Des espaces au cœur de la mondialisation Un enjeu économique considérable








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date de publication16.04.2017
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Thème 2 : Les dynamiques de la mondialisation: Les territoires dans la mondialisation

Les espaces maritimes : approche géostratégique

Introduction :



La planète Terre est composée à 71% de sa surface par des espaces maritimes. Si les mers et les océans ont toujours été des enjeux géostratégiques majeurs, la mondialisation leur confère une importance de plus en plus grande.

Problématique : Dans quelle mesure la mondialisation a-t-elle fait des espaces maritimes des espaces stratégiques majeurs ?

Plan du cours :

  1. Des espaces au cœur de la mondialisation

  2. Les ressources des espaces maritimes

  3. Les enjeux géostratégiques des espaces maritimes
  1. Des espaces au cœur de la mondialisation

  1. Un enjeu économique considérable





  • Les espaces maritimes sont d’abord stratégiques car ils sont au cœur des processus de mondialisation et plus particulièrement des échanges. La division internationale du travail entraine une intensification de la circulation de matières premières, énergies, pièces détachées et produits manufacturés. La révolution des transports et la multiplication des navires spécialisés (porte conteneurs, minéraliers, pétroliers etc.) a permis un effondrement des coûts.

  • Le transport maritime assure aujourd’hui près de 80% du transport de marchandises. Par ailleurs, les câbles de télécommunication sous-marins transocéaniques jouent un rôle essentiel dans les échanges d’informations et de capitaux. Les fonds marins sont aussi parcourus par un réseau d’oléoducs et de gazoducs.
  1. Des routes maritimes stratégiques





  • Les routes maritimes présentent donc un intérêt géoéconomique évident. On parle d’un phénomène de littoralisation de l’économie mondiale. Les façades maritimes des Etats s’intègrent beaucoup plus à la mondialisation que les intérieurs, ce qui crée des disparités infranationales. La mondialisation est responsable de l’émergence de grandes façades maritimes qui concentrent les hommes et les activités : façade européenne du Northern Range, mégalopolis est-américaine et japonaise, façade est-asiatique.

  • Des routes maritimes – invisibles mais réelles – relient ces grandes façades entre elles, dessinant une sorte d’anneau maritime entre les pôles de la Triade. Il existe toutefois de nombreuses routes secondaires. La mondialisation contemporaine a déplacé le centre de gravité du commerce international de l’Atlantique vers l’Asie Pacifique qui abrite 8 des 10 principaux ports mondiaux.
  1. Des routes maritimes vulnérables





  • Ces routes maritimes, essentielles au fonctionnement de la mondialisation sont aussi très vulnérables. Elles empruntent des points de passage obligés, pour des raisons de coûts ou de simple géographie, appelés « points nodaux » ou « seuils ». Certains de ces seuils sont naturels, comme les détroits, tels ceux de Gibraltar, de Malacca ou du Bosphore. D’autres sont artificiels comme les canaux transocéaniques de Suez et de Panama, objets de nombreuses rivalités depuis le XIXe siècle et qui font actuellement l’objet de travaux d’agrandissant en raison de l’augmentation des flux maritimes.

  • Avec le réchauffement climatique et la fonte des glaces, on entrevoit la perspective d’ouvrir une nouvelle voie maritime dans l’océan Arctique qui permettrait de relier l’océan Atlantique à l’océan Pacifique par le Nord. Cette route permettrait de relier les pays du Nord (en particulier l’Europe septentrionale et le Canada) à l’Est de l’Asie (Japon, Chine) beaucoup plus rapidement qu’actuellement. Les pays riverains à cette voie se disputent déjà le contrôle de celle-ci, mais aussi des puissances émergentes comme la Chine, désireuse de réduire la longueur des trajets maritimes vers l’Europe.
  1. Les ressources des espaces maritimes

  1. Les ressources halieutiques





  • L’exploitation des ressources halieutiques (ressources vivantes, animales ou végétales, des milieux aquatiques) prend une importance nouvelle avec la mondialisation. Aujourd’hui, le quart de l’humanité dépend directement des produits de la mer pour son alimentation et la croissance démographique actuelle aggrave la pression sur ces ressources. 90 millions de tonnes de poissons sont pêchées chaque année (contre 20 millions en 1950), auxquelles il faut ajouter 60 millions de tonnes issues de l’aquaculture (production ou élevage de ressources vivantes en milieu aquatique).

  • Les grandes zones de pêche se localisent aujourd’hui surtout dans le Pacifique et l’Atlantique Nord et moyen. Elles font l’objet d’une compétition et d’une concurrence entre les Etats. Celle-ci entraine le risque de la surexploitation des espèces et certaines mers et océans souffrent déjà de la surpêche. Certaines espèces, comme le thon rouge, la baleine et le requin sont menacés d’extinction, tandis que les passages répétés de chaluts de fonds et de dragues ont un effet destructeur sur l’écosystème marin. Ces menaces environnementales sont doublées de conflits sociaux entre artisans pêcheurs et pêcheurs industriels, entre pêcheurs et autorités transfrontalières, et entre artisans pêcheurs de différentes origines…
  1. Les ressources énergétiques et minérales





  • Les mers et les océans renferment près du quart des réserves pétrolières et du tiers des ressources gazières mondiales. Les technologies d’extraction offshore (en mer, au large) permettent d’exploiter des gisements sous-marins de plus en plus profonds, notamment du Brésil, de l’Angola, de l’Indonésie, en mer du Nord ou dans le golfe du Mexique.

