une jeune fille de 9 ou 10 ans qui fut trouvée dans les. bois, près de Châlons, en 1731. On ne put savoir où elle était, née, ni d'où elle venait. Elle n'avait gardé aucun souvenir de son enfance. En rappro­chant les détails donnés par elle aux diverses époques de sa vie, on supposa qu'elle était née dans le nord de l'Europe et probablement chez les Esquimaux, que de là elle avait été transportée aux Antilles, et enfin en France. Elle assurait qu'elle avait deux fois traversé de larges étendues de mer, et paraissait émue quand on lui montrait des images qui représentaient soit des huttes et des barques du pays des Esquimaux, soit des phoques, soit des cannes à sucre et d'autres produits des îles d'Amérique. Elle croyait se rappeler assez clairement qu'elle avait appartenu comme esclave à une maîtresse qui l'aimait beaucoup, mais que le maître, ne pouvant la souffrir, l'avait fait embarquer 1.
Si nous reproduisons ce récit, dont nous ne savons s'il est authentique, et que nous ne connaissons que de seconde main, c'est parce qu'il permet de comprendre en quel sens on peut dire que la mémoire dépend de l'entourage social. À 9 ou 10 ans, un enfant possède beaucoup de souvenirs, récents et même assez anciens. Que lui en resterait-il, s'il était brusquement séparé des siens, transporté dans un pays où on ne parle pas sa langue, où ni dans l'aspect des gens et des lieux, ni dans les coutumes, il ne retrouverait rien de ce qui lui était familier jusqu'à ce moment ? L'enfant a quitté une société pour passer dans une autre. Il semble que, du même coup, il ait perdu la faculté de se souvenir dans la seconde de tout ce qu'il a fait, de tout ce qui l'a impressionné, et qu'il se rappelait sans peine, dans la première. Pour que quelques souvenirs incertains et incomplets reparaissent, il faut que, dans la société où il se trouve à présent, on lui montre tout au moins des images qui reconstituent un moment autour de lui le groupe et le milieu d'où il a été arraché.
Cet exemple n'est qu'un cas limite. Mais si nous examinions d'un peu plus près de quelle façon nous nous souvenons, nous reconnaîtrions que, très certainement, le plus grand nombre de nos souvenirs nous reviennent lorsque nos parents, nos amis, ou d'autres hommes nous les rappellent. On est assez étonné lorsqu'on lit les traités de psychologie où il est traité de la mémoire, que l'homme y soit considéré comme un être isolé. Il semble que, pour comprendre nos opérations mentales, il soit nécessaire de s'en tenir à l'individu, et de sectionner d'abord tous les liens qui le rattachent à la société, de ses semblables. Cependant c'est dans la société que, normalement, l'hom­me acquiert ses souvenirs, qu'il se les rappelle, et, comme on dit, qu'il les reconnaît et les localise. Comptons, dans une journée, le nombre de souvenirs que nous avons évoqués à l'occasion de nos rapports directs et indirects avec d'autres hommes. Nous verrons que, le plus souvent, nous ne faisons appel à notre mémoire que pour répon­dre à des questions que les autres nous posent, ou que nous supposons qu'ils pour­raient nous poser, et que d'ailleurs, pour y répondre, nous nous plaçons à leur point de vue, et nous nous envisageons comme faisant partie du même groupe ou des mêmes groupes qu'eux. Mais pourquoi ce qui est vrai d'un grand nombre de nos souvenirs ne le serait-il pas de tous ? Le plus souvent, si je me souviens, c'est que les autres m'incitent à me souvenir, que leur mémoire vient au secours de la mienne, que la mienne s'appuie sur la leur. Dans ces cas au moins, le rappel des souvenirs n'a rien de mystérieux. Il n'y a pas à chercher où ils sont, où ils se conservent, dans mon cerveau, ou dans quelque réduit de mon esprit où j'aurais seul accès, puisqu'ils me sont rappelés du dehors, et que les groupes dont je fais partie m'offrent à chaque instant les moyens de les reconstruire, à condition que je me tourne vers eux et que j'adopte au moins temporairement leurs façons de penser. Mais pourquoi n'en serait-il pas ainsi dans tous les cas ?
