Michel-alain combes la terre bombardéE version 4 / 2012








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MICHEL-ALAIN COMBES





LA TERRE
BOMBARDÉE

version 4 / 2012





MICHEL-ALAIN COMBES




LA TERRE BOMBARDÉE
version 4 / 2012

© Michel-Alain Combes, 2012




Publications de l’auteur


Contribution à l’étude des EGA. Étude générale sur les astéroïdes qui s’approchent de la Terre et sur leurs relations avec l’impactisme terrestre (thèse Paris VI), 1979
La Terre bombardée (version 1), 1982
La Terre bombardée (version 2), 1998
La menace du ciel, 1999
La comète de Whiston, 2000
L’histoire cosmique des hommes, 2006
La Terre bombardée 2007 (version 3), avec le concours d’Axel Vincent-Randonnier
(version illustrée de plus de 200 figures)
La Terre bombardée (version 4), 2012

Une soixantaine d’articles sur les astéroïdes et les comètes parus dans les revues
L’Astronomie (entre 1971 et 2005)
Observations et Travaux (entre 1992 et 1997)
et dans d’autres revues à l’étranger (Belgique, Pays-Bas, États-Unis)
certains de ces articles ont été publiés en collaboration avec Jean Meeus

Sur le site LA MENACE DU CIEL, hébergé par ASTROSURF depuis 2001
Pages spécialisées sur les NEO et l’impactisme et le catastrophisme
Nombreux tableaux sur les NEA (Near Earth Asteroids)

Pour les Conférences 2008 et 2010 sur la QUANTAVOLUTION
articles spécialisés
SOMMAIRE


Avant-propos : Un livre d’astronome, p. 7


Introduction : Le renouveau des idées catastrophistes, p. 13

PARTIE 1 : L’évolution des idées catastrophistes


Chapitre 1 : Le catastrophisme dans l’Antiquité, p. 23


Chapitre 2 : Déluge et catastrophisme biblique, p. 39


Chapitre 3 : La grande époque des catastrophistes, p. 57


Chapitre 4 : Impactisme et catastrophisme aujourd’hui, p. 81

PARTIE 2 : Les causes


Chapitre 5 : Un univers cataclysmique, partout, toujours, p. 99


Chapitre 6 : Les astéroïdes qui frôlent la Terre, p. 121


Chapitre 7 : Les comètes, p. 151


Chapitre 8 : L’impactisme invisible, p. 181

PARTIE 3 : Les preuves


Chapitre 9 : L’événement de la Toungouska en 1908, p. 209


Chapitre 10 : Les météorites et les météores, p. 229


Chapitre 11 : Les astroblèmes et les tectites, p. 255


Chapitre 12 : La mort des dinosaures, p. 279

PARTIE 4 : Les conséquences


Chapitre 13 : Les conséquences terrestres, p. 301


Chapitre 14 : L’origine cosmique de la vie, p. 329


Chapitre 15 : Extinctions et évolution, p. 351


Chapitre 16 : La vie et la mort viennent du cosmos, p. 371

PARTIE 5 : L’histoire cosmique des hommes


Chapitre 17 : Les fausses pistes, p. 401


Chapitre 18 : Cataclysmes terrestres dans l’Antiquité, p. 425
Chapitre 19 : 13 000 ans de cataclysmes cosmiques, p. 449
Chapitre 20 : L’inconnu, l’avenir, p. 483

Conclusion : Une révolution scientifique et culturelle, p. 503


Bibliographie, p. 513


Sites Internet, p. 517


Index des noms, p. 521


Annexes, p. 529
Table des matières, p. 537 

AVANT-PROPOS

UN LIVRE D’ASTRONOME

Impactisme et catastrophisme

Pour résumer ce gros livre en une seule phrase, on peut écrire qu'il est une étude historique et scientifique de l'impactisme et du catastrophisme faite par un astronome.

C'est dire l'éclectisme ouvertement affiché de ce livre qui se veut un jalon historique, un bilan actuel. Un jalon seulement, car la science évolue vite (trop vite aux yeux de certains), malgré de puissantes forces contraires, comme le lobby du créationnisme qui lutte désespérément pour sauver la crédibilité d'un dogme usé par le temps : celui de la Création, et qui doit trouver maintenant des appuis politiques pour le faire perdurer encore, les appuis scientifiques, quoique nombreux et parfois prestigieux, s'avérant notoirement insuffisants.

