THÈse pour le diplôme d’État








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ANNEXE 7 : INTERVIEW DE SANDRINE



Le 18 août 2013.

Interview de Sandrine mère d’Hippolyte, âgé de 10 ans en classe de CM2 à Nantes. Petit garçon à Haut Potentiel diagnostiqué bien trop tard d’après sa maman…

« Ça m’aurait changé la vie si on avait posé le diagnostic avant.»

Bonjour Sandrine,
Combien d’enfants avez-vous ?

J’ai deux enfants. Hippolyte est le 2ème donc le dernier.
Quel est votre métier et celui de votre mari ?

Moi je suis artiste peintre et mon mari est ingénieur.
Il y a-t-il dans votre famille des personnes qui ont été diagnostiquées « HP » ?

Je pense que oui, mon beau-père, le papa de mon mari. Il était professeur en Chirurgie vasculaire, il avait un Doctorat en géologie, et puis il a eu le concours des Arts et Métiers aussi. Le frère aîné de mon mari, est également chirurgien vasculaire, son autre frère est ingénieur, une de ses sœurs phlébologue et son autre sœur infirmière.
Ont-ils des enfants HP ?

Oui, on pense que l’aîné d’une des sœurs de mon mari est précoce. Mais elle n’a pas été dépistée. Mon frère aussi a 3 enfants dont 2 qui ont sauté des classes.
Est-ce que votre grossesse a été différente pour vos 2 enfants ?

Oui, très différente. Roxane (ndrl, sa fille aînée) faisait des toutes petites vagues, des petits mouvements et en même temps j’accompagnais avec une sophrologie, une grossesse de détente. Hippolyte lui était extrêmement nerveux, il donnait des coups de pieds tout le temps, tout le temps, il bougeait beaucoup, à tel point qu’on a cru qu’il m’avait déchiré un muscle des côtes. C’était l’été de la canicule, j’ai moi-même beaucoup souffert de la chaleur, j’étais très nerveuse et j’ai fait une phlébite à 6 mois de grossesse. J’étais sous anti coagulants alors la grossesse ne s’est pas bien passée.
Est-ce que vous avez allaité Hippolyte ?

Oui, je l’ai allaité 3 mois. J’avais allaité Roxane 6 mois. J’ai été obligée d’arrêter d’allaiter Hippolyte car j’avais un antibiotique qui passait dans le lait et du coup ça l’a tari. Du coup moi, j’ai fait une sorte de baby blues du fait d’être contrainte d’arrêter d’allaiter mon bébé.
A sa naissance, est ce que certaines choses vous ont interpellé ?

Non. Bébé jusqu’à 11 mois c’était un amour. Il était nerveux au niveau de l’allaitement par contre. Il tétait très nerveusement. Et puis il faisait 4 kg donc c’était un très gros bébé qui avait souvent faim mais je le trouvais très facile. Et en fait ça a commencé à changer à partir de ses 11 mois. Il a marché à 11 mois donc très tôt et à partir du moment où il a marché ça a été l’horreur totale. Il a commencé à tout escalader. Il montait sur le canapé pour décrocher les cadres, c’était des bêtises les unes après les autres. Mais c’est vrai que d’habitude on a un peu plus de temps avant qu’ils marchent, on les met dans un parc mais en fait là, très rapidement il a marché.
Il a commencé par marcher à 4 pattes…

Non, il a marché d’un coup. En revanche il a parlé plutôt assez tard. Je pense qu’il comprenait tout ce que nous disions et il s’est mis à parler d’un coup. Il n’a pas fait de petits mots, il a fait des phrases tout de suite.
Vers quel âge a-t-il commencé à parler ?

Il n’a pas parlé super tôt. Je dirais qu’il a parlé vers 2 ans voire 2ans et demi, je ne me souviens plus de l’âge exact. Je sais juste qu’il n’était pas super en avance. Il comprenait tout ce qu’on disait mais il ne parlait pas.
Il ne parlait pas et tout à coup, ça s’est débloqué ?

