La géographie : nomenclatures ou leçons de choses








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LA GÉOGRAPHIE : NOMENCLATURES OU LEÇONS DE CHOSES.



Jean-Pierre Chevalier
Le Dictionnaire témoigne des liens très forts qui existent au XIXe siècle entre la géographie et l’école primaire. Le rôle décisif de la généralisation de l’école primaire pour l’institutionnalisation de la géographie universitaire a souvent été souligné. Horacio Capel (1982) a montré qu’il s’agissait d’un phénomène européen. Catherine Rhein (1982) a souligné comment, en France, les économistes libéraux, E. Levasseur en particulier, s’étaient approprié la vieille géographie scolaire des Humanités pour la transformer au milieu du XIXe siècle en une discipline scolaire moderne, une sorte d’économie politique didactisée pour les jeunes élèves.

Pour autant, peut-on parler d’une géographie à l’école primaire ? Deux articles s’intitulent en effet “ Géographie ”, l'un dans la première partie, signé Franz Schrader, l'autre dans la seconde, dû à Pierre Foncin. A cela s’ajoute un nombre considérable de monographies géographiques signées par divers auteurs. Les conceptions de l’ensemble sont très contrastées Est-ce le signe d’une ouverture, voire de l’éclectisme du Dictionnaire et de la géographie scolaire ? Ou bien ces conceptions sont-elles différentes au point d’être contradictoires ?

1. Des géographes et des géographies

La géographie, science de la classification : Pierre Foncin (1879)

L'article Géographie de Foncin1, publié le premier, a pour fonction de donner à voir l’articulation des différents articles traitant de la géographie dans le Dictionnaire. Il ne cherche pas à donner une définition originale de son objet, s’autorisant de la définition de Littré pour désigner la géographie comme “ la science qui a pour objet de connaître les différentes parties de la superficie de la terre, d’en assigner les situations réciproques et d’en donner la description ”

Pierre Foncin distingue une géographie générale et une géographie appliquée. La géographie générale se divise en trois parties (mathématique, physique, politique) chacune de ces parties étant ainsi subdivisée :

“ I. GÉOGRAPHIE MATHÉMATIQUE.

1 Géographie astronomique (Voir Cosmographie)

2 Géographie géodésique (projections, chorographie, topographie) (Voir Cartographie, Arpentage), géographie nautique, mesures d’itinéraires.

II. GÉOGRAPHIE PHYSIQUE.

1 Géographie géologique. (Voir Géologie).

2 Géographie physique. (Orographie, hydrographie, sismographie).

3 La géographie météorologique (Voir Météorologie).

4 La géographie botanique.

5 La géographie zoologique.

III. GÉOGRAPHIE POLITIQUE.

Population.

Races.

Géographie médicale.

Langues, usages, coutumes, littérature, arts, sciences, croyance [...]

Organisation sociale [...]

Histoire [...]

Monuments [...]

Produits agricoles et industriels. […]. ”

Ce catalogue qui inventorie des objets de la “ géographie générale ” s'étend sur l'équivalent d'une page imprimée en petits caractères, sur 2 colonnes, soit environ 8 000 signes. Ensuite vient l’inventaire, plus rapide, de la géographie appliquée. Ce sont les mêmes rubriques que pour l’étude de la géographie générale, dans le même ordre de catalogue, mais ici la géographie économique est promue au niveau d’une grande sous-partie :

“ 1 Situation (longitude, latitude), orientation, superficie : Géographie mathématique.

2 Nature du sol, relief, cours d’eau ; climat, flore, faune : Géographie physique.

3 Population, race, langue, coutumes ; divisions administratives ; souvenirs historiques, monuments ; Géographie politique.

4 Agriculture, industrie, commerce : Géographie économique. ”

Puis après avoir rapidement évoqué une géographie comparée, Foncin décrit les “ rapports de la géographie avec les autres sciences ”. Il conclut en présentant sa conception taxinomique de la géographie : “ Ayant à représenter le monde terrestre en raccourci, elle résume et condense le savoir humain. Mais elle n'invente rien ; elle se contente de reprendre, de classer et de peindre. Ses qualités essentielles sont la clarté, la méthode et l'exactitude. “ Ensuite, il consacre les deux derniers tiers de son article à une Histoire de la géographie qu'il termine par ces propos.