Comme l'ont écrit naguère François Arago (1786-1853) et, après lui, Camille Flammarion (1842-1925) : " Croire tout découvert est une erreur profonde, c'est prendre l'horizon pour les bornes du monde ". Ces deux chantres de l'astronomie populaire avaient bien compris que les connaissances de leur époque allaient être, sinon balayées, tout au moins totalement renouvelées en quelques décennies. On peut dire la même chose aujourd'hui, et la réalité de demain pourrait bien dépasser la fiction la plus échevelée dans certains domaines étudiés dans ce livre.

Bien qu'il se veuille résolument multidisciplinaire, il n'en demeure pas moins que La Terre bombardée est un livre d'astronome. Il ne peut pas en être autrement. C'est la raison principale pour laquelle il est sensiblement différent de ceux qui ont été (ou qui auraient pu être) écrits par un paléontologue, un géologue, un physicien, un astrophysicien, un biologiste, un historien des sciences ou un autre scientifique. L'impactisme et le catastrophisme (scientifique) sont des sujets d'étude multiformes et complexes, ce qui fait à la fois leur intérêt et leur difficulté. Personne ne peut en effet prétendre connaître les diverses spécialités concernées (une grosse dizaine) avec une profondeur suffisante et les approches sont forcément parcellaires, sélectives, chaque scientifique privilégiant obligatoirement sa spécialité au détriment des autres qu'il connaît moins bien.

Il n'empêche que l'impactisme est avant tout un problème astronomique, car nous vivons dans un Univers, et donc dans un Système solaire et localement sur une Terre, où le cataclysme est la règle permanente, comme je le montrerai tout au long de ce livre. Le catastrophisme terrestre n'est que l'expression locale, infinitésimale dans l'espace et dans le temps, d'un phénomène global qui défie l'imagination la plus débridée. Le cataclysme est la règle, PARTOUT, TOUJOURS. Cette vérité essentielle doit être martelée sans relâche et enseignée dès maintenant aux jeunes générations. Elle sera l'un des nouveaux dogmes scientifiques du XXIe siècle, et pas seulement un dogme astronomique, à usage restreint, pour les seuls connaisseurs des choses du ciel.

Définitions de l'impactisme
et du catastrophisme


Si l'on ouvre trois dictionnaires usuels comme le Robert, le Larousse ou le Hachette, on a déjà une mauvaise surprise. Les trois ignorent totalement le concept d'impactisme. Le Robert ne connaît pas non plus le catastrophisme qui, par contre, figure dans le Larousse avec la définition suivante :

" Théorie qui attribuait à des cataclysmes les changements survenus à la surface de la Terre. "

Le Hachette est un peu plus explicite avec la définition suivante :

" Ancienne théorie selon laquelle les changements de faune et de flore se seraient faits brusquement à la faveur de catastrophes géologiques de très grande ampleur. La théorie de l'évolu- tionnisme de Darwin s'opposait au catastrophisme. "

Il y a fort à faire, on le voit, avant de faire reconnaître ces deux concepts au rang de théories scientifiques actuelles (ce qu'elles sont déjà, n'en déplaise à certains). D'une façon plus moderne et plus scientifique, on peut donner les définitions suivantes :

Catastrophisme : théorie scientifique qui étudie les causes et les consé- quences astronomiques, géologiques, écologiques, biologiques, humaines et historiques de cataclysmes de grande ampleur qui ont eu lieu et qui pourraient encore avoir lieu sur la Terre.

Impactisme : théorie scientifique qui étudie l'ensemble des phénomènes liés à l'impact sur les planètes des astéroïdes et des comètes, mais aussi plus largement de tous les autres corps et particules venus du cosmos, ainsi que tous leurs effets annexes. L'impactisme terrestre n'est qu'un cas particulier, celui qui concerne notre planète.