Oui, c’est ça. Et c’était des phrases entières avec des mots dont il comprenait le sens, et qui étaient assez élaborés pour son âge. Par contre il n’a été propre que le jour de la rentrée. La propreté c’était assez tard aussi. Les nuits ça a duré longtemps avec les couches. Et puis par exemple, le vélo il a su en faire très tard aussi. Là, il va avoir 10 ans, ça fait 2 ans qu’il prend des cours de natation et il ne sait toujours pas nager. Il ne sait pas, au niveau de la motricité, faire les jambes et les bras en même temps. Il se débrouille avec le crawl pour flotter mais il ne sait pas nager. Il est en retard au niveau moteur.
Et au niveau de la lecture…

Justement, il ne savait pas lire avant le CP. C’est pour ça que pour moi il n’était pas précoce. En fait, je pense que ça ne l’intéressait pas plus que ça, par contre quand il a su lire, il était émerveillé et il a appris très facilement.

En revanche, il faisait du calcul mental bien plus rapidement que tout le monde. Le calcul mental, à 5 ans, il calculait déjà les additions de tête avant même de rentrer en CP.
A-t-il posé des questions existentielles ?

Oui. Ça c’est frappant. Par exemple « Et pourquoi on vit ? », « Et à quoi ça sert ? ». Il y a toujours eu des questions comme ça. Même par rapport aux astres, des trucs comme ça. La situation de la terre par rapport au soleil. Et très tôt, il a eu des fixettes sur des sujets. A trois ans, il connaissait toutes les races de dinosaure. Mais attention, pas le tyrannosaure que tout le monde connaît, non, plutôt le pachynosaure, le machin, le truc… Et puis après il s’est fait une fixette sur l’Egypte. Il connaissait tout sur l’Egypte. A chaque fois qu’il regarde un documentaire du genre « C’est pas sorcier », il se rappelle de tout ce qu’il a vu. Il a une mémoire énorme. Il se souvient de tout ce qu’il voit. Même un truc d’il y a 2 ans, il peut se rappeler l’heure, le jour… il a le souci du détail. Il sait exactement comment était vêtue une personne le jour où il l’a vu même si c’était il y a 4 ans. Le détail que nous, on ne voit pas du tout.
Mais il n’y a pas que la vue…

Oui, oui, il y a aussi l’odorat. Ca le dérange beaucoup comme le bruit. Il nous est arrivé à un concert de plier bagages parce qu’il s’est mis les mains sur les oreilles. Il était complétement crispé, il fermait les yeux. On a dû sortir parce que la musique était trop forte. C’est à ce moment-là qu’on a eu un doute sur l’autisme. Il ne supporte pas le bruit. Ah oui et le chaud et le froid. En été parfois il peut mettre sa polaire au-dessus de son tee-shirt. On a l’impression qu’il ne sent pas la chaleur. En hiver il va sortir en tee-shirt sans son manteau. Ca, ça m’a frappé. Il n’est pas sensible aux trucs extérieurs, il ne se rend pas compte. Comme si ça ne l’atteignait pas. Ca, je ne sais pas à quoi c’est dû.
Et sur le plan affectif ?

C’est comme un petit…ça le pédopsychiatre nous a confirmé cette année, qu’il était bien au-dessus au niveau de l’intellect mais au niveau affect ; il a l’affect d’un enfant de 3 ans. Il ne sait pas du tout gérer ses émotions, ni dans le positif, ni dans le négatif. Il est submergé par des émotions et il ne sait pas comment les sortir donc ça part en bougeotte. Un jour il n’arrivait pas à faire son exercice donc il a lancé le cahier, le cartable, tout est parti dans le salon et il n’arrivait plus à se contrôler. Il est aussi très anxieux.
Est-ce que dans votre entourage (famille, amis, équipe pédagogique), il y a des gens qui ont remarqué ses particularités ?

Oui, oui, l’instituteur de petite section. Il est tout de suite venu nous voir en nous disant que ça n’était pas normal. Il nous disait que quand il lisait une histoire, tout le monde était assis sur les bancs et Hyppolyte courait derrière. Donc ça c’était en petite section et moyenne section… tous les ans. Et en CP ça a commencé à se calmer parce qu’il a vu le regard des autres. Il a commencé à sauter pour apporter son devoir et il a vu que toute la classe le regardait donc là il s’est un peu calmé.
Mais là, ils n’ont pas pensé à la précocité ?