C'est en ce sens qu'il existerait une mémoire collective et des cadres sociaux de la mémoire, et c'est dans la mesure où notre pensée individuelle se replace dans ces cadres et participe à cette mémoire qu'elle serait capable de se souvenir. On compren­dra que notre étude s'ouvre par un et même deux chapitres consacrés au rêve 1, si l'on remarque que l'homme qui dort se trouve pendant quelque temps dans un état d'isole­ment qui ressemble, au moins en partie, à celui où il vivrait s'il n'était en contact et en rapport avec aucune société. A ce moment, il n'est plus capable et il n'a plus besoin d'ailleurs de s'appuyer sur ces cadres de la mémoire collective, et il est passible de mesurer l'action de ces cadres, en observant ce que devient la mémoire individuelle lorsque cette action ne s'exerce plus.
Mais, lorsque nous expliquions ainsi la mémoire d'un individu par la mémoire des autres, ne tournions-nous pas dans un cercle ? Il fallait, en effet, expliquer alors comment les autres se souviennent, et le même problème semblait se poser de nou­veau, dans les mêmes termes.
Si le passé reparaît, il importe fort peu de savoir s'il reparaît dans ma conscience, ou dans d'autres consciences. Pourquoi reparaît-il ? Reparaîtrait-il, s'il ne se conser­vait pas ? Ce n'est point apparemment sans raison que, dans la théorie classique de la mémoire, après l'acquisition des souvenirs on étudie leur conservation, avant de rendre compte de leur rappel. Or, si l'on ne veut pas expliquer la conservation des souvenirs par des processus cérébraux (explication, en effet, assez obscure et qui soulève de grosses objections), il semble bien qu'il n'y ait pas d'autre alternative que d'admettre que les souvenirs, en tant qu'états psychiques, subsistent dans l'esprit à l'état inconscient, pour redevenir conscients lorsqu'on se les rappelle. Ainsi, le passé ne se détruirait et ne disparaîtrait qu'en apparence. Chaque esprit individuel traînerait derrière lui toute la suite de ses souvenirs. On peut admettre maintenant, si l'on veut, que les diverses mémoires s'entr'aident et se prêtent mutuellement secours. Mais ce que nous appelons les cadres collectifs de la mémoire ne seraient que le résultat, la somme, la combinaison des souvenirs individuels de beaucoup de membres d'une même société. Ils serviraient, peut-être, à les mieux classer après coup, à situer les souvenirs des uns par rapport à ceux des autres. Mais ils n'expliqueraient point la mémoi­re elle-même, puisqu'ils la supposeraient.
L'étude du rêve nous avait apporté déjà des arguments très sérieux contre la thèse de la subsistance des souvenirs à l'état inconscient. Mais il fallait montrer qu'en dehors du rêve, le passé, en réalité, ne reparaît pas tel quel, que tout semble indiquer qu'il ne se conserve pas, mais qu'on le reconstruit en partant du présent 2. Il fallait montrer, d'autre part, que les cadres collectifs de la mémoire ne sont pas constitués après coup par combinaison de souvenirs individuels, qu'ils ne sont pas non plus de simples formes vides où les souvenirs, venus d'ailleurs, viendraient s'insérer, et qu'ils sont au contraire précisément les instruments dont la mémoire collective se sert pour recomposer une image du passé qui s'accorde à chaque époque avec les pensées dominantes de la société. C'est à cette démonstration que sont consacrés les 3e et 4e chapitres de ce livre, qui traitent de la reconstruction du passé, et de la localisation des souvenirs.
Après cette étude, en bonne partie critique, et où nous posions cependant les bases d'une théorie sociologique de la mémoire, il restait à envisager directement et en elle-même la mémoire collective. Il ne suffisait pas en effet de montrer que les individus, lorsqu'ils se souviennent, utilisent toujours des cadres sociaux. C'est au point de vue du groupe, ou des groupes qu'il fallait se placer. Les deux problèmes d'ailleurs non seulement sont solidaires, mais n'en, font qu'un. On peut dire aussi bien que l'individu se souvient en se plaçant au point de vue du groupe, et que la mémoire du groupe se réalise et se manifeste dans les mémoires individuelles. C'est pourquoi, dans les 3 der­niers chapitres, nous avons traité de la mémoire collective ou des traditions de la famille, des groupes religieux, et des classes sociales. Certes, il existe d'autres socié­tés encore, et d'autres formes de mémoire sociale. Mais, obligés de nous limiter, nous nous en sommes tenus à celles qui nous paraissaient les plus importantes, à celles aussi dont nos recherches antérieures nous permettaient le mieux d'aborder l'étude. C'est sans doute pour cette dernière raison que notre chapitre sur les classes sociales dépasse les autres en étendue. Nous y avons retrouvé, et essayé d'y développer quel­ques idées que nous avions exprimées ou entrevues ailleurs.