En fait, ces définitions ne sont que des approximations acceptables. Si l'on entre plus dans le détail, on reconnaît deux sortes de catastrophisme et trois sortes d'impactisme.

On distingue, en toute logique, le catastrophisme d'origine cosmique, dû comme son nom l'indique à des cataclysmes dont l'origine est extérieure à la Terre, et le catastrophisme d'origine terrestre dû à des cataclysmes générés par notre planète elle-même pour des raisons diverses. Ce catastrophisme peut être cependant considéré comme astronomique dans la mesure où la Terre est une planète parmi d'autres, à la fois un "système" et une planète vivante que nous privilégions simplement parce qu'elle est "notre" planète et que l'on sait qu'elle abrite la vie.

L'impactisme se divise en trois composantes différentes selon les objets concernés et les effets résultant de l'impact :

– l'impactisme macroscopique qui concerne les astéroïdes et les comètes et qui peut avoir des conséquences catastrophistes ;

– l'impactisme microscopique qui concerne les météorites et les météores et qui n'a pas de conséquences catastrophistes ;

– l'impactisme invisible qui concerne les rayonnements divers générés par les étoiles, dont le Soleil, et appelé impactisme particulaire, et aussi les gaz et les poussières d'origine cosmique qui rencontrent la Terre au cours de son périple dans le Système solaire et dans la Galaxie.

Enfin, il faut bien préciser qu'il peut y avoir impactisme sans qu'il y ait catastrophisme, et inversement qu'il peut y avoir catastrophisme (d'origine terrestre et maintenant d'origine humaine) sans qu'il y ait impactisme. Dans ce livre, il sera question principalement du catastrophisme comme corollaire de l'impactisme macroscopique.

Quelques sigles et symboles

Pour comprendre toutes les données de ce livre, le lecteur doit connaître les rudiments de l’astronomie (1) et la signification de quelques sigles et symboles utilisés. Les sciences ont toutes leur propre "jargon" qui se complexifie continuellement et s'enrichit de sigles, et celui-ci n'est pas toujours connu même des scientifiques des disciplines connexes.

La liste suivante et les quatre livres signalés en note (2/3/4/5) rappellent les sigles, les symboles et les définitions qu'il est nécessaire d'avoir en mémoire (si ce n'est pas le cas, le lecteur pourra toujours se référer de nouveau à cette liste en cours de lecture).

Sigles

AAA = objets Aten-Apollo-Amor. Ces trois grands groupes d'astéroïdes qui peuvent venir à proximité immédiate ou relative de la Terre constituent globalement les NEA. Tous ont un aspect astéroïdal, c'est-à-dire ponctuel, quel que soit le grossissement utilisé pour les observer, mais certains d'entre eux sont d'origine cométaire.

EGA = Earth-Grazing Asteroid, astéroïde qui frôle la Terre. On réserve ce terme pour les astéroïdes dont l'orbite s'approche à moins de 0,100 UA de l'orbite terrestre (soit 1/10 de la distance Terre-Soleil ou 15,0 MK).

NEA = Near-Earth Asteroid, astéroïde proche de la Terre. Ce terme plus général englobe tous les astéroïdes dont la distance périhélique q est inférieure à 1,30 UA.

NEC = Near-Earth Comet, comète périodique avec une période de révolution P < 200 ans et q < 1,30 UA.

NEO = Near-Earth Object, objet proche de la Terre. Ce terme générique englobe les NEA et les NEC.

PHA = Potentially Hazardous Asteroid, astéroïde potentiellement dangereux. Ce sont les NEA qui ont H < 22,1 et Dm < 0,050 UA (7,5 MK). H = 22,0 correspond à un diamètre moyen de 130 mètres pour un objet silicaté et peut concerner des objets entre 100 et 200 mètres selon le type physique et l'albédo. Les objets avec H > 22,0 ne sont pas considérés comme des PHA, leur énergie étant insuffisante pour causer des dégâts "sérieux" sur la Terre.