Non. En petite section, l’instituteur a dû y penser parce qu’il a vu qu’il travaillait très vite et à la fin de l’année j’avais tout en double. Tous les trucs qu’il avait fait 2 fois parce qu’il travaillait vite. Par contre en moyenne section, l’institutrice m’a convoquée en pensant qu’il était autiste. Elle avait eu un petit enfant autiste l’année précédente et elle trouvait qu’il lui ressemblait beaucoup. Et puis après en grande section on l’a évincé de tout. C’est-à-dire que dès qu’il partait « en live » on l’envoyait dans la classe d’à côté ou alors il était puni à la porte ou on ne l’emmenait pas à la piscine, pas au cinéma, pas à la bibliothèque parce que les professeurs avaient peur qu’il se fasse écraser par exemple.
On disait toujours qu’il était autiste à ce moment-là ?

Non. Là ils pensaient plus à de l’hyperactivité. C’est juste l’institutrice de moyenne section qui m’avait parlée d’autisme. Mais on a eu un doute par rapport à l’autisme l’année dernière parce qu’on trouvait qu’il était dans sa bulle, dans son monde et qu’il ne regardait pas franchement ou fixement. Et puis en fait la pédopsychiatre qui est quelqu’un de très rassurante, m’a dit « non, non, pour moi il n’a pas les symptômes d’Asperger ». Surtout qu’il y a un cas dans notre famille. Mais du coup on m’a dit, que ça n’était pas ça et que c’était juste un manque de concentration… Mais c’est vrai qu’on s’est posé la question…
Lorsque l’on vous a dit qu’Hippolyte était peut-être autiste, vous êtes allés voir un professionnel de santé ?

Oui, on est allé voir le Docteur Lechertier à Angers qui est un pédopsychiatre et qui lui a fait passer des tests. Alors je ne sais pas ce que c’était comme tests. C’était des tests de 2 fois 3 quarts d’heure avec des diapositives, des images, des dessins. Et alors le Docteur Lechertier m’a dit qu’il avait fait tous les tests en faisant le poirier… Je ne me rappelle plus des résultats et je n’ai pas le rapport avec moi mais c’était au niveau cognitif ou… Bref il m’avait dit « votre fils est en avance intellectuellement, il a un vocabulaire très élaboré pour son âge » et il m’avait dit « son problème c’est qu’il ne vit pas dans le monde présent ». Et c’est vrai qu’il vit dans l’imaginaire tout le temps, tout le temps. Et ça on me l’a redit cette année. On m’a conseillé de lui faire faire des choses concrètes comme un peu de cuisine, un peu de jardinage… En fait, il n’arrive pas à faire la différence entre la vraie vie et les films à la télé … Il vit beaucoup beaucoup dans l’imaginaire…
Mais du coup le Docteur Lechertier vous a dit qu’Hippolyte était en avance intellectuellement mais on ne vous a pas dit qu’il était précoce ?

Non parce qu’on nous a dit que les tests n’étaient pas très fiables parce qu’il n’avait que 3 ans et que les vrais tests c’était à partir de 7 ans. On nous a dit que ça pouvait changer : ça pouvait soit se stabiliser parce qu’à l’époque on nous avait dit qu’il n’avait que 6 mois d’avance intellectuellement, soit régresser. On nous a dit qu’on ne saurait vraiment qu’à ses 7 ans. Mais c’est vrai que, comme il n’a pas su lire avant le CP, moi dans ma tête je me suis dit qu’il était un peu en avance mais pas plus que ça…
Donc vous ne vous êtes pas dit qu’il était surdoué ?

Non. Pour moi il n’était pas surdoué. Par contre en effet, il était toujours très anxieux. Il a commencé à développer des TOC mais moi je ne savais même pas ce que c’était. Je croyais qu’il avait un vrai problème. Par exemple, le matin il fallait mettre les chaussettes avec la couture dans un axe spécifique sinon ce n’était pas bien, il fallait recommencer. Et moi j’arrivais tous les matins en retard à l’école. Après il nous a fait ça sur les boutons de l’ascenseur. S’il n’appuyait pas d’une certaine façon, il aurait une mauvaise journée… Je me disais mais qu’est-ce qu’il se passe. Et c’est là que le médecin généraliste nous a rassuré en nous disant « ne vous inquiétez pas ça s’appelle des troubles obsessionnels compulsifs, ce n’est pas grave, c’est un signe d’anxiété en fait ». Par contre il m’a dit que ce qu’il fallait enlever c’était l’anxiété qui est à la base et qu’après les TOC partiraient tout seuls. Il me disait qu’on ne pouvait pas l’empêcher de faire ses TOC. Par contre on pouvait voir un spécialiste pour enlever l’anxiété.
Et la nuit, est-ce qu’Hyppolyte a des troubles du sommeil ?

