Résumé : Le problème de l'origine des comportements est ancien. Au 19ème siècle, les psychologues, familiers d'une approche plus philosophique qu'expérimentale, sont partisans d'une








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CONCLUSION
Spalding a connu une certaine notoriété de son vivant pour ses analyses philosophiques, mais il a été injustement oublié en tant que scientifique. Cet oubli est le résultat de plusieurs facteurs. N'appartenant pas aux circuits classiques, il n'a pas d'élève pour poursuivre et valoriser son travail. Mais surtout, il n'est pas reconnu par les psychologues et chercheurs de son époque. Ce comportement est sans doute encore renforcé par leur incapacité à produire des résultats contraires à ceux de Spalding. Celui-ci est contraint de publier ses résultats dans des journaux différents ce qui, comme le remarque Gray (1962, p.300) les prive d'une part de leur crédibilité. Le faible nombre de citations de ses quelques écrits ne reflètent donc pas leur importance.

En fait, l'apport de Spalding est considérable. Ses travaux annoncent les thèmes fondateurs de l’Ethologie qu’il s’agisse de l’instinct, de l’empreinte, de la notion de période critique ou encore de l’idée de se servir des comportements pour reconstituer l’évolution. Et même si ses travaux sont oubliés, certains des constats faits par Spalding ont conservé longtemps leur force. Par exemple, l’idée que le poussin est capable de se diriger, sans expérience préalable, vers le cri maternel sera reprise par Lorenz. Après Spalding, il faudra attendre près d’un siècle pour que la réelle complexité de ce comportement, apparemment si simple, soit révélée. Ce n’est en effet qu’à partir de 1966, puis dans les années suivantes, que Gottlieb en particulier montrera que cette reconnaissance spécifique « instinctive », se construit en réalité en grande partie dans la dernière phase de l’incubation, en interaction avec l’environnement auditif de l’embryon.
Une démarche véritablement expérimentale
En fait, ainsi que cela a été signalé, Spalding réalise ses travaux à un moment où, du point de vue de la compréhension des comportements et surtout de leur origine, ses contemporains sont dans une impasse. La raison principale de ce blocage est l'absence de preuves. Ni la démarche essentiellement intellectuelle des psychologues et philosophes, ni celle des évolutionnistes qui ne s’appuient que sur l’accumulation de constats, ne permettent d'envisager de reconstruire avec certitude, au niveau de l'individu ou de l'espèce, l'évolution des comportements. Et pour ce qui concerne précisément l'instinct, qu'il résulte d'un processus divin ou qu'il s'enracine dans l'histoire de l'espèce, rien ne permet d'affirmer son existence.

La préoccupation essentielle est donc de démontrer la réalité de l’instinct, c’est-à-dire la capacité d’un animal d’effectuer d’emblée, sans apprentissage, des actes qui conditionnent sa survie, tels que picorer par exemple. C’est là qu’apparaît toute l’originalité de la démarche de Spalding. Il va, en effet, inverser le problème et considérer l’apprentissage comme le processus à démontrer. Du point de vue de la démarche expérimentale, l’apprentissage présente l’avantage de n’impliquer que l’individu et son histoire immédiate, et il apparaît donc comme plus facile d’accès, car il est possible de contrôler et de modifier les conditions dans lesquelles il s’effectue.

Le souci de Spalding est donc d’adopter une véritable démarche expérimentale afin d’assurer sa démonstration, et c’est avec cette idée à l’esprit qu’il va réaliser de nombreuses expériences, principalement sur le poussin. Il va ainsi montrer que l’on peut étudier l’animal isolé en contrôlant son environnement, en particulier au début de sa vie. Le soin avec lequel Spalding « trie » ses sujets assourdis atteste bien de sa volonté d’une approche objective complètement maîtrisée.

Ce type d'approche ouvre la possibilité d’aborder les problèmes de la maturation des composantes sociales, motrices ou sensorielles du comportement. Cette méthode d’isolement sensoriel connaîtra par la suite un grand succès.
Une vision « éthologique » : le respect des conditions naturelles de vie
L’importance que Spalding accorde au contrôle des conditions expérimentales ne lui fait cependant pas oublier la nécessité du respect des conditions naturelles de vie de l’espèce. En effet, il constate que si les animaux peuvent apprendre, ils peuvent aussi oublier. Spalding signale que ceci devrait inciter les chercheurs à la prudence quant aux conditions imposées aux sujets. Des perturbations précoces pourraient avoir des effets extrêmement graves : « completely derange their mental constitution » et aboutir à des comportements inhabituels (p. 289). Il engage donc à respecter, autant que faire se peut, les conditions naturelles de vie. Le non respect de celles-ci pourrait conduire à masquer les instincts. Il cite d’ailleurs le poussin en exemple : privé de l’audition du cri maternel durant huit à dix jours, le poussin n’y réagit plus. Il s’éloigne même de la poule qui, inversement, tente désespérément de le ramener vers elle. Cet intérêt pour le respect des conditions naturelles, qui le rapproche des futurs éthologistes, existe aussi à cette époque chez quelques rares auteurs, tels Kline (1899) qui critique le caractère artificiel de l’approche de Thorndike, ou encore Whitman qui insiste sur la nécessité de créer des conditions d'observations qui assurent l'expression d'un comportement naturel (1899, p. 302). Comme le fait remarquer Burkhardt (1988), Whitman regrette le caractère limité du laboratoire et souhaite la création d’une « ferme biologique ». Mais, par la suite, la domination du béhaviorisme imposera une vision beaucoup plus restrictive de l’environnement expérimental. Il faudra attendre longtemps pour que cette domination s’efface et que, de nouveau, le respect des « conditions écologiques » soit préconisé. On voit que Spalding se trouve à la charnière entre les deux courants théoriques et en avance sur son temps.
Des intuitions théoriques fondamentales, mais un raisonnement inachevé
L’apport de Spalding ne se réduit cependant pas uniquement à une démarche « technique ». Cet auteur contribue largement, après Darwin, à renouveler le concept d’instinct. Il lui donne en fait une réalité expérimentale en démontrant que certains comportements peuvent apparaître sans apprentissage (ainsi qu’on l’a vu, cette affirmation sera nuancée par la suite par de nombreux auteurs, en particulier par Gottlieb). Il mettra également en évidence la notion de période critique. Pourtant, si comme l'affirme Gray (1967, p. 175), Spalding peut être considéré comme le fondateur d’une véritable science du comportement animal et d’une approche expérimentale de la psychologie du développement, il rate sa rencontre avec certains éléments fondamentaux.