Symboles astronomiques

concernant les éléments orbitaux

UA = unité astronomique = 149 597 870 km (149,6 millions de km en chiffres ronds). C'est l'unité de distance, égale au demi-grand axe de l'orbite de la Terre autour du Soleil, utilisée pour exprimer les distances dans le Système solaire. 1 année lumière = 63 241 UA.
a = demi-grand axe d'une orbite. C'est la distance moyenne en UA d'un astre (planète, astéroïde, comète) au Soleil.
e = excentricité d'une orbite planétaire. Elle est comprise entre 0 (orbite circulaire) et 1 (orbite parabolique). Une orbite hyperbolique aurait e > 1,0.

i = inclinaison, en degrés, d'une orbite sur le plan de l'écliptique. Une orbite rétrograde a i compris entre 90 et 180°.
q = distance périhélique en UA = plus courte distance au Soleil.
Q = distance aphélique en UA = plus grande distance au Soleil.
P = période de révolution d'un astre, en années.
 = argument du périhélie, en degrés.
 = longitude du nœud ascendant, en degrés.
 = longitude du périhélie ( =  + ).

autres symboles astronomiques

Dm = distance minimale d'un astre à l'orbite terrestre (ou à une autre orbite planétaire) en UA. L’équivalent anglais utilisé dans de nombreuses listes est le moid (minimum orbital intersection distance).
H = magnitude absolue d'un astéroïde, fonction du diamètre moyen et du type physique.
km/s = kilomètres par seconde, unité de vitesse pour les astres du Système solaire.
MK = millions de kilomètres, unité utilisée pour les distances kilométriques dans le Système solaire intérieur.

Autres symboles scientifiques

Ec = énergie cinétique. Celle d'un impact se calcule avec la formule classique Ec = ½ mv2, ce qui signifie qu'elle est égale au demi-produit de la masse de l'impacteur par le carré de sa vitesse d'impact.
J = joule. Unité d'énergie utilisée dans le système international (SI) à la place de l'erg (qui était utilisé dans l'ancien système CGS). 1 joule = 107 ergs = 10 millions d'ergs. 1 calorie = 4,186 joules.
MA = million d'années.
MT = mégatonne. 1 mégatonne (1 MT) = 1 million de tonnes = 1000 kilo- tonnes.
TNT = abréviation de trinitrotoluène. La mégatonne de TNT (dont l'énergie = 4,2 x 1015 J) est l'unité utilisée pour les comparaisons énergétiques avec des événements terrestres ou d'origine cosmique.

Système de notes

J'ai regroupé à la fin de chaque chapitre, sous le titre générique de notes, trois sortes de renseignements :

1. des notes complémentaires sur certains points de détail qui alourdiraient le texte principal si elles y étaient intégrées ; le lecteur peut se dispenser de les lire mais elles sont utiles et souvent instructives ;

2. les références complètes des livres, revues et articles que j'ai utilisés pour la rédaction du texte principal, ainsi que celles des citations ;

3. les références d'autres livres, revues et articles qui peuvent servir de lecture additionnelle pour le lecteur exigeant qui veut en savoir plus sur certains points particuliers ; il est évident que certains sujets ne sont que survolés ici et que les documents cités permettront d'enrichir sérieusement les connaissances du lecteur.

Notes de l’avant-propos

1. P.-Y. Bély, C. Christian et J.-R. Roy, 250 réponses à vos questions sur l’astronomie, Gerfaut, 2008. Un excellent livre de vulgarisation, très bien illustré, qui répond à de nombreuses questions que le lecteur cultivé se pose sur l’astronomie.

2. Ph. de La Cotardière, Dictionnaire de l'astronomie (Larousse, 1996). Le lecteur trouvera dans ce livre de référence de nombreux renseignements sur l'astronomie et son vocabulaire.

3. I. Ridpath (ed.), Oxford dictionary of astronomy (Oxford University Press, 2007). Un excellent dictionnaire collectif d’astronomie de plus de 500 pages et qui comprend 4200 entrées.

4. J. Hermann, Atlas de l'astronomie (Livre de Poche, La Pochothèque, 1995). Atlas très visuel et assez complet qui comprend une liste de symboles et d'abréviations concernant l'astronomie.

5. H. Breuer, Atlas de la physique (Livre de Poche, La Pochothèque, 1997). Comme le précédent, cet atlas est très visuel et complet. Il y a beaucoup à apprendre pour les non-spécialistes.