Oui. Il fait des cauchemars, il a des terreurs nocturnes. Ça lui arrive de trembler et de se réveiller avec de la sueur partout. Il nous a réveillé 4 ou 5 fois la nuit pendant des années et des années. Et puis pas envie de dormir, se levant tous les matins à 7h…
Et donc pour ça, vous êtes allez voir quelqu’un ?

Alors nous au début, vers 3 ou 4 ans on nous a juste conseillé d’aller voir la psychologue de la PMI. Et puis ça a commencé à devenir vraiment handicapant en moyenne section et là on nous a indiqué un pédopsychiatre à Asnières parce qu’on habitait à Bois-Colombes qui l’a pris en charge et on y allait toutes les semaines. Et puis après quand on est parti à Nantes, on a été voir un Professeur en pédopsychiatrie qu’on nous avait conseillé à l’hôpital de Nantes, spécialiste en hyperactivité qui lui a fait passer des tests… Les tests n’étaient pas très bons, surtout au niveau de la concentration et il nous a préconisé de le mettre sous ritaline. Avec mon mari on a refusé. On s’est dit hors de question qu’on drogue notre enfant, il y a sûrement d’autres solutions que de droguer un enfant pour qu’il soit calme. Le problème c’est que toute la famille partait en vrac. Parce qu’un enfant qui sort 9 fois de table pendant le repas, qui ne veut pas se coucher, qui balance tout ce qu’il trouve, qui déborde dès qu’on l’emmène quelque part… Dès qu’on était invité, il débordait. Par exemple, il grimpait sur la table basse des gens qui nous recevaient. Du coup on s’est coupé socialement. A un moment donné on n’allait plus chez les copains sauf ceux qui nous connaissaient très très bien.
Et donc ce Professeur en pédopsychiatrie a trouvé qu’il était hyperactif ?

Bah il nous a dit « écoutez, je trouve que les tests ne sont pas bons…». Mais on sentait qu’il n’était pas hyper sûr de lui. Il nous a dit, que si on refusait la ritaline il nous proposait de nous envoyer en CMPP faire de la psychomotricité pour aider Hyppolite à se concentrer, à se canaliser. Il nous a donné 2 mois pour réfléchir pour la ritaline. Et on lui a dit que ce qui nous embêtait c’est qu’à l’école il réussissait à mieux se contenir. Et donner de la ritaline sur le temps de l’école ça ne sert à rien puisque c’est à la maison qu’il ne se contient pas. Et puis on avait aussi lu des comptes rendus au Canada sur les influences de la Ritaline sur le cerveau qui n’étaient pas très bonnes. Donc on a opté pour la psychomotricité toutes les semaines pendant 2 ans. Après on a arrêté parce qu’il allait mieux l’année dernière en CE2. Et la rentrée de CM1 catastrophe ! Plus de concentration. Il était perdu dans tout, dans les cahiers, dans l’agenda… et là la pédopsychiatre qui le suivait a décidé de rapprocher les séances. Et puis parallèlement il avait aussi l’orthophoniste qui l’aidait toutes les semaines depuis 2 ans.
Pourquoi l’orthophoniste ?

Parce que Hippolyte est dysorthographique et dyslexique. Tout ça ce sont les instituteurs qui nous ont avertis. Et puis depuis la fin de l’année elle nous a re-prescris la psychomotricité. Donc pour son CM2 c’est psychomotricité et orthophonie. Parce qu’en fait on s’aperçoit que lorsqu’on essaie petit à petit de retirer les béquilles ça ne va plus. On a essayé d’enlever la psychomotricité, on a essayé d’espacer les séances de pédopsychiatrie et ça ne va plus. Il ne peut pas ne pas avoir de suivi.
Alors il est hyperactif à la maison mais lorsqu’il fait quelque chose qui l’intéresse et qui n’est pas obligatoire comment est-il ?