Par exemple, un comportement aussi important que le comportement de poursuite envers un objet mobile, n’apparaît dans les écrits de Spalding que comme une manifestation supplémentaire de l’instinct. Il en repère les principales caractéristiques, telles que Lorenz les identifiera plus d’un demi-siècle plus tard. Il en décrit également les « déviances » lorsque le modèle visuel mobile présenté n’est pas spécifique. Enfin, il évoque l'importance de l’audition du cri maternel dans la bonne orientation du poussin. En revanche, il n'isole pas ce comportement en tant que processus particulier et il ne le nomme pas.

On peut s’interroger sur les raisons qui font qu’un observateur aussi doué ne remarque pas l’intérêt de cet attachement précoce, parfois anormalement orienté. Le premier facteur que l’on peut invoquer est la courte durée de sa période d’activité en tant que chercheur. Celle-ci est en effet limitée, on l’a vu, d’une part par son statut particulier et, d’autre part, par son décès prématuré. Cette courte période ne lui a sans doute pas laissé le loisir d’explorer la totalité des problèmes qui s’offraient à lui.

Mais le contexte scientifique intervient également de manière évidente. En fait, cela a été signalé, au moment où Spalding commence ses travaux, le concept d'instinct n'a pas réellement reçu de validation scientifique. Et si Spalding a le souci d’apporter une explication à l’instinct et à son origine, il reste cependant contraint par l’impérieuse et première nécessité de démontrer son existence. Plusieurs exemples lui permettent d'atteindre ce but, et le comportement de poursuite, qu'il mentionne très brièvement, ne lui apparaît pas comme devant être l'objet d'une attention particulière. Il ne s’agit que d’un exemple de plus de comportement instinctif.

À partir des mêmes constats, Lorenz construira une théorie complète de ce processus d’attachement précoce. Mais, lorsqu’il commence ses travaux, un demi-siècle après Spalding, Lorenz bénéficie du travail et des réflexions de plusieurs auteurs qui vont influencer, à des titres divers, la construction de sa théorie. En premier lieu, l'enracinement des comportements dans le passé évolutif des espèces pose moins de problème. Heinroth, en Europe, et Whitman ou Craig, aux Etats-Unis, ont déjà proposé ou affirmé que le comportement peut être utilisé comme un instrument qui permet de reconstruire la généalogie des espèces. Même si ces affirmations n’ont pas reçu, sur le moment, l'écho qu’elles méritaient, elles influenceront fortement la réflexion de Lorenz. Mais surtout, lorsque Lorenz, 60 ans plus tard, parlera tout comme Spalding d’un instinct à suivre un objet mobile, il intégrera à sa réflexion des éléments nouveaux, essentiels, tirés en particulier de la notion de « compagnon » de Jacob Von Uexküll (1957). Les caractéristiques particulières de l’objet « compagnon social » permettront à Lorenz d’extraire et d’isoler ce processus unique d’attachement social de sa réflexion sur le comportement instinctif.

Il est évident que Spalding ne pouvait ni se poser les mêmes questions ni se les poser de la même manière. Son mérite n’en est que plus grand d’avoir ouvert la voie à une approche véritablement nouvelle du comportement animal, une approche qui minimise le simple constat anecdotique et qui systématise la méthode expérimentale.

Boakes (1984, p.16) affirme que Spalding aurait pu devenir le créateur de l’Ethologie s’il avait eu l’opportunité de continuer son travail. Effectivement, dès 1873, il pose certaines des questions qui seront considérées par Tinbergen comme les questions essentielles de l’Ethologie. En outre, en ouvrant la voie à une véritable analyse expérimentale, il joue un rôle majeur dans l’évolution de l’étude du comportement animal. Mais, par ce souci d’exercer un contrôle important sur l’environnement expérimental, il se rapproche également des béhavioristes. L’éthologie qu’il aurait pu créer aurait donc vraisemblablement été très différente de celle qui sera personnalisée par Heinroth, Tinbergen ou surtout Lorenz.


Bibliographie
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