Chapitre I
Le rêve et les images-souvenirs

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« Bien souvent, dit Durkheim 1, nos rêves se rapportent à des événements passés ; nous revoyons ce que nous avons vu ou fait à l'état de veille, hier, avant-hier, pendant notre jeunesse, etc. ; et ces sortes de rêves sont fréquents et tiennent une place assez considérable dans notre vie nocturne. » Il précise, dans la suite, ce qu'il entend par « rêves se rapportant à des événements passés » : il s'agit de « remonter le cours du temps », d' « imaginer qu'on a vécu pendant son sommeil une vie qu'on sait écoulée depuis longtemps », et, en somme, d'évoquer « des souvenirs comme on en a pendant le jour, mais d'une particulière intensité ». Au premier abord, cette remarque ne surprend point. En rêve, les états psychologiques les plus divers, les plus compliqués, ceux-là mêmes qui supposent de l'activité, une certaine dépense d'énergie spirituelle, peuvent se présenter. Pourquoi, aux réflexions, aux émotions, aux raisonnements, ne se mêlerait-il pas des souvenirs ? Pourtant, lorsqu'on examine les faits de plus près, cette proposition paraît moins évidente.
Demandons-nous si, parmi les illusions de nos rêves, s'intercalent des souvenirs que nous prenons pour des réalités. A cela on répondra peut-être que toute la matière de nos rêves provient de la mémoire, que les songes sont précisément des souvenirs que nous ne reconnaissons pas sur le moment, mais que, dans beaucoup de cas, il est possible au réveil d'en retrouver la nature et l'origine. Nous le croyons sans peine. Mais ce qu'il faudrait établir (et c'est bien ce qui est affirmé dans le passage que nous avons cité), c'est que des événements complets, des scènes entières de notre passé se reproduisent dans le rêve tels quels, avec toutes leurs particularités, sans aucun mé­lan­ge d'éléments qui se rapportent à d'autres événements, à d'autres scènes, ou qui soient purement fictifs, si bien qu'au réveil nous puissions dire, non pas seulement : ce rêve s'explique par ce que j'ai fait ou vu dans telles circonstances, mais : ce rêve est le souvenir exact, la reproduction pure et simple de ce que j'ai fait ou vu à tel moment et en tel lieu. C'est cela, et cela seulement que peut signifier : « remonter le cours du temps » et « revivre » une partie de sa vie.
Mais ne sommes-nous pas trop exigeants ? Et, posé en ces termes, le problème ne se résout-il pas aussitôt par l'absurde, ou plutôt ne se pose-t-il même pas, tant la solution en est évidente ? Si l'on évoquait en rêve des souvenirs à ce point circons­tanciés, comment ne les reconnaîtrait-on pas, pendant le rêve même ? Alors l'illusion tomberait aussitôt, et l'on cesserait de rêver. Mais supposons que telle scène passée se reproduise, avec quelques changements très faibles, juste assez importants pour que nous ne soyons pas mis en défiance. Le souvenir est là, souvenir précis et concret ; mais il y a comme une activité latente de l'esprit qui intervient pour le démarquer, et qui est comme une défense inconsciente du rêve contre le réveil. Par exemple, je me vois devant une table autour de laquelle sont des jeunes gens : l'un parle ; mais, au lieu d'un étudiant, c'est un de mes parents, qui n'a aucune raison de se trouver là. Ce simple détail suffit pour m'empêcher de rapprocher ce rêve du souvenir dont il est la reproduction. Mais n'aurai-je pas le droit, au réveil, et quand j'aurai fait ce rappro­chement, de dire que ce rêve n'était qu'un souvenir ?
