La sanction : certificat de virilité








titreLa sanction : certificat de virilité
date de publication02.04.2018
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La sanction : certificat de virilité

 

On croyait avoir tout dit ou presque sur la sanction. Après un tabou de 20 ans, les remarquables travaux de Prairat et les textes de juillet 2 000, on pensait légitimement entrer dans un discours et une pratique normalisée de la sanction. Malheureusement, dans un contexte de démocratisation et d’indiscipline galopante, la sanction reste, chacun le sait, une pratique plus ou moins sauvage, un impensé du désordre scolaire, et comme le montre Sylvie Ayral dans un ouvrage récent (PUF, 2011), un lieu obscur où se jouent des phénomènes pervers qui interpellent autant la recherche que le travail réflexif sur le terrain.

Partant du constat bien connu de la surreprésentation du genre masculin dans les pratiques répressives, autant dans la société qu’à l’école, Sylvie Ayral s’interroge sur les origines scolaires de cette inégalité. S’agit-il d’un traitement inégal des garçons et de filles ? S’agit-il plus fondamentalement d’un comportement inégal des garçons et des filles ? Les garçons seraient-ils plus transgressifs que les filles ? Mais alors comment l’expliquer et comment éduquer dans un contexte institutionnel qui recommande l’égalité ?

 Pour répondre à ces questions Sylvie Ayral met en place une véritable recherche dotée d’un protocole scientifique s’appuyant sur un cadre théorique large et abondamment explicité dans le premier chapitre (p. 9 à 68, un tiers de l’ouvrage). Ce cadre théorique ouvre des pistes nombreuses : quantitatives, institutionnelles, culturelles, méthodologiques (interactionnisme symbolique et ethnométhodologie), mais sans doute aussi hétérogènes et ne permettant pas toujours de faire la part entre la recherche et ce qui relève de ses attaches idéologiques : le caractère construit de l'identité de genre (jusqu'où ?), l'hypothèse de la sanction comme explication centrale de l'émergence de la masculinité.

Il en découle un certain malaise à la lecture de cette recherche. Après avoir présenté le terrain d'enquête (chapitre 2), l'auteur construit une analyse de l'appareil punitif (chapitre 3) dont on s'étonne qu'elle économise l'hypothèse de la recherche mais plus encore qu'elle s'en tienne à des poncifs idéologiques. Cette gêne s'estompe avec le chapitre 4 lorsque l'auteur s'intéresse directement à la problématique au coeur de sa thèse : l'asymétrie sexuée et l'impensé qui s'en dégage (p.113 - 152). Une analyse rigoureuse des pratiques punitives. En croisant le genre avec une série de variables remarquables (l'âge, le retard scolaire, le niveau social, les motifs, l'implantation des collèges) l'auteur met en évidence, dans tous les cas de figure, l'asymétrie sexuée de l'exercice de la sanction. Mais reste toujours à l'expliquer. Ce n'est qu'à la fin de ce chapitre, après avoir balayé rapidement les représentations des élèves et des adultes (les discours fondés sur la biologie, la psychologie et l'anthropologie) que Sylvie Ayral laisse entrevoir les pistes innovantes de sa recherche, à savoir, comment les garçons, en effet, instrumentalisent la sanction pour y exprimer les enjeux puissants de leur masculinité.

Certes, l'ouvrage de Syvie Ayral comporte quelques faiblesses, mais dans le chapitre 5 (p. 153 – 180), elle met le doigt sur le dernier des avatars de la sanction aujourd'hui. Elle montre comment la sanction dans les classes n'est que le moment ultime, l'effet institutionnel d'un rituel qui se joue à l'insu de l'institution et qui permet aux élèves en mal d'école (mais pas seulement, il y a aussi de bons élèves) de se valoriser, d'affronter l'enseignant(e) pour affirmer leur virilité et prendre leur place de dominants au sein du groupe de filles et des autres garçons de la classe.

 Les entretiens avec les élèves ne font pas mystère de la violence des rapports de sexe dans le collège. De la brutalité des garçons à l'égard des filles. Et des problèmes d'expression de la masculinité au sein d'un établissement qui se veut mixte, égalitaire, où la relation pédagogique tend à effacer les distinctions de genre. Le problème que soulève Sylvie Ayral se pose autant aux élèves qu'aux adultes (hommes et femmes). Les conflits entre élèves et enseignants sont fréquents, ils visent à travers des transgressions ostentatoires et symboliques (insolence, défi, insultes, provocation...) à faire glisser le rapport pédagogique vers un rapport de genre : rapport à haut risque dans lequel l'adulte ne dispose que de ses ressources propres : la présence physique si c'est un homme, l'autorité si c'est une femme, la fragilité le plus souvent, devant des élèves prêts à en découdre pour s'affirmer aux dépens de l'enseignant. Dans ce cadre, la sanction n'a plus tellement d'importance. L'élève l'attend et elle constitue sa « victoire », le point d'orgue d'une « parade sexuée » qui permet à l'élève de montrer aux autres qu'il est le « caïd ».

 Découvrant dans cet ouvrage un des aspects les plus violents de la vie des collèges et du « métier d'élève », Sylvie Ayral rencontre deux questions majeures : celle de la mixité et celle de la sanction. Elle montre en effet comment les garçons sont enfermés dans un conflit de conformité celui qui les renvoie à leur scolarité et celui qui les renvoie à la quête de leur identité masculine. Dans un espace éducatif où la mixité est si peu pensée, il n'est pas étonnant que la sanction fonctionne désormais comme un rite de franchissement c'est-à-dire comme un lieu pervers où la punition perd toute vocation éducative, devenant même, parfois, un appel d'urgence de l'enseignant(e) pour mettre un terme à une situation intenable. Ce dernier avatar de la sanction rappelle si besoin est la nécessité d'une démarche réflexive de la communauté scolaire sur les enjeux et les modalités de l'éducation au collège.

 

Sylvie Ayral, La Fabrique des garçons, sanction et genre au collège, PUF, 2011

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