Dans ce cas, il arrive à se concentrer. La télé par exemple même sur un truc qui l’intéresse il va quand même faire le poirier dans le canapé, il ne va pas rester assis. Par contre, sur un documentaire il va être collé dessus. Y’a que ça qui le calme : la culture. Donc moi, les jours où je n’en pouvais plus, je l’emmenais à la bibliothèque. La soif de connaissance y’a que ça qui le calme.
Et donc finalement qui a posé le diagnostic d’HP ?

Alors c’est le pédopsychiatre privé qui suivait Hippolyte. Elle m’a dit mais pourquoi cet enfant n’a jamais fait de test de QI ? Donc on a fait des tests de QI et puis en effet les tests ont montré que niveau raisonnement-compréhension il avait 130 de QI. En revanche, les résultats du test étaient très déséquilibrés : il avait 80 en concentration et 100 ou 110 en vitesse de traitement, ce qui est normal. Mais le raisonnement était vraiment très haut et la concentration basse. Ce qui collait avec le déficit de concentration trouvé par la neuro-pédiatre en fait.
Le test, c’était le WISC ?

Oui oui je crois.
Donc il a obtenu un résultat hétérogène au test WISC ?

Oui oui. C’est vrai que comme il avait eu 80 en concentration, ça faisait baisser son QI total. Moi je me disais donc qu’il n’était pas précoce mais la pédopsychiatre m’a expliqué que si, il était bien précoce parce que ce qu’il fallait regarder, c’était le résultat de raisonnement-compréhension. Et donc c’est pour ça qu’elle a préconisé de reprendre la psychomotricité pour l’aider sur la concentration. Elle m’a aussi expliqué qu’en général les enfants qui passaient le test de QI étaient très stressés au début et qu’ils se déstressaient tout au long du test. Pour Hippolyte ça a été l’inverse. Il est arrivé et le stress est monté tout au long du test. Elle m’a dit qu’elle pensait qu’il aurait pu avoir de meilleurs résultats s’il avait été moins stressé.
Est-ce que ces résultats ont été complétés par d’autres tests ?

Non, non, il n’a passé que ce test.
Et quelle a été votre réaction quand on vous a annoncé les résultats du test ?

Moi j’étais partagée parce qu’en fait je pensais que le QI total d’Hyppolyte allait être très haut, et en même temps j’étais soulagée parce qu’on m’avait dit que quand les 4 domaines n’étaient pas au même niveau ça expliquait les troubles du comportement de l’enfant. Donc on comprenait enfin pourquoi il était comme ça. Sa sœur a sûrement les 4 pôles au même niveau parce qu’elle a 18 de moyenne générale en 6ème mais elle n’a jamais eu de troubles du comportement.

Ce qui m’a rassuré aussi c’est que la psychologue m’a dit « bon bah voilà on comprend comment il fonctionne ». Mais on se sentait quand même encore très seuls parce qu’on ne nous a pas donné non plus de mode d’emploi. Moi, j’ai toujours dit « je ne connais pas le mode d’emploi de mon fils ».
La psychologue ne vous a pas dit comment faire avec Hyppolyte ?

Non. Elle, en fait elle fait passer les tests, elle sait qu’il est suivi toutes les trois semaines par un pédopsychiatre assez réputé à Nantes. Après quand elle voit qu’il ne va pas très bien elle rapproche un peu les séances.
Et quand elle l’a annoncé est-ce qu’Hippolyte était là ?

Non, non. C’est moi qui l’ai annoncé à Hippolyte et lui aussi il était soulagé. Il a dit « ah c’est pour ça que je me sens différent ! ». On n’a pas voulu lui dire qu’il était surdoué ou précoce parce qu’on ne voulait pas non plus qu’il se sente supérieur aux autres. On lui a dit « Hippolyte, on a compris pourquoi tu étais différent : c’est qu’en fait tu réfléchis autrement et que tu as une intelligence différente de nous. Mais tu as beaucoup de chance tu pourras faire un métier très intéressant. En fait tu es très intelligent. Mais ce n’est pas une anomalie, ce n’est pas une maladie. Sauf que du coup c’est pour ça que tu as des façons de réagir qui sont différentes de nous ». Et j’ai senti un énorme soulagement. Parce que je pense que dans sa tête il se sentait différent mais il ne savait pas pourquoi. C’était une angoisse pour lui.
Et la pédopsychiatre, quel terme avait-elle utilisé pour vous annoncer qu’Hippolyte était précoce ?

