0 Urbanisme (2). Note du 22/3/02








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0.7.2. Urbanisme (2). Note du 22/3/02


Dans la perspective de l’introduction d’un cours d’ « urbanisme et aménagement du territoire » (30 heures) et d’un cours de « législation de l’urbanisme » (20 heures) dans le tronc commun des études d’architecture à La Cambre, Jean De Salle souhaite procéder à une « analyse des contenus des cours existants et futurs » afin de « formuler une proposition d’un ensemble de cours structuré et complémentaire basé sur un projet pédagogique cohérent et le plus ouvert possible en fonction des besoins»1. Il s’adresse aux enseignants du groupe de cours n°12 (urbanisme) (P. Burniat, B. Terlinden, Y Rouyet) et de l’option urbanisme (M. Gossé et JP Pouchous).
Quelques précisions à propos du cours d’Histoire et Morphologie (H&M)


  1. Le cours d’H&M a été introduit dans le programme du tronc commun par Marcel Pesleux il y a environ quinze ans. Marcel y introduisait à diverses contributions alors assez récentes et fort nourries, italiennes, françaises et anglo-saxonnes, sur les questions de classification formelle, de syntaxe, de méthode en architecture : Rossi, Moneo, Vidler sur les questions de typologie, Aymonino, Panerai et Castex sur les questions de morphologie urbaine, Colquhoun sur la question de la syntaxe chez Le Corbusier, R. Padovan sur certaines distinctions typologiques fondamentales, Colin Rowe et Wittkower sur la recherche palladienne sur le type de la villa, etc.

  2. Depuis six ans (ma succession à Marcel), les questions de méthode sont abordées de façon sans doute moins éclectique. Le cours est plus strictement fondé sur les travaux de l’école rationaliste italienne et espagnole. Il introduit aux recherches de Muratori sur les questions qui regardent la relation entre histoire et morphologie urbaine, ainsi que sur certaines des principales questions d’analyse, Rodgers sur les caractères spécifiques de l’expérience en architecture, Rossi sur les principales distinctions qui fondent la classification des faits urbains, Aymonino sur le phénomène urbain contemporain, les conditions sociales de son développement et ses principales questions irrésolues, Grassi sur les rapports entre analyse et projet, sur les fondements de la méthode rationaliste en architecture, sur la dialectique du type et de ses déterminations, Caniggia et Maffei sur la question de la persistance de la structuration architectonique du territoire, Marti Aris sur la question de la typologie, sur la fondation structuraliste de la typologie contemporaine, Monestiroli sur les formes de la résidence, etc.

  3. Les éléments de théorie et de méthode sont exposés à travers l’exploration de plusieurs villes d’Europe et du Nord de l’Afrique, choisies soit à titre de paradigmes soit pour la clarté avec laquelle elles énoncent les raisons de leur écart textuel (par exemple : Timgad et Djémila pour la ville antique, Lubeck et Bruxelles pour la ville médiévale). Cinq grands corps de théorie urbaine se dessinent, qui correspondent à quatre grands moments de l’essor du projet urbain européen : théorie de la ville antique, théorie de la ville médiévale, théorie de la ville princière, théorie de la ville capitale, théorie de la métropole. L’énoncé des éléments de théorie urbaine accorde une certaine priorité à d’importants développements sur la question du rapport de la ville et du territoire en général (la ville comme élément de la configuration du territoire). Elle traite, notamment, de la crise de ce rapport dans l’expérience de la métropole.

  4. Une attention particulière est dédiée, pour chacun des cinq groupes de villes, à l’exposé des rapports entre forme urbaine et forme de l’organisation collective (l’une et l’autre objets d’un processus de transformation, qui n’est jamais pure refondation ni pure continuation). Sources : Pirenne, Braudel, Bloch, Febvre, Gruber, Chevalier, Panovsky, Burckhardt, Gombrich, Chastel, Haine et Wauters, Jacquemyns, Hilberseimer, Kaufmann, Benjamin

  5. Chaque année, une partie du cours est dédiée à la discussion de questions de transformation urbaine en relation étroite avec les travaux menés au sein du centre d’études AUD/La Cambre ou de l’option « urbanisme » (sur la question de la transformation de l’îlot bruxellois, sur la question du rapport entre Bruxelles et son site fluvial, sur la question de la stratification architectonique de Bruxelles et en particulier sur le projet du troisième sédiment de Bruxelles (Bruxelles métropole européenne), etc.)



