I. Le langage est-il le propre de l’homme ?








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III. Y a-t-il un pouvoir du langage ?



A priori, l’idée d’un pouvoir du langage est étonnante, précisément parce que les mots ne sont jamais que des signes, contrairement aux actes ou à la force qui ont une influence directe sur le monde. Pourtant, il est assez évident que ces instrument, bien que seulement symbolique, a une grande influence au sein de la société humaine, justement parce que celle-ci fonctionne en grande partie sur le mode symbolique. Ainsi il est assez évident que le langage permet d’influencer autrui ou de marquer sa supériorité ou son autorité. Le mythe de la tour de Babel illustre cette puissance que le langage confère aux hommes, ne serait-ce que par la capacité de communiquer, donc d’échanger et de s’organiser, qu’il leur confère. La Bible explique ainsi la diversité des langages : Dieu aurait introduit la confusion en brisant la langue originelle unique pour éviter que les hommes ne deviennent trop puissants.
Toute la terre avait une seule langue et les mêmes mots.

Comme ils étaient partis de l’orient, ils trouvèrent une plaine au pays de Schinear, et ils y habitèrent. Ils se dirent l’un à l’autre : Allons ! faisons des briques, et cuisons-les au feu. Et la brique leur servit de pierre, et le bitume leur servit de ciment. Ils dirent encore : Allons ! bâtissons-nous une ville et une tour dont le sommet touche au ciel, et faisons-nous un nom, afin que nous ne soyons pas dispersés sur la face de toute la terre. L’Eternel descendit pour voir la ville et la tour que bâtissaient les fils des hommes. Et l’Eternel dit : Voici, ils forment un seul peuple et ont tous une même langue, et c’est là ce qu’ils ont entrepris ; maintenant rien ne les empêcherait de faire tout ce qu’ils auraient projeté. Allons ! descendons, et là confondons leur langage, afin qu’ils n’entendent plus la langue les uns des autres. Et l’Eternel les dispersa loin de là sur la face de toute la terre ; et ils cessèrent de bâtir la ville. C’est pourquoi on l’appela du nom de Babel12, car c’est là que l’Eternel confondit le langage de toute la terre, et c’est de là que l’Eternel les dispersa sur la face de toute la terre.

Ancien Testament, Genèse, 11, 1-9

A. Langage, société et pouvoir politique



Traditionnellement, le langage était l’instrument privilégié du chef, du dominant. Pierre Clastres13 a montré l’asymétrie de l’échange entre le chef et la tribu dans les sociétés primitives : alors que les membres de la communauté échangent biens et femmes, le chef ne donne que des mots et il reçoit en échange biens et femmes.

Avec la société grecque apparaît la démocratie, c’est-à-dire l’égalité entre la parole de chacun, qu’expriment les deux règles fondamentales que sont l’isonomie (la même loi pour tous) et l’iségorie (égalité de la parole de chacun). C’est dans ce cadre que peut apparaître la figure du sophiste, spécialiste de la rhétorique. Avec les sophistes, la dimension socio-politique du langage a pris une importance capitale. Les sophistes étaient des professionnels du langage qui pouvaient monnayer leurs services au prix fort : les jeunes membres de la classe aisée pouvaient ainsi apprendre à combattre les arguments de l’adversaire, à convaincre un auditoire, etc. Ces facultés conféraient un pouvoir direct dans la mesure où de nombreux rapports de force étaient réglés par la discussion publique. Ainsi le succès dans la sphère politique et juridique dépendait directement de la maîtrise de la langue de l’orateur.
Socrate. – C’est même parce que j’en suis étonné, Gorgias, que je te demande depuis longtemps quelle peut bien être cette puissance de la rhétorique. Elle m’apparaît avoir une étendue divine quand je l’examine sous cet angle.

Gorgias. – Si tu savais tout, Socrate, tu saurais qu’elle rassemble pour ainsi dire sous sa tutelle toutes les puissances. Je vais t’en donner une belle preuve : il m’est en effet arrivé souvent de me rendre avec mon frère ou d’autres médecins auprès de malades qui ne voulaient pas avaler un médicament ni se laisser charcuter ou cautériser par le médecin. Quand le médecin n’arrivait pas à les persuader, moi j’y arrivais par le seul art de la rhétorique. Qu’un orateur et un médecin se rendent dans la cité que tu voudras, s’il faut débattre lors d’une assemblée ou d’une quelconque autre réunion publique pour savoir lequel d’entre les deux on doit choisir comme médecin, je dis que le médecin ne comptera pour rien, et qu’on choisira celui qui est capable de parler, s’il le veut bien. Et quel que soit l’homme de métier que lui opposerait le débat, l’orateur persuaderait qu’on le choisisse plutôt que n’importe qui d’autre ; car il n’y a pas de sujet sur lequel l’orateur ne parlerait de façon plus persuasive que n’importe quel homme de métier devant une foule. Tant est grande et belle la puissance de notre art.

Platon, Gorgias
On peut distinguer ici les concepts voisins persuader et convaincre. On considère généralement que convaincre fait davantage appel à la raison, tandis que persuader utilise les passions, le sentiment, pour emporter l’adhésion. Pascal n’avait de cesse de remarquer que pour véritablement emporter l’adhésion de l’auditoire, il faut non seulement convaincre mais aussi persuader : aux raisons il faut ajouter des formules qui frappent l’imagination et les sentiments afin de faire basculer non seulement la tête, mais aussi le cœur du public de notre côté. La fable de La Fontaine, Le Corbeau et le renard, présente un autre exemple du pouvoir des mots dans son aspect le moins noble. On distinguera donc en général un pouvoir sain des mots, qui repose sur leur pouvoir de conviction, donc sur l’intelligence et la raison, et un pouvoir potentiellement aliénant, qui repose sur la dimension affective et passionnelle du langage.

Avec la société contemporaine, l’usage du langage comme instrument de pouvoir se développe. Pensons aux médias, aux scientifiques, aux experts, aux publicitaires, aux spécialistes de la communication (qui sont en quelque sorte les sophistes d’aujourd’hui – nos « menteurs professionnels », diront les plus critiques)… Le pouvoir politique est toujours essentiellement symbolique : aujourd’hui encore les hommes politiques ne font rien d’autre que parler ou écrire (et signer). Mais la sphère politique (au sens étroit) n’a pas l’apanage du langage comme moyen de domination. Celui-ci, comme le pouvoir lui-même, est répandu dans l’ensemble de la société. De l’intellectuel au mendiant en passant par le professeur, la société moderne unit étroitement savoir et pouvoir et multiplie donc le nombre des « manipulateurs de symboles » professionnels.

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