Couverture

Cette illustration, due au dessinateur Sunu Fecit, date de 1857. Elle a été reprise par un grand nombre d’auteurs depuis plus de 150 ans. C’est la partie principale d’une carte postale, intitulée " Actualités Astrologiques " et sous-titrée " Apparition Foudroyante et Désastreuse de la Comète du 13 Juin 1857 ", destinée à ridiculiser certains astronomes de l’époque qui avaient annoncé la venue d’une grande comète qui risquait de heurter la Terre.

Depuis une dizaine d’années, on attendait le retour de la grande comète de 1556, dite comète de Charles Quint (et qui l’avait poussé à abdiquer). Certains astronomes croyaient alors à une identité probable avec la grande comète observée en 1264, et donc à une période de révolution légèrement inférieure à 300 ans. Des prophètes en avaient profité pour annoncer la fin du monde. En fait, la comète de 1857 était imaginaire puisque les comètes de 1264 et 1556 étaient deux comètes différentes.

Les pages 2 et 3 de couverture reprennent une illustration célèbre, utilisée par Camille Flammarion dans plusieurs revues à l’époque de la parution de son livre La fin du monde, qui montre la destruction de la Terre par une comète. Paris est submergée par un tsunami.

Première page

Depuis l’Antiquité et durant tout le Moyen Age, les comètes ont toujours fait peur aux hommes. Le dessin de la première page montre une grande comète au Moyen Age qui a terrorisé la foule inculte et peureuse, persuadée que c’est Dieu qui lui envoie une messagère malveillante pour la punir, ou tout au moins pour la mettre en garde. A quatre pattes, elle implore Sa clémence, Son pardon et accepte Son pouvoir, et par délégation celui de la sacro-sainte religion qui Le représente sur Terre et qui règne donc en maîtresse absolue. La parole des savants est inaudible, la science immobile. L’obscurantisme est roi...
INTRODUCTION

LE RENOUVEAU
DES IDÉES CATASTROPHISTES


Réhabilitation d'un concept scientifique

On peut vraiment se demander pourquoi cette réalité incontournable qu'est le catastrophisme, qu'il soit d'origine cosmique ou d'origine purement terrestre, n'a émergé seulement que dans le dernier quart du XXe siècle, en dépit de la réticence de chercheurs trop conservateurs.

Il suffit de se rappeler deux précédents, tristement célèbres, pour mieux saisir les raisons de ce retard incompréhensible pour un esprit rationnel. Il y a seulement 250 ans, les savants, parmi lesquels l'illustre Lavoisier (1743-1794), refusaient systématiquement d'admettre l'origine cosmique des météorites (1), contre toute logique et malgré des preuves irréfutables accumulées depuis plus de 3000 ans. Il y a moins de 70 ans, l'origine cosmique du Meteor Crater de l'Arizona était elle aussi contestée, niée même, par une majorité de "spécialistes" et les astroblèmes étaient systématiquement ignorés. On se demande toujours pourquoi ces "verrous psychologiques" ont mis tant de temps à sauter. C'est exactement la même chose avec l'impactisme et le catastrophisme.

Cependant, deux générations de nouveaux chercheurs ont suffi pour balayer les doutes et surtout pour laisser la science "respirer", chercher et trouver les preuves indispensables. Après les preuves, on passe aux causes et aux conséquences, et tout s'éclaire enfin. La révolution technologique aidant (l'apport de l'informatique, des satellites et des instruments modernes surtout), c'est la science elle-même qui a fait progressivement sa révolution, avec le renouvellement des chercheurs. On sait que les anciens ne veulent pas ou ne peuvent pas remettre en question leurs certitudes. Du coup, le catastrophisme, qui avait une image de marque désastreuse depuis Georges Cuvier (1769-1832) et ses disciples, qui étaient catastrophistes mais surtout fixistes (2), c'est-à-dire en fait créationnistes, a refait surface progressivement comme un concept scientifique régénéré et tout à fait crédible (crédible tout simplement car reflet indiscutable de la réalité).