Elle nous a dit qu’il avait des facultés supérieures à la moyenne en fait. Elle ne nous a pas parlé de précocité pure. Elle nous a dit qu’il avait des facilités énormes. Elle nous a dit qu’il avait un vocabulaire très élevé pour son âge. Elle nous a dit aussi qu’il avait du mal à se repérer dans l’espace et que c’était un enfant très anxieux et qu’elle pensait que c’était dommage parce que ça le bloquait. Et c’est vrai que s’il est face à une difficulté, s’il y a quelque chose qu’il ne comprend pas il va laisser tomber tout de suite. Ça m’a été confirmé par l’orthophoniste. Mais par contre l’orthophoniste me dit qu’au casse-tête il l’a bat et il bat son père donc il adore ça.
A votre avis, quel professionnel aurait pu poser le diagnostic avant ? On a l’impression que c’est quand même dommage d’avoir attendu tout ce temps ?

Oui, moi j’ai l’impression d’avoir perdu vraiment beaucoup de temps. Je pense que le généraliste aurait pu le voir vu tout ce que je lui disais, il aurait pu déceler le truc. On n’aurait pas dû passer par la PMI où le suivi n’était pas assez poussé. Et moi ce qui m’a beaucoup blessé c’est qu’on nous disait que ça venait des parents. En PMI on me disait « vous ne le cadrez pas assez, il déborde parce que vous ne lui donnez pas assez de limites » et moi je leur répondais « je le cadre autant que ma fille qui elle ne déborde pas… ». Plusieurs fois on a pensé que c’était de notre faute. Ça me blessait parce que moi au fond en tant que mère je voyais bien qu’il était différent des autres petits garçons. Et à chaque fois on me disait que non. C’est pour ça que ce diagnostic a été aussi un énorme soulagement. Je me suis déculpabilisée. Je trouve qu’on culpabilise énormément les parents. Surtout à la PMI, où il allait toutes les semaines pendant 2 ou 3 ans.

Notre pédopsychiatre de Nantes qui nous suit actuellement est super parce qu’elle est rassurante et on a tout compris grâce à elle. Elle nous aide à comprendre comment il fonctionne et puis elle nous donne des techniques concrètes pour gérer les cauchemars par exemple. C’est elle qui a réussi à résoudre le problème des cauchemars.
Vous regrettez cette perte de temps ?

Oui. Ça m’aurait changé la vie si on avait posé le diagnostic avant. On a passé des années de galère. Ça a été très très dur. Avec mon mari, on a même failli divorcer parce qu’on y arrivait pas. On a vécu l’enfer à la maison. Et puis je n’ai pas eu de 3ème enfant aussi parce que le suivi d’Hyppolyte était trop compliqué. Toute notre vie tournait autour de ça pendant des années. On s’est coupé de nos copains, on ne pouvait pas aller au ciné… Au restaurant on ne pouvait même pas attendre d’avoir la carte parce que tout était mis à sac sur la table avant même d’avoir commandé.
Comment les choses ont-elles évoluées depuis que le diagnostic a été posé ?

Hippolyte a énormément progressé. Déjà il a l’orthophonie et la psychomotricité qui sont adaptées et en plus il grandit. Je pense que le fait de savoir pourquoi il est comme ça l’a beaucoup aidé. Et puis aussi on a fait attention à l’inscrire dans un sport collectif pour qu’il soit avec d’autres gens et qu’il se défoule. Donc il fait 1h30 de hand le vendredi soir et 1h30 le samedi en match. Plus le sport à l’école. En fait, on a été obligé de prendre une maison avec jardin. On s’est fait muter à Nantes parce qu’on ne pouvait plus vivre en appartement à Paris. On s’est fait muter en province pour avoir une vie plus calme, une maison, un jardin pour qu’il puisse courir. Avant on avait tous les voisins qui sonnaient tout le temps pour demander qu’Hippolyte arrête de courir et de sauter… Du coup on a changé notre vie. J’ai trouvé qu’en province on était beaucoup mieux encadré et mieux suivi par les professionnels de santé. A Paris finalement il y avait trop de monde, trop de spécialités, trop de gens et on nous a pas bien indiqué les bonnes personnes. Nantes c’est super pour Hippolyte et pour nous.
Et donc la pédopsychiatre a écarté l’hyperactivité ?