  • Les ressources minérales sont aussi considérables et contribuent à accroitre la convoitise des Etats sur les fonds marins : or, cuivre, manganèse et surtout terres rares, indispensables aux produits de haute technologie, dont les océans concentrent 99% des réserves.

  • L’exploitation actuelle ou future de ces ressources fait donc l’objet de tensions entre les Etats : la Chine et le Vietnam revendiquent des archipels situés en mer de Chine parce que leur localisation permet l’exploitation de ressources énergétiques. L’archipel des Spratly situé dans cette mer fait d’ailleurs l’objet de conflits multiples entre les Etats bordiers, Chine et Vietnam, mais également Philippines, Malaisie, Brunei et Taïwan. Le conflit entre la Chine et le Japon à propos des îles Senkadu Diaoyu est du même type. Le Golfe de Guinée est aussi un point chaud du fait des gisements offshore.
  1. Le droit maritime et ses problèmes





  • La course aux ressources naturelles et au contrôle des routes maritimes a rendu nécessaire l’établissement d’un droit maritime capable de régler les litiges entre les Etats. Depuis 1994, la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer distingue les eaux sous souveraineté (intérieures et territoriales), la zone économique exclusive (ZEE, elle peut s’étendre jusqu’à 200 miles soit 370 km des côtes, extensible à 350 miles dans le cadre du plateau continental, c’est-à-dire du prolongement physique d'un continent sous la mer) et les eaux internationales.

  • Les ZEE font l’objet de nombreuses revendications de la part des Etats qui cherchent tous à étendre leurs limites. Ainsi, de nombreux conflits ont lieu autour de ces zones. Par exemple, la Russie et la Norvège se disputent la mer de Barents, riche en hydrocarbures, depuis le début du XXe siècle. Les Etats-Unis possèdent la plus grande ZEE, suivis par la France grâce à ses possessions Outre-Mer.
  1. Les enjeux géostratégiques des espaces maritimes

  1. La géostratégie maritime, un reflet de la géostratégie mondiale





  • La géostratégie mondiale comporte donc un volet maritime évident. La domination de la mer est historiquement à la base de la puissance de nombreux Etats (les grecs dans l’Antiquité, l’Empire hispanique, le Royaume-Uni au XIXe siècle…) L’océan est plus que jamais l’espace dans lequel les grandes puissances peuvent déployer leurs capacités militaires et leur force de projection. La militarisation des espaces maritimes passe aujourd’hui par des groupes aéronavals centrés sur des porte-avions et relayés par des sous-marins nucléaires.

  • Les Etats-Unis constituent à cet égard une puissance sans rival depuis 1945. Ils détiennent 80% des porte-avions dans le monde et jouent le rôle de gendarmes de l’océan mondial. Les autres puissances ne peuvent rivaliser avec les Etats-Unis mais la France, la Russie et le Royaume-Uni possèdent également des sous-marins nucléaires et les puissances émergentes augmentent constamment leurs dépenses d’armement, dans le domaine aéronaval en particulier. Ainsi, la Chine fournit actuellement un effort naval de rattrapage important et s’impose comme puissance régionale, au même titre que de nombreux pays émergents.
  1. Le contrôle des espaces sensibles





  • La libre navigation est une condition de la mondialisation actuelle. Ainsi, ces marines de guerres s’efforcent entre autre de contrôler les points et zones sensibles. Les détroits et canaux transocéaniques sont particulièrement sous tension car ils sont le point de passage obligé des flottes commerciales. Le cas du Proche et du Moyen Orient illustre bien les tensions et conflits qui entourent ces zones (crise de Suez, guerre du Golfe etc.)

  • Les principales routes maritimes sont confrontées au risque de la piraterie. Celle-ci est principalement présente dans trois zones : autour du détroit de Malacca en Indonésie, dans le Golfe d’Aden au delà du détroit de Bab-el-Mandeb et dans le Golfe de Guinée, mais aussi dans les Caraïbes et la Baie du Bengale : les pétroliers y sont régulièrement détournés et les navires marchands, de pêche ou de plaisance subissent également des attaques. Les grandes puissances mondiales et les Etats riverains coopèrent dans le domaine de la lutte contre la piraterie car celle-ci fragilise le commerce international. Par exemple, la Chine développe un réseau de facilités navales, le « collier de perles », le long de la route du pétrole depuis le golfe persique.
  1. La permanence des revendications et des conflits





  • On compte plus de 70 litiges opposant les pays riverains. Ce peut être pour des questions de zones de pêche (France et Espagne autour de l’anchois par exemple), ou bien de contrôle géopolitique, comme les détroits, ou encore du contrôle des ressources en hydrocarbure de la mer de Chine méridionale revendiquée par la Chine jusqu’à plus de 2000 km de ses côtes.

  • En Arctique, la Russie revendique l’extension de sa ZEE jusqu’au pôle. Et la Chine, soutenue par l’Islande au sein de laquelle elle a récemment investi des milliards, s’est auto-proclamée Etat quasi-arctique. De son coté, le Canada estime que le passade du Nord-Ouest appartient à sa ZEE, tandis que les Etats-Unis estiment qu’il s’agit d’un détroit international. Russie, Danemark (Groenland) et Canada revendiquent la dorsale de Lomonossov comme prolongement de leur propre plateau continental. La Russie y dépose en drapeau par plus de 4000 mètres de profondeur en 2007.





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