Je précise une chose pour éviter toute ambiguïté malvenue : ce livre est tout le contraire d'une étude procréationniste. A mes yeux, comme à ceux d'une majorité de chercheurs actuels, le catastrophisme scientifique et son ersatz créationniste sont totalement antinomiques, même si le terme générique de catastrophisme, qui n'est pas dû à Cuvier d'ailleurs qui parlait seulement de "révolutions du globe", mais au géologue et philosophe anglais William Whewell (1794-1866), peut paraître effectivement un peu ambigu, compte tenu de son histoire douteuse. Mais comme il reste utilisé (à juste titre selon moi), je l'utilise aussi, mais sous son aspect uniquement scientifique (sauf précision expresse). Je participe donc, à mon niveau et avec d'autres, à sa réhabilitation que l'on veut croire définitive.

La science fait sa révolution permanente

Depuis soixante ans, les connaissances scientifiques ont fait un bond absolument extraordinaire et de nombreux nouveaux concepts ont fait leur apparition, imposés par les observations et les analyses des données toujours plus nombreuses et plus précises. Pour certaines sciences on peut vraiment parler de révolution. Des disciplines aussi diverses que l'astronomie, la physique, l'astrophysique, la cosmochimie, la géophysique, la géologie, la paléontologie, la biologie et d'autres encore se sont trouvées régénérées.

L'exploration spatiale, qui était une chimère au début des années 1950, a connu une réussite impressionnante et aujourd'hui tous ces merveilleux clichés des planètes voisines, envoyés par les sondes spatiales, nous sont familiers et figurent dans tous les livres de sciences. L'informatique, a elle aussi connu un développement incroyable, permettant d'effectuer des calculs de plus en plus complexes et des simulations souvent décisives pour tester les différents modèles en concurrence. Le simple astronome amateur peut faire aujourd'hui ses propres calculs et apporter sa modeste pierre, surtout dans les domaines délaissés par les professionnels, comme la chasse aux comètes et l'observation des étoiles doubles et variables. Enfin, toutes les sciences ont vu leur instrumentation se perfectionner dans des proportions inimaginables et les ingénieurs se sont surpassés pour inventer de nouveaux outils, toujours plus perfectionnés et plus efficients, qui repoussent les limites de l'impossible.

Les astronomes et les astrophysiciens ont été les témoins de cataclysmes cosmiques très divers, comme le volcanisme hallucinant qui transforme la surface de Io, le satellite de Jupiter, en quelques siècles seulement, la fameuse explosion de la supernova du 24 février 1987 dans le Grand Nuage de Magellan et enfin, et peut-être surtout, la fantastique collision de la vingtaine de fragments de la comète brisée Shoemaker-Levy 9 sur Jupiter en juillet 1994 (3), qui d'après les statisticiens n'avait pas une chance sur cent milliards de se produire. Et pourtant ! La nature n'a que faire des statistiques humaines... Ces trois cataclysmes ont bien montré que nous vivons dans un Univers violent en permanence, dans lequel le cataclysme est la règle et non l'exception. Le troisième a rappelé que l'impactisme planétaire est une réalité de toujours et non pas seulement du passé.

Obligatoirement, et en toute logique, les théories catastrophistes, qu'elles soient cosmiques ou terrestres, ont bénéficié d'un regain de faveur, de crédibilité. On connaissait par l'observation les astéroïdes et les comètes qui frôlent la Terre, on a identifié les cratères qu'ils forment sur notre planète, les astroblèmes, grâce aux satellites et sur le terrain par la signature caractéristique du métamorphisme de choc. La Terre elle-même est une planète violente en permanence, et on a pu expliciter le volcanisme et les tremblements de terre avec précision, grâce notamment à la tectonique des plaques.

Enfin, la décennie 1980 a vu une extraordinaire compétition scientifique entre les différentes équipes de chercheurs de diverses spécialités pour résoudre le fameux problème de l'iridium surabondant dans la fine couche géologique séparant le crétacé du tertiaire (la couche K/T), mis en lumière par les deux Alvarez et leurs collègues (4). Réussite complète et pour tous : astronomes, géologues, volcanologues et aussi paléontologues sont d'accord aujourd'hui pour dire qu'un astéroïde (ou une comète) s'est écrasé(e) sur la Terre il y a 65 millions d'années. Les dinosaures et l'astroblème mexicain de Chicxulub ont un point commun, totalement insoupçonnable jadis : les uns ont été détruits alors que l'autre a été formé par le même objet. Les conséquences de cette collision cosmique sont énormes, presque démesurées, compte tenu du diamètre (10 km environ) de l'objet responsable, comme je l'expliquerai en détail aux chapitres 12 et 15.