Oui. Maintenant on me dit que pour eux, c’est une anxiété ou une hyperactivité liée à la précocité. Ce n’est pas neurologique.
Pensez-vous que repérer les enfants dès la maternelle serait utile ?

Oui, très utile. Ça peut éviter des années de galère aux parents et puis à l’enfant aussi parce que du coup, au fur et à mesure des années, Hippolyte a perdu complétement confiance en lui à tel point qu’il se renfermait et qu’il avait l’impression d’être tellement différent. Il n’avait pas d’ami. Pendant des années il a été tout seul dans la cour de récréation. Même en maternelle. Et moi on me montrait du doigt en disant : c’est la maman du petit garçon qui monte sur les tables ou qui a démonté la bibliothèque en moyenne section…
Pourquoi avait-il démonté la bibliothèque ?

Parce que les livres n’étaient pas intéressants. Donc il a enlevé les clous et il l’a démontée. Il a été convoqué chez le Directeur qui lui a demandé pourquoi il avait démonté la bibliothèque et il lui a répondu « parce que tes livres sont pas du tout intéressants et que Mireille l’Abeille c’est pour les bébés ». Et il lui a dit aussi « t’as qu’à acheter des livres sur les dinosaures et sur l’Egypte et je ne démonterai pas la bibliothèque ».
Donc maintenant il est suivi par la pédopsychiatre, l’orthophoniste et la psychomotricienne ?

Oui, exactement. La psychomotricienne qui n’est plus en CMPP. Elle est indépendante maintenant. Parce que le CMPP était loin de chez nous, c’était compliqué et puis du coup je préfère faire comme ça parce que la pédopsychiatre travaille avec cette psychomotricienne. Par contre l’avantage du CMPP c’est qu’il y a une psychologue qui se déplaçait à l’école. Parce que qu’en Hyppolyte était en CP, l’école a fait une demande d’AVS parce qu’il ne comprenait pas les consignes. Ça allait beaucoup trop vite et il ne faisait jamais ce qui était demandé. Et puis mon mari m’a dit qu’il pensait que ça n’était pas une bonne idée d’avoir une AVS parce que ça allait le suivre dans son dossier scolaire et qu’il y avait des enfants autistes qui en avaient plus besoin que lui. Et donc la prof de CP qui était super, m’a dit qu’elle allait prendre Hippolyte en soutien et voir avec lui comment expliquer les consignes. Et c’est vrai que depuis le CP il est régulièrement en soutien, chaque trimestre. Il ne marche pas très bien à l’école. Chaque année il a peur de redoubler.

En maths il n’a que des A mais en français... En histoire et en science il se donne la peine d’apprendre, il a une grosse mémoire et il a tout de suite 19. Mais en français, tout ce qui est conjugaison ou grammaire… ce n’est pas terrible. En fait il ne veut pas apprendre par cœur sans comprendre. Il trouve que ça ne sert à rien, du coup il n’apprend pas. Donc tout ce qui est règles de grammaire etc… il a des D… Les tables de multiplications c’est pareil, il ne les apprend pas parce que ça n’a pas de sens pour lui.
Par exemple, en maths il trouve le résultat avant les autres ?

Oui mais il ne sait pas expliquer comment il a trouvé. Et ça pourrait le pénaliser. En CM1 ça va mais en CM2 ou 6ème il faut expliquer…
Est-ce que le fait de savoir qu’Hippolyte était précoce à modifier votre approche vis-à-vis de lui ?

Oui. Parce que maintenant on arrive de mieux en mieux à comprendre comme il fonctionne. On arrive à anticiper d’éventuelles crises et à les cadrer.
Avez-vous peur de l’avenir ?