Points d’interrogation



La distinction architecture/urbanisme est-elle encore féconde aujourd’hui ?
Faut-il, comme on le fait encore à La Cambre suivant une coutume largement passée dans nombre de pays voisins, continuer à séparer en deux disciplines l’étude de la configuration des phénomènes territoriaux : l’architecture pour l’étude de l’édifice considéré indépendamment de ses relations externes et l’urbanisme pour l’étude des relations entre les phénomènes territoriaux (éléments d’architecture vs éléments d’urbanisme) ?2
Et, si nous désirons la maintenir, quel sens lui donner ?
Plutôt que de continuer à considérer l’urbanisme comme discipline de la configuration territoriale, ne serait-il pas préférable de la reconnaître comme « métadiscipline », c’est-à-dire table ronde, lieu de convergence des différentes disciplines concernées par la modification du milieu physique :

  • architecture et paysagisme, en qualité de disciplines de la formation du territoire (disciplines de la théorie du territoire)

  • démographie, anthropologie, sociologie, étude des communications et de la mobilité, législation de l’environnement et de l’aménagement du territoire en qualité de disciplines de l’usage du territoire (disciplines de la pratique du territoire)

  • géographie (discipline théorico-pratique du territoire) et histoire (discipline pratico-théorique du territoire) en qualité de disciplines dédiées aux rapports de la théorie et de l’usage du territoire


L’urbanisme, alors, ne pourrait-il pas renouer avec l’objectif que lui avaient fixé les plus progressistes de ses initiateurs : n’être pas le fait d’un spécialiste de plus dans le processus de la modification du milieu physique, détenteurs de secrets inconnus de tous les autres, mais bien le lieu de la mise en commun et de la convergence des savoirs et savoir-faire, le lieu de l’élaboration du projet territorial dans toutes ses dimensions ?
Dans la perspective éventuelle d’une réinscription des questions de formation du territoire à toutes les échelles du projet au sein de la formation des architectes et des paysagistes, quel rôle reconnaître aux cours dédiés à l’analyse formelle du territoire, au cours d’H&M par exemple, mais aussi à certains cours de l’option CRT, ceux dédiés en particulier à la réflexion sur les « nouveaux paradigmes urbains » ?
Faut-il comprimer ou au contraire amplifier ces cours, comment les articuler entre eux ?
Quels rapports établir entre les cours dédiés à l’exposé des conditions de légitimité (sociale et culturelle) du projet territorial et les cours dédiés à l’exposé des conditions de légalité du projet territorial (planification, réglementation et législation) ?

C’est-à-dire, plus généralement, quels rapports entre conception et exécution du projet territorial ? (question centrale, à mon avis, puisqu’il s’agit justement d’introduire la légalité dans un tronc commun qui ne se préoccupe jusqu’ici que de légitimité)
Quels rapports entre cours théoriques et travaux pratiques ?

Quels rapports entre cours du tronc commun et cours à option ?

1 Extraits du texte d’invitation à la première réunion du 5 février 2002, non daté

2 On sait les conséquences de ce type d’approche sur la manière dont les étudiants futurs architectes abordent le projet : l’architecture, le « texte », c’est l’objet à construire, le reste, c’est de l’urbanisme, c’est de l’ordre, presque négligeable, du « contexte ». Ne s’agirait-il pas d’enseigner à lire le territoire comme le texte, d’enseigner à lire l’ « architecture du territoire », exactement comme l’informaticien décode l’architecture d’un programme – c’est-à-dire la structure logique-formelle de ce programme -, pour considérer par conséquent l’éventuel objet à construire comme moment de la modification de cette architecture : le projet comme moment de transformation de l’architecture d’un territoire.

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