On le sait depuis toujours : pour exister et être crédible, une théorie a impérativement besoin de l'appui d'observations incontestables. La fin du XXe siècle aura été particulièrement bénéfique pour les catastrophistes des différentes sciences. Tous, chacun dans sa "sphère", ont marqué des points décisifs. C'est cette histoire que je raconte dans les différents chapitres de ce livre qui peuvent être lus séparément. Comprendre ce qui s'est réellement passé à chacune des grandes étapes de la Terre et de la vie qu'elle abrite, c'est la quête sans cesse renouvelée des scientifiques. Le catastrophisme, même s'il n'est pas seul en cause, s'annonce comme un moteur essentiel de l'évolution de la matière et aussi de celle du monde vivant. Une réalité dure à admettre pour beaucoup de chercheurs de certaines disciplines qui connaissent mal, ou pas du tout parfois, les données astronomiques du problème.

De la science-fiction à la réalité de demain

Le film "catastrophe" américain Meteor, sorti sur les écrans en 1979 et tiré du roman du même nom (5), a popularisé il y a déjà plus de trente ans le thème d'une Terre sous la menace de corps célestes susceptibles de rayer la vie, sinon totalement, du moins partiellement, sur notre planète. Le ciel a toujours fait peur. Il effrayait déjà nos ancêtres, et pas sans raisons, nous le verrons au chapitre 19, mais aussi plus récemment, dans l'Antiquité, au Moyen Age et au cours des siècles suivants.

De nos jours, depuis la découverte d'astéroïdes comme Hermes, Asclepius et Toutatis qui ont frôlé la Terre au XXe siècle, et encore plus depuis la découverte en 2004 d'Apophis qui va la frôler en avril 2029, on sait qu'un impact reste toujours possible. L'armée américaine, elle-même, consciente que le danger est réel et garante de la sécurité des populations, a pris le problème en main au début des années 1990 pour traquer "l'ennemi extérieur" et envisager tous les moyens nécessaires pour parer à un impact d'envergure annoncé. Annoncé, car les astronomes peuvent parfaitement être pris au dépourvu avec un objet menaçant être repéré trop tard, on l'a bien vu en 1908 avec le cataclysme de la Toungouska.

En 1979, le film Meteor a eu un excellent effet pédagogique auprès du public qui ignorait souvent tout du problème et souvent ne voulait rien en connaître. La vedette de ce film est un météore (en fait un astéroïde) de 7 km de diamètre qui fonce dans l'espace à 40 000 km à l'heure, soit à la vitesse de 11 km/s (ce qui n'a rien d'excessif, la vitesse moyenne acceptée pour ce genre d'objets étant de 20 km/s) et qui a pour cible la Terre. Sa force de frappe, prodigieuse, équivaut à environ 2 500 000 mégatonnes de TNT. Ce météore annonciateur de l'Apocalypse est précédé sur son orbite par une nuée d'objets plus petits (des météorites, de plusieurs dizaines de mètres pour certaines) qui causent déjà toutes sortes de misères et d'importants dégâts sur notre planète (impact en Sibérie, destruction d'un village dans les Alpes autrichiennes, raz de marée de 35 mètres de haut qui dévaste Hong Kong suite à un impact dans le Pacifique, destruction de New York (6)). Heureusement, les deux super-grands de l'époque (États-Unis et URSS), d'accord pour une fois, envoient leurs fusées nucléaires stationnées en orbite autour de la Terre vers le gros météore en un tir groupé, libérant assez d'énergie pour le dévier sur une orbite sans danger pour notre planète. La fin du monde est ainsi repoussée à plus tard, et les populations terrorisées peuvent se remettre de leurs émotions et reprendre leur vie normale.