Pour être honnête oui. L’entrée en 6ème nous fait peur. Le changement de professeur toutes les heures, le changement de classe. On ne sait pas vraiment comment il va se repérer. Hyppolyte déteste le changement, ça le panique. Il faut le prévenir de tous les événements sinon ça part en débordement. Donc là il va falloir anticiper et préparer chaque heure, chaque salle etc… Donc oui, c’est un gros stress.
Quel rapport Hippolyte a-t-il avec l’art ?

Il adore la musique classique notamment. Il a une très bonne oreille. Il a fait de la musique mais on a du arrêter parce que le solfège ça le perturbait. Il a fait 2 ans d’éveil musical dans une école de musique et puis après dès qu’il a commencé le piano et le solfège on a arrêté. Il fallait travailler tous les soirs 15 min mais il ne voulait pas travailler son solfège il voulait tout faire à l’oreille. La musique ca l’apaise. Il adore ça. Il est très sensible à l’art en général d’ailleurs. Par exemple il comprend mes toiles abstraites alors que les autres ne comprennent pas toujours. Il a une sensibilité très très développée, presque intuitive.
Pouvez-vous nous en dire plus sur son manque de concentration ?

Bien sûr. A l’école par exemple, il regarde par la fenêtre, il s’enfuit dans ses pensées pour que ça passe plus vite. Et parfois quand la maîtresse explique quelque chose elle le réexplique 3 fois pour que tout le monde comprenne mais lui une fois qu’il a compris il s’ennuie. Donc il regarde par la fenêtre. Il pense à ce qu’il fera ce soir avec ses legos. Il fait passer le temps.
Est-ce que les maîtresses étaient sensibilisées à ça ?

Non, pas tout le temps. Un jour, on m’a dit « votre fils, il est tout ramollo, il rêve tout le temps… ». Il se faisait même punir pour ça. La maîtresse me disait souvent que c’était dommage parce que finalement quand elle lui expliquait quelque chose il comprenait tout de suite…
Et du coup cette année la maîtresse le sait ?

Oui et ça a tout changé. Elle l’aide beaucoup en lui parlant. Les autres années on avait régulièrement des mots ou des punitions à signer.
Quelles sont les activités d’Hippolyte à la maison ?

Il fait beaucoup d’ordinateur. Il aime bien ça. La lecture aussi… Il fait des jeux un peu compliqués. De manière générale, il adore se creuser la tête. Par exemple, il adore le casse-tête et puis il bat tout le monde donc ça l’amuse beaucoup. Sinon il adore aussi dessiner. Il va faire des dessins très compliqués. Il invente des machines. Il colle des feuilles les unes au-dessus des autres parce que la machine progresse. Les Lego c’est pareil. Il fait des structures compliquées. Il a aussi besoin de se dépenser beaucoup beaucoup. Il fait beaucoup de sport.
Est-il bon en sport ?

Pendant longtemps il n’a pas été bon maintenant il est assez bon. Ça fait 3 ans qu’il fait du handball. Avant au foot, quand il y avait un papillon qui passait bah il s’arrêtait pour le regarder… Il avait aussi beaucoup de mal avec le vélo ou la natation, ce n’était pas trop son truc. Mais le hand il est bon. Ça lui donne confiance.
Et maintenant alors ?

On essaie de rattraper un peu toutes ces années de punitions et de moqueries… On essaie de le mettre en valeur. Maintenant il a un groupe d’amis. C’est nouveau. Il est même invité aux anniversaires. Avant, les autres mamans avaient peur parce qu’il avait une réputation d’enfant « casse-cou ». Hippolyte est un enfant très joyeux, il a beaucoup d’humour. Il a un humour très fin d’ailleurs. Il adore rigoler, faire la fête, faire des bêtises. Mais moi j’étais pareil. Mon frère aussi a beaucoup d’humour et c’est l’idole d’Hippolyte.

Finalement c’est ça qui est horrible, c’est qu’il était devenu triste à l’école. Alors qu’à la maison il ne l’était pas. Ça lui est même arrivé de pleurer avant d’aller à l’école, d’avoir envie de vomir, d’être pas bien. En disant, la maîtresse est trop méchante. C’était une vraie souffrance l’école.

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