“ Outre les ouvrages savants et spéciaux, des atlas et des revues, des récits de voyage contribuent à répandre le goût de la géographie. Il importe de seconder ce mouvement qui tend à rapprocher les peuples, à les instruire par la comparaison et l'expérience, et par conséquent à les améliorer, comme aussi d'encourager l'étude de plus en plus sérieuse et précise d'une science qui éveille l'imagination sans l'abuser, éclaire les intérêts légitimes du négociant ou de l'industriel, fournit des renseignements précieux à l'homme politique, satisfait les plus nobles curiosités, et ne saurait sans mentir à elle-même, avoir d'autre devise que celle de la vérité. ”

Au total, la géographie de Foncin a pour objet de tout inventorier, classer, dépeindre ; vaste catalogue, mais ambition restreinte pour une “ science ”.

L'article indique en post-scriptum les articles de la Deuxième partie du Dictionnaire traitant de la Géographie de la France ou de la Géographie générale (c’est-à-dire ici tout ce qui n'est pas géographie de la France). La liste des articles qui complètent l'article France souligne l'éclectisme de cette approche : Algérie, Alpes, Cadastre, Canaux, Chemin de fer, Colonies françaises, Départements, Droit administratif, Droit public, France, Glaciers, Provinces.

Les articles mis en rapport avec la “ Géographie générale ” montrent la combinaison des découpages étatiques et des grands ensembles continentaux. Globe, Mappemonde, Océans, Marées et Cartographie sont accompagnés par Asie, Inde, Orient (extrême), Afrique, Algérie, Égypte, Amérique, Océanie, Australie, Europe, Alpes, Glaciers, Angleterre, Allemagne, Autriche, Italie, Espagne, Suisse, Belgique, Pays-Bas, Scandinave (Etats), Russie, Turquie et Grèce.

La nomination et l'émotion : l'article “ Géographie ” de Franz Schrader (1882)

Franz Schrader2 est l’auteur de l'article Géographie de la Première partie du Dictionnaire, publié trois ans après l'article Géographie de Foncin. D'emblée, sa définition de la géographie est plus moderne : “ …c’est l’étude de la surface terrestre, et des rapports de cette surface avec l’univers et avec les êtres qu’elle porte. ” La référence aux êtres vivants confère implicitement une plus grande place à la géographie humaine que l'inventaire localisant de Foncin. Schrader insiste sur l’idée de rapport, mais il est important de noter que l'identification et la nomination restent des préalables : “ L’enseignement de la géographie devra donc comprendre tout à la fois 1° les choses, 2° les noms des choses, 3° les rapports qui unissent ces choses. 

Cet article Géographie est fort copieux, il s'étend sur 2 colonnes en petits caractères de la page 1151 à la page 1160. En introduction, Franz Schrader rappelle que cet enseignement a été maltraité dans le passé et que l'analyse de la défaite de 1870, tout comme les bouleversements de la société, rendent urgent le développement de l'enseignement de la géographie. Il s'inscrit donc d’emblée dans ce contexte où les lois scolaires de la IIIe République apparaissent comme un moment fondateur.

Dans une première partie, il dépeint et critique l'ancienne école géographique. Les ouvrages scolaires d'Achille Meissas (le père de Gaston Meissas, auteur de plusieurs articles dans ce même Dictionnaire) ne sont pas explicitement dénoncés, mais on peut les identifie à ce genre de géographie. Il présente ensuite la Terre comme un organisme, la géographie constituant l'étude de la surface terrestre, elle permet de connaître les noms, les rapports, les pays et les peuples.