Plus récemment, en 1993, le célèbre auteur de science-fiction britannique Arthur Clarke (1917-2008) a écrit un passionnant petit livre : Le marteau de Dieu (7), dans lequel il raconte l’histoire d’un astéroïde de 1,5 km de diamètre moyen, baptisé Kali, pour la déesse de la mort et de la destruction dans la mythologie hindoue, qui fonce vers la Terre et que les hommes du XXIIe siècle essaient de dévier sur une orbite sans danger pour notre planète. Comme le raconte Clarke dans son roman :

" Les hommes ont tout prévu… sauf l’imprévisible ! " (8)

En exergue de son livre, il dit également ceci :

" Tous les événements situés dans le passé se sont effectivement produits aux lieux et époques indiqués ; tous ceux situés dans le futur se produiront peut-être. Un seul est inéluctable : tôt ou tard nous rencontrerons Kali. " (9)

Kali, pour Clarke, c’est l’objet cosmique d’envergure qui obligatoirement se retrouvera dans les siècles à venir sur une orbite de collision avec la Terre et la percutera si l’homme n’intervient pas. C’est déjà lui qui, en 1973, dans son célèbre roman Rendez-vous avec Rama (10), avait imaginé la création d’un système international de surveillance, nommé Spaceguard, destiné à repérer tout astéroïde ou comète s’approchant un peu trop près de la Terre ou même tout vaisseau interstellaire pénétrant dans le Système solaire. Clarke a été entendu et Spaceguard existe aujourd’hui, c'est un réseau de télescopes automatiques spécialisés dans la détection d’objets célestes dangereux, s’avérant indispensable pour recenser tous les astéroïdes potentiellement dangereux pour la Terre, objets dont on ne connaît encore que quelques pourcents du total.

Tous ceux qui qui ont vu Meteor, ou plus récemment Deep Impact ou Armageddon, les deux grands films parus sur le même sujet en 1998, ou qui ont lu Le marteau de Dieu, ou un autre livre du même genre, se sont posé ces questions : " Une telle collision est-elle possible dans la réalité ? avec quelles conséquences principales ? ". Depuis le début des années 1950, la théorie de l'impactisme terrestre répond à ces questions. Aujourd'hui, on sait sans aucune équivoque que la réponse est oui. Cette éventualité est non seulement possible, mais certaine à l'échelle astronomique.

Arthur Clarke, bien connu pour son sens du raccourci, a résumé en une seule phrase la conséquence essentielle du cataclysme d’origine cosmique qui a eu lieu il y a 65 MA et auquel est consacré le chapitre 12 :

" L’horloge de l’évolution remise à zéro, le compte à rebours menant à l’homme pouvait commencer. " (11)

J'étudierai dans ce livre les différents aspects et les données chiffrées du problème, et le lecteur non scientifique, peu au courant préalablement et sans idées préconçues, ne pourra qu'être étonné par les résultats de cette enquête. Une chose est sûre : à la lumière de tous chiffres actuellement disponibles, le pire paraît plus probable qu’il y a trente ans. Le marteau de Dieu ne fait que raconter la réalité de demain.

Des preuves d'abord astronomiques
et géologiques


Deux approches totalement différentes ont permis de se rendre compte du bien-fondé de la théorie de l’impactisme terrestre. D'abord, une approche astronomique. Depuis la fin du XIXe siècle, on a découvert plus de 5000 petits astéroïdes (des EGA avec Dm < 0,100 UA) qui peuvent s'approcher fortement de la Terre. Certains sont d'origine planétaire, d'autres sont des noyaux de comètes mortes ou en sommeil. On sait maintenant d'une manière formelle et définitive qu'il s'agit là du "matériel", constamment renouvelé, qui frappe et meurtrit notre planète depuis 4,6 milliards d'années. Dans certaines circonstances, beaucoup plus rares (en 2011 moins de 200 NEC différentes sont répertoriées), ce sont des comètes actives qui peuvent entrer en collision avec la Terre.

Il existe aussi un autre impactisme, totalement différent de l'impactisme "macroscopique" résultant des impacts d'astéroïdes et de comètes, que l'on nomme l'impactisme invisible ou
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