Cela revient à dire que nous ne pourrions revivre notre passé dans le sommeil sans le reconnaître, et qu'en fait tout se passe comme si nous reconnaissions d'avance ceux de nos rêves qui ne sont ou tendent à n'être que des souvenirs réalisés, puisque nous les modifions inconsciemment afin d'entretenir notre illusion. Mais d'abord pourquoi un souvenir, même vaguement reconnu, nous réveillerait-il ? Il y a bien des cas où, tout en continuant à rêver, on a le sentiment qu'on rêve, et même il y en a où l'on recommence plusieurs fois, à intervalles de veille plus ou moins longs, exactement le même rêve, si bien qu'au moment où il reparaît on a vaguement conscience que ce n'est qu'une répétition : et pourtant on ne se réveille pas. D'autre part, est-il vraiment inconcevable qu'un souvenir proprement dit, qui reproduit une partie de notre passé en son intégralité, soit évoqué sans que nous le reconnaissions ? La question est de savoir si, en fait cette dissociation entre le souvenir et la reconnaissance se réalise : le rêve pourrait être à cet égard une expérience « cruciale », si elle nous révélait que le souvenir -non reconnu se produit quelquefois pendant le sommeil. Il y a au moins une conception de la mémoire d'où il résulterait que le souvenir peut se reproduire sans être reconnu. Supposons que le passé se conserve sans changement et sans lacunes au -fond de la mémoire, c'est-à-dire qu'il nous soit possible à tout instant de revivre n'importe quel événement de notre vie. Certains seulement d'entre ces souvenirs repa­raî­tront pendant la veille ; comme, au moment où nous les évoquerons, nous resterons en contact avec les réalités du présent, nous ne pourrons point ne pas y reconnaître des éléments de notre passé. Mais, pendant le sommeil, alors que ce contact est inter­rompu, supposons que les souvenirs envahissent notre conscience : comment les re­con­naîtrions-nous comme des souvenirs ? Il n'y a plus de présent auquel nous puis­sions les opposer; puisqu'ils sont le passé non pais tel qu'on le revoit à distance mais tel qu'il s'est déroulé lorsqu'il était le présent, il n'y a rien en eux qui révèle qu'ils ne se présentent pas à nous pour la première fois . - Ainsi rien ne s'oppose, théori­quement, à ce que des souvenirs exercent sur nous une sorte d'action hallucinatoire pendant le sommeil, sans qu'ils aient besoin, pour ne pas être reconnus, de se masquer ou de se défigurer.

*

**

I - i


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Depuis un peu plus de quatre années (exactement depuis janvier 1920) nous avons examiné nos rêves du point de vue qui nous intéresse, c'est-à-dire afin de découvrir s'ils contenaient des scènes complètes de notre passé. Le résultat a été nettement négatif. Il nous a été possible, le plus souvent, de retrouver telle pensée, tel sentiment, telle attitude, tel détail d'un événement de la veille qui était entré dans notre rêve, mais jamais nous n'avons réalisé en rêve un souvenir.
Nous nous sommes adressé à quelques personnes qui s'étaient exercées à observer leurs visions nocturnes. M. Kaploun nous a écrit : « Il n'est jamais arrivé que je rêve toute une scène vécue. En rêve, la part d'additions et de modifications dues au fait que le rêve est une scène qui se tient, est considérablement plus grande que la part d'éléments puisés dans le réel vécu récemment, Ou, si l'on veut, dans le réel d'où sont tirés les éléments intégrés dans la scène rêvée. » D'une lettre que nous a adressée M. Henri Piéron, nous détachons ce passage : « Je n'ai pas, dans mes rêves - que j'ai notés systématiquement pendant une période - revécu des périodes de vie de la veille sous une forme identique: j'ai retrouvé parfois des sentiments, des images, des épiso­des plus ou moins modifiés, sans plus. » M. Bergson nous a dit qu'il rêvait beaucoup, et qu'il ne se rappelait aucun cas où il eût, au réveil, reconnu dans un de ses rêves ce qu'il appelle un souvenir-image. Il a ajouté, toutefois, qu'il avait eu parfois le
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