Dans une deuxième partie, il met en rapport l'enseignement de la géographie et la démarche scientifique pour critiquer à nouveau la nomenclature énumérative, la méthode “ catéchistique ” en particulier. Il oppose l'attrait des lectures géographiques à cette mémorisation stérile et fastidieuse de listes apprises par cœur à l'aide d'un système de questions et de réponses. Ce qui lui permet de critiquer les manuels qui font peu de place à la “ géographie vivante ”. Après avoir présenté ce qui s'enseigne dans les bonnes écoles primaires, il conclut par une envolée lyrique sur ce que sait l'élève et surtout ce qu'il ne sait pas : trop de mots, mais pas assez de compréhension.

En troisième partie, il se réfère à Bacon, Comenius, Rousseau et Pestalozzi et aux travaux de Levasseur. Il faut partir du fait, non de la définition. Il faut raconter la géographie en s'appuyant sur les formes sensibles, il faut montrer l'école, la mairie. Il faut rompre avec la routine des vieilles méthodes. Il cite Reclus “ l'étude du milieu local transporte dans le monde infini “. Enseigner des faits perceptibles d'abord, raconter la terre qui porte les hommes en utilisant l'analogie avec le milieu des élèves.

“  Nous essaierons d’abord de fonder l’enseignement sur les faits. Mais ces faits ne seraient pas la classe ou le département. La classe, nous l’avons dit, ne peut servir qu'à une explication de quelques minutes, toute spontanée ; c’est une parenthèse aussi bonne que tout autre, mais ce serait un mauvais point de départ. D’abord, l’enfant n’aimera sa classe que si, de cette chambre austère et grise, sa pensée s’envole vers les choses extérieures. […] La classe n’est pas une forme terrestre, un accident naturel. […] De même, le département est un mauvais point de comparaison. Rien de plus conventionnel qu’un département. Si nous devons partir de ce que l’enfant voit, qui donc a vu un département ? Nous sommes en pleine abstraction. Mieux vaudrait partir du ciel infini, du soleil, de la lune, des étoiles. Cela, au moins, l’enfant l’a vu, ce n’est pas abstrait pour lui, ce sont des réalités qui l’ont frappé dès qu’il a ouvert les yeux à la lumière. Mais si nous avions à choisir un début, nous en choisirions un plus simple encore, plus à la portée de l’enfant, plus strictement limité aux faits Nous supprimerions toute mesure de longueur, toute définition géométrique, toute nomenclature aride ; nous nous souviendrions, seulement de deux choses : Il y a une terre, qui porte des hommes. Et nous raconterions la terre et les hommes. Le premier mois tout entier, deux mois peut-être, seraient employés exclusivement de la sorte : rien que des récits de faits, des histoires propres à passionner l’enfant, à jeter dans son esprit des semences fécondes. Et quelles histoires ? Mon Dieu, celles qui, s’il les lisait, lui enlèveraient l’idée d’aller dormir. Grands glaçons polaires avec leurs ours blancs, déserts avec leurs files de chameaux, tempêtes démâtant les navires, Esquimaux poursuivant les phoques, forêts tropicales, Chinois aux mœurs étranges, grands fleuves d’Amérique roulant des forêts arrachées, avalanches recouvrant des villages, pays où il ne pleut jamais, pays où il pleut toujours, hautes montagnes, plaines interminables, découverte de l’Amérique, éruptions de volcans, tout cela avec images et projections ; des faits palpables avec leurs formes visibles. ”

Ensuite vient l'enseignement de la cartographie et la nomenclature de “ notre nid, la France ”. Schrader conclut cette troisième partie par une description lyrique des enseignements et un nouvel appel au changement. La quatrième et dernière partie est plus didactique, elle aborde d'abord le rôle de la mémoire et de l'enseignement des noms, puis l'usage des cartes. Franz Schrader insiste pour que la nomenclature et la cartographie s'appuient sur la compréhension, et si possible sur la vue directe des objets géographiques. Il conclut enfin sur le rôle décisif du maître.

Si les articles en rapport avec la géographie sont principalement signés par Schrader et Foncin, d’autres auteurs, reconnus comme géographes, participent également à la rédaction du corpus : Félix Oger,3 Elisée Reclus, Emile Levasseur4 et Gaston